veloptimum.net a le plaisir de vous présenter en exclusivité
des extraits d’un ouvrage en préparation écrit par Mathieu Laberge,
que les amateurs de vélo et de ski de fond connaissent bien pour avoir lu
des centaines de fois dans nos pages les nouvelles de vélo,
de ski de fond et de biathlon qu’il a écrites pour Sportcom.

Aujourd’hui, présentation du projet et « L’argent : problème et solution » (Dominique Perras)
Mercredi : « Le mythe "sport de haut niveau = santé" » (Émilie Mondor et Dominique Perras)
Jeudi : « Clara Hughes, repartir à zéro »
Vendredi : « Jongler entre le sport et les études » (Richard Dober et Émilie Mondor)
Semaine du 7 décembre : thème du dopage
Semaine du 14 décembre : thème des Jeux olympiques

C’est un rendez-vous !

Guy Maguire
webmestre

À fond dans le sport :
quatre athlètes partagent
leur vision du sport

Ce projet s’inscrit dans une démarche visant à présenter au lecteur ce que signifie être un athlète de haut niveau dans sa globalité. Sur une période de quatre ans, j’ai mené des entrevues de fond avec les athlètes québécois Richard Dober Jr. (canoë-kayak de vitesse), Clara Hughes (patinage de vitesse longue piste et cyclisme sur route et piste), Émilie Mondor (athlétisme) et Dominique Perras (cyclisme sur route).

Tous les quatre ans, les athlètes olympiques deviennent la « saveur du mois » dans les médias et sont ensuite relégués aux oubliettes jusqu’aux prochains Jeux, à moins qu’une controverse ne surgisse. Pourtant, dans la culture populaire, nous continuons à les appeler « nos athlètes ». En tant que travailleur de l’information sportive, ce traitement me laisse perplexe. Un ouvrage directement inspiré des témoignages d’athlètes pourrait mieux replacer en contexte leurs performances sportives et offrir de nouveaux points de vue sur leur réalité quotidienne qui est vécue dans leurs entraînements, leurs sacrifices, leurs contraintes et leurs espoirs.

Il est facile d’être cynique envers le sport de haut niveau lorsque l’on voit des histoires de dopage survenir presque tous les mois, ou bien se dire que les athlètes ne pratiquent leur sport que pour gagner de l’argent. Pourtant, il existe des athlètes qui donnent le meilleur d’eux-mêmes, souvent à l’abri des projecteurs médiatiques, et qui ont des histoires inspirantes qui méritent d’être connues.

Le sport est et demeure un extraordinaire moyen pour apprendre de belles valeurs, que ce soit le dépassement de soi, l’esprit d’équipe ou le respect des autres. Par les témoignages des athlètes rencontrés, j’espère que le lecteur pourra avoir une meilleure compréhension lorsque viendra le temps de juger les performances des athlètes. Juger ne veut pas dire toujours pencher du côté des athlètes, mais bien avoir un plus grand nombre d´éléments en main avant d´émettre une opinion.

À l’aube des Jeux olympiques de Vancouver, je crois que le moment est propice à une réflexion plus poussée quant à la place du sport dans notre quotidien et qui va au-delà des simples résultats de compétitions. Je remercie chaleureusement Guy Maguire, webmestre du site Véloptimum, qui présentera des extraits de mon manuscrit en quête d´un éditeur.

Bonne lecture et j’espère que vous lirez la version complète de ce travail sous la forme de livre dans un avenir proche (avis aux éditeurs intéressés!).

Mathieu Laberge

Athlètes qui ont participé à ce projet

Richard Dober jr. (entrevue réalisée en janvier 2007)
Originaire de Trois-Rivières et membre de l’équipe nationale de canoë-kayak de vitesse, Richard pratique le kayak de vitesse dans les embarcations K-2 et K-4. Il a participé à deux éditions des Jeux olympiques (2004 et 2008). À Pékin, il a terminé sixième en K-2 500 m avec son coéquipier Andrew Willows. Le duo a remporté la médaille d´argent au K-2 500m des Championnats du monde 2006 et celle de bronze en K-2 200 m, en 2009. Tandis que ses coéquipiers du K-2 et du K-4 sont des athlètes à plein temps, Richard a poursuivi sa carrière d’athlète tout en étudiant en chiropractie à l’Université du Québec à Trois-Rivières. Très autonome, il recherche constamment des moyens qui aideront son équipage à obtenir de meilleurs résultats. Il considère aussi qu’il est important de préparer son après-carrière et ne voit pas d’un bon œil les jeunes athlètes qui délaissent l’école pour faire uniquement du sport.

