À fond dans le sport
extraits d'entrevues réalisées par Mathieu Laberge
(les origines de ce projet)

Une affaire de gros sous

Les valeurs olympiques telles la quête de l’excellence et le dépassement de soi dans un contexte où tous se battent à armes égales ont la cote. Il suffit de voir les multinationales faire la queue, et sortir leur chéquier pour devenir un partenaire officiel des Jeux olympiques pour s’en convaincre. Depuis quelques années, les gouvernements des pays hôtes des Jeux adoptent même des lois pour protéger les commanditaires officiels et faire en sorte que leurs concurrents ne s’associent pas de trop près aux Jeux. Les anneaux olympiques sont mondialement reconnus et la valeur qui s’y rattache n’est pas que symbolique.

(...)

Depuis les Jeux de Los Angeles (en 1984) les Jeux olympiques sont passés dans un mode « affaires ». L’aspect mercantile grossit à chaque édition et le Comité international olympique (CIO) est conscient qu’il doit désormais ménager ses idées de grandeur afin que la poule aux œufs d’or continue à pondre juste assez d’œufs, mais pas trop non plus, afin de ne pas saturer le marché du divertissement sportif. Depuis une dizaine d’années, le CIO a aussi à l’œil les sports dits « extrêmes », dont les X-Games en sont la figure de proue, qui attirent beaucoup plus le jeune public que les sports olympiques traditionnels. L’ajout de disciplines comme le surf des neiges, le BMX et le ski-cross, qui fera son entrée en 2010, démontre bien que le Mouvement olympique veut rester au goût du jour.

Où se situent donc les athlètes dans le Mouvement olympique? C’est la question que nous leur avons posée. Clara Hughes nous explique sa pensée.

Tu as parlé des valeurs et idéaux olympiques. Est-ce que tu continues à y croire, même si tu penses que la grosse machine olympique peut parfois être lourde?

« J’y crois. J’aime beaucoup le site Web Celebrate Humanity, mais probablement que personne ne le consulte. On y trouve de très belles choses. Je ne me laisse pas déranger par la grosse machine des Jeux olympiques. Je n’y porte pas attention (à cette machine), comme je ne porte pas attention au dopage dans le sport. Je n’y pense pas parce que c’est très négatif. Ce sont des choses qui existent et je n’y prête pas attention. Ça n’affecte pas ma motivation, mes valeurs et mes idéaux et cela ne m’empêche pas de trouver une inspiration dans les idéaux des Jeux olympiques modernes. J’ai lu sur le sujet et oui, c’est merveilleux! C’est comme de la poésie. C’est revenir à la base des raisons pour lesquelles et comment je fais du sport. Et c’est important pour moi.

Et essaies-tu d’expliquer ce message lorsque tu donnes des conférences?

Oui. C’est de cette façon que je fais du sport et ce que je suis devenue. L’équité, le respect, la passion et toutes ces choses sont importantes pour moi et je m’assure que je mets en pratique ce que je prêche.

Est-ce que c’est facile à pratiquer lorsque tu vois que des gens en tirent un profit financier. Ça peut être désespérant?

C’est toujours présent dans le sport. C’est la façon dont fonctionne le monde.

La nature humaine comme l’idéal olympique?

Des fois c’est irritant, c’est certain, mais la plupart du temps, est-ce que je pense à ça? Non (rires). Je suis bien trop occupée à m’entraîner et à demeurer dans mon cheminement et essayer de m’améliorer. C’est le cheminement qui est intéressant et je fais attention à ce que je laisse entrer dans ce processus, que ce soit des idées ou des choses qui pourraient m’influencer. Si je le voulais, je pourrais vraiment être déprimée et amère à propos du sport. Mais je ne veux pas être comme ça. Pourquoi est-ce que je choisirais d’être comme ça? J’ai plutôt choisi de voir les belles choses.

Parce que c’est plus plaisant?

C’est plus facile à vivre et beaucoup plus facile ! (rires).

Émilie Mondor était passionnée par l’histoire olympique et elle a aussi voulu mettre en pratique ces valeurs, même si elle était consciente des contradictions bien présentes de l’Olympisme moderne.

Est-ce que tu crois encore à certaines valeurs prônées par l’idéal olympique, que ce soit la gloire du sport ou l’esprit sportif?

« J’y crois encore à ces valeurs-là et tu sais pourquoi? J’y crois pour les jeunes qui grandissent comme moi je l’ai fait en croyant à tout ce genre de mythologie. Parce que les idéaux des Jeux olympiques, c’est magnifique. Mais ce n’est pas la réalité et ça, ils n’ont pas besoin de le savoir jusqu’à ce qu’ils se rendent à un niveau comme moi. Je pense que ça reste important parce que ça donne de belles valeurs.

Si elles sont respectées.

Exactement. Elles ne le sont pas, mais personne ne le sait, à part quand tu te rends là.

Mais sachant cela, tu n’as pas l’impression de mentir aux jeunes quand tu les rencontres?

Peut-être, mais la vie est comme ça. Il y a plein de choses qui sont arrangées d’une certaine manière. Et est-ce qu’il y a plus de mensonges dans le fait qu’un jeune va mettre ses idéaux de vie de côté en regardant un film d’Hollywood? Alors est-ce qu’il faut détruire les Jeux olympiques parce qu’il y a un peu ou beaucoup de faux? Non, je ne pense pas. La plupart des valeurs dans nos sociétés sont basées sur des choses qui sont arrangées. Quand les jeunes peuvent y croire, c’est un rêve qu’ils peuvent bâtir quand même.

Et à partir de ces valeurs-là, peu importe jusqu’où ils se rendent, s’ils conservent ne serait-ce qu’une partie des ces valeurs pour le reste de leur vie, ça serait déjà ça de gagné?

C’est ce que je pense. »

à venir, demain, dernier épisode : « Comment garder les deux pieds sur terre selon Clara Hughes »
14 décembre : La saveur du mois, une fois tous les quatre ans
10 décembre : Une aide qui se fait attendre
9 décembre : Lutte antidopage : un peu d´organisation dans les prélèvements s.v.p.
8 décembre : Dopage sport olympique vs. sport professionnel : deux poids, deux mesures
7 décembre : Dopage des riches, dopage des pauvres
4 décembre : Jongler entre le sport et les études
3 décembre : Clara Hughes, repartir à zéro
2 décembre : Le mythe « sport de haut niveau = santé »
1er décembre : L´argent : problème et solution

veloptimum.net a le plaisir de vous présenter en exclusivité
des extraits d´un ouvrage en préparation écrit par Mathieu Laberge,
que les amateurs de vélo et de ski de fond connaissent bien pour avoir lu
des centaines de fois dans nos pages les nouvelles de vélo,
de ski de fond et de biathlon qu´il a écrites pour Sportcom.

Guy Maguire
webmestre

Les photos du haut de page sont de Bernard Brault du quotidien la Presse pour Clara Hughes et Émilie Mondor et de Rob Jones de The Canadian Cyclist pour Dominique Perras.


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