À fond dans le sport
extraits d'entrevues réalisées par Mathieu Laberge
(les origines de ce projet)

Comment garder les deux pieds sur terre selon Clara Hughes

Clara Hughes se sert des jeux olympiques et de sa carrière pour essayer de changer le monde à sa façon. Consciente de la chance qu’elle a d’avoir un talent pour le sport, elle sait l’impact que les athlètes peuvent avoir dans la société, autrement que d’aller le plus vite du point A au point B, augmenter des cotes d’écoute ou vendre davantage de produits d’un commanditaire.

« Des gens disent : « Wow, tu as fait ceci et cela… » Oui, j’ai gagné beaucoup de courses et de médailles, mais ça n’a pas tellement d’importance pour moi. Je vis au Canada. Je suis une femme dans un monde où la majorité des femmes n’auront jamais la chance de penser à l’idée de faire du sport ou de toute idée de liberté. Je suis très consciente que j’ai gagné à la loterie en étant née dans ce pays et je profite de chaque occasion qui se présente à moi. Des gens me disent : « C’est bien ce que tu as fait », mais à l’intérieur de moi, ce n’est pas si gros que ça…

Es-tu gênée?

Non, ce n’est pas de la gêne, mais je suis réaliste et je sais que c’est une question de démographie et de génétique. Je rencontre des gens et s’ils avaient la chance de faire du sport, ils seraient parmi les meilleurs, sauf qu’ils n’ont jamais eu ou n’auront jamais la chance d’en faire. J’ai été très chanceuse.

Mais tu as quand même travaillé fort. Ton succès n’est pas quelque chose qui est arrivé tout seul…

Mais j’ai eu la chance et j’ai eu le choix de le faire. C’est quelque chose que plusieurs personnes et athlètes ne sont pas conscients. C’est comme si c’était un droit et non un privilège. Non, il s’agit d’un privilège. J’ai eu la chance de faire des choses que la plupart des gens ne pourront même pas imaginer. Quand j’ai grandi dans ma famille, c’était bien parce que lorsque j’étais bonne dans quelque chose, on ne me mettait pas sur un piédestal. Et je ne me mettrai jamais sur un piédestal. J’aime mieux avoir mes pieds bien ancrés dans le sol. Je vais à l’anneau de glace tous les jours et je connais tous les concierges. Je discute avec eux. Plusieurs d’entre eux sont des immigrants. Ces gens sont peut-être des médecins, des infirmières… Je regarde ces gens et je me dis que ça pourrait être moi qui suis à leur place en train de nettoyer des toilettes. Dans mon cœur et dans ma conscience, nous sommes tous égaux. Lorsque je vais au centre-ville, je vois des sans-abri et des gens qui ont des problèmes psychologiques qui ne peuvent pas fonctionner normalement. La ligne est mince entre ma vie et la leur et j’en suis très consciente. Cette idée me garde humble avec les pieds sur terre. Je suis reconnaissante de la chance que j’ai eue et je suis très motivée de pouvoir faire tout ce que je veux de la bonne façon. C’est très important pour moi.

Et cela s’est avéré que ça se faisait par le sport. Cela aurait pu être n’importe quoi d’autre?

Oui et c’est dans ça que je suis bonne et que j’excelle. Avec le recul, je suis plus reconnaissante envers moi-même de ce que j’ai fait. En fin de compte, c’est avec ça que les gens connectent. Les gens oublient ceux qui gagnent, mais ils se souviennent : « tu as dit ceci ou cela »

Ou « tu es venue à mon école… »

Oui et ils ont vu l’entrevue d’après course : « ce que tu as dit, je m’en souviens! » C’est spécial et c’est une façon de pouvoir donner de l’espoir et de l’humanité. Et l’humanité a besoin d’espoir, de héros et de gens qui font les choses de la bonne façon en donnant l’exemple et démontrant ce que les gens peuvent faire dans leur vie de tous les jours. Pour moi, c’est ça le potentiel qu’un athlète a : inspirer de l’espoir. »

15 décembre : Une affaire de gros sous
10 décembre : Une aide qui se fait attendre
9 décembre : Lutte antidopage : un peu d´organisation dans les prélèvements s.v.p.
8 décembre : Dopage sport olympique vs. sport professionnel : deux poids, deux mesures
7 décembre : Dopage des riches, dopage des pauvres
4 décembre : Jongler entre le sport et les études
3 décembre : Clara Hughes, repartir à zéro
2 décembre : Le mythe « sport de haut niveau = santé »
1er décembre : L´argent : problème et solution

veloptimum.net a le plaisir de vous présenter en exclusivité
des extraits d´un ouvrage en préparation écrit par Mathieu Laberge,
que les amateurs de vélo et de ski de fond connaissent bien pour avoir lu
des centaines de fois dans nos pages les nouvelles de vélo,
de ski de fond et de biathlon qu´il a écrites pour Sportcom.

Guy Maguire
webmestre

Les photos du haut de page sont de Bernard Brault du quotidien la Presse pour Clara Hughes et Émilie Mondor et de Rob Jones de The Canadian Cyclist pour Dominique Perras.


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