Clara Hughes (entrevue réalisée en janvier 2008)
Clara Hughes est certainement une des plus grandes athlètes olympiques, peu importe le pays. Elle a participé à quatre éditions des Jeux olympiques, soit deux d’été et deux d’hiver, en plus d’être qualifiée pour ceux de Vancouver. Double médaillée de bronze en cyclisme sur route aux Jeux d’Atlanta (1996), elle amorce une nouvelle carrière au début des années 2000 et remporte la médaille de bronze au 5000 m des Jeux olympiques de Salt Lake City en 2002. L’année suivante, elle met un terme à sa carrière cycliste pour concentrer ses efforts au patinage de vitesse longue piste. Aux Jeux de Turin, elle est sacrée championne olympique au 5000 m, en plus d’avoir récolté l’argent à la poursuite par équipe. Malgré son impressionnant palmarès sportif, Clara fait du sport pour se dépasser et non pour la gloire, les médailles ou la reconnaissance du public. Elle se sert toutefois de sa notoriété pour promouvoir diverses causes sociales, dont Right to Play, un organisme qui fait la promotion du sport auprès des enfants dans les pays en voie de développement.

Émilie Mondor (entrevue réalisée en mai et juillet 2005)
Coureuse de fond sur piste et sur route originaire de Mascouche, Émilie est la première Canadienne à avoir couru le 5000 m sous la barre des 15 minutes. Elle a participé à cette épreuve aux Jeux olympiques d’Athènes où elle a terminé 17e. Elle est la seule Québécoise de l’histoire à avoir participé aux prestigieuses rencontres de la série Golden League qui regroupe les meilleurs athlètes au monde. Tout en pratiquant son sport, elle étudiait au baccalauréat en biologie à l’Université Simon Fraser en Colombie-Britannique. Après avoir été sur la touche durant plusieurs mois à cause d’un problème de densité osseuse, elle s’est refait une santé et annonce en juillet 2006 qu’elle délaisse la piste pour se concentrer sur le marathon. Sa première course sur cette distance est prévue à New York, en novembre suivant. Émilie ne courra pas son premier marathon : le 9 septembre 2006, elle meurt tragiquement dans un accident de la route.

Dominique Perras (entrevue réalisée en décembre 2004)
Cycliste sur route, il a participé à de nombreuses compétitions internationales, dont les Championnats du monde et les jeux du Commonwealth. Seuls les Jeux olympiques manquent à son curriculum vitae. Sans être une grande vedette de son sport, il a fait carrière au sein d’équipes professionnelles tant en Europe qu’en Amérique du Nord. Dominique aime son sport, mais il sait aussi poser un regard critique sur celui-ci, qui a souvent été entaché par des histoires de dopage au fil des ans. Après avoir mis sa carrière sportive de côté au début de la vingtaine à cause d’une blessure, il a renoué avec la compétition deux ans plus tard. Cette période lui a permis de poursuivre ses études universitaires en économie et de revenir en force en remportant notamment le titre de champion canadien en 2003. Dominique a annoncé sa retraite de la compétition sportive en 2008.

Présentation de l´auteur
Mathieu Laberge est rédacteur chez Sportcom depuis 2001. Il détient une maîtrise en Sciences de l’activité physique (option sociologie du sport) et un baccalauréat en éducation physique. Il travaille dans le milieu du sport olympique depuis 1999 où il a couvert de nombreuses Coupes du monde et Championnats du monde dans divers sports. Il a également été attaché de presse de l’équipe canadienne aux Jeux paralympiques (Pékin 2008) et aux Jeux du Commonwealth (Manchester 2002). Amoureux du sport, cet ancien triathlonien de niveau national junior participe à des compétitions chez les maîtres en ski de fond, cyclisme sur route, vélo de montagne et en course à pied.

Pour joindre l'auteur : matlaberge@hotmail.com

Les photos du haut de page sont de Bernard Brault du quotidien la Presse pour Clara Hughes et Émilie Mondor et de Rob Jones de The Canadian Cyclist pour Dominique Perras.


L’argent : problème et solution

L’argent et les commanditaires sont au cœur du sport. En Europe, il n’est pas rare de voir des vedettes de l’athlétisme ou du cyclisme être millionnaires, que ce soit avec leur salaire, des bourses ou des contrats publicitaires.

Dans la très grande majorité des sports olympiques, les athlètes portent les couleurs de l’équipe nationale. La situation est différente en cyclisme, où, par exemple, Dominique Perras est payé par une équipe professionnelle pour représenter le commanditaire de son équipe. Par contre, lors des grands Jeux internationaux et des Championnats du monde, il porte les couleurs de l’équipe nationale.

Le cycliste nous explique sa transition du cyclisme amateur au cyclisme professionnel qui ne s’est pas fait sans heurt.

Aujourd’hui, tu cours avec des coéquipiers et non avec des amis ou des connaissances.

Oui, c’est ça. Tranquillement, ça devient comme ça. Il y a toujours quelques personnes avec qui nous sommes plus près. J’ai trouvé cet aspect particulièrement difficile, car en même temps, il y a une non-confiance qui se bâtit là-dessus. Je pense que je n‘ai pas été assez méfiant, mais il faut l’être envers certaines de personnes. Par exemple, j’ai toujours eu l’impression que Richard Michaud et Antoine Bedwani (Ndlr : ses premiers entraîneurs) regardaient à mes meilleurs intérêts dans tout ce qui se passait. Une fois dans le sport de haut niveau, les dirigeants ne veillent pas nécessairement à notre intérêt personnel. Ils le font pour l’équipe.

Ils veillent aux intérêts du groupe pour les commanditaires?

Oui, c’est ça. Ils sont professionnels dans le sens du terme et oui, ils sont tous comme ça. Mais ça fait partie du métier d’être un manager professionnel de regarder aux intérêts d’un commanditaire avant ceux des athlètes. C’est normal en quelque part. À un moment donné, je trouve qu’il y a un clash probant entre les deux, particulièrement dans le milieu du vélo. Un bon exemple : j’arrive dans un club amateur en France. A priori, ils hébergeaient un athlète étranger et je croyais que c’était par mécénat. Quand je suis arrivé là, je pensais qu’ils faisaient ça pour avoir de meilleurs coureurs. Effectivement, c’était pour notre bien, mais dans le fond ils n’en avaient rien à foutre de nous. Tout ce qu’ils voulaient c’était de battre l’autre club de la région. Ils n’avaient pas les moyens financiers pour avoir les meilleurs coureurs français, alors ils allaient chercher un étranger et espéraient battre l’autre club. C’était ça leur but. Ils s’en foutaient qu’on soit blessé ou qu’on soit déprimé. Moi, c’est comme ça que je me suis blessé à un genou. Mon équipe me disait que si je ne participais pas aux courses, ils allaient me renvoyer chez moi. « Hé, donnez-moi une chance ! J’ai mal au genou. » Mais je continuais à courir et la blessure empirait.

(…)

As-tu ressenti à un moment donné où il y a un clash entre les valeurs du sport de compétition du vélo en Europe et tes valeurs personnelles? Le milieu est très compétitif, vos saisons sont très longues et tu ne peux pas être compétitif à chaque jour?

Quand j’ai commencé le vélo, les gens impliqués dans le vélo comme Antoine Bedwani, Richard Michaud, c’étaient des gens qui faisaient ça par passion. Richard Michaud m’a encore plus donné la passion. Ils étaient des bénévoles qui faisaient des pieds et des mains pour s’occuper du vélo. C’étaient de bonnes âmes et ils ne le faisaient pas pour leurs intérêts personnels. Le clash qu’il y a, c’est qu’à partir d’un certain moment dans le sport de haut niveau ça change. Ces personnes-là, à la rigueur, c’était des mécènes de temps et ça crée une dynamique de club où tout le monde est une bonne personne. C’est sûr que c’est important de performer et que ce sont des clubs de compétition où, quand on a 18 ans, ils pouvaient être un peu durs avec ceux qui faisaient des erreurs. Mais il reste qu’en progressant dans le sport, cette dynamique-là m’a frappé. Il y a une autre dynamique qui entre à un moment donné où c’est sans merci. Ça devient un clash où c’est business. Il n’y a pas de loyauté, ou beaucoup moins. Moi, ça m’a frappé. Je ne sais pas si j’ai été naïf... Oui, finalement, j’étais naïf et croyais que tous les gens impliqués dans le vélo étaient bons. Pourtant, ce n’est pas ça. Oui, c’est sûr qu’il y a beaucoup de managers qui sont là juste pour l’argent, mais ce n’est pas ce que je veux dire. C’est tout l’aspect social et humain des équipes qui change à un certain point. Moi, ça m’a pris du temps à m’en rendre compte et j’ai été un peu lent là-dessus.

demain : Le mythe « sport de haut niveau = santé »


Page mise en ligne par SVP

veloptimum.net