À fond dans le sport
extraits d'entrevues réalisées par Mathieu Laberge
(les origines de ce projet)

La saveur du mois, une fois tous les quatre ans

L’histoire se répète entre la présentation de chaque édition des Jeux olympiques : les athlètes s’entraînent et participent à des compétitions internationales comme les Championnats du monde et les Coupes du monde dans un relatif anonymat médiatique. Et à la veille des Jeux olympiques, les réflecteurs sont soudainement braqués sur eux pendant un mois. Une fois les Jeux terminés, ils retourneront dans leur quasi-anonymat. Les athlètes sont-ils amers face à cette reconnaissance temporaire et périodique? Éprouvent-ils une certaine frustration ou bien tentent-ils d’utiliser au maximum cette brève fenêtre d’intérêt médiatique? On a demandé aux athlètes de décrire leurs débuts sur la scène internationale ainsi que la couverture médiatique qui s’en est suivie.

Émilie Mondor était une athlète très organisée. Après chacune de ses courses, elle se faisait un devoir de contacter les journalistes qui couvraient sa carrière afin que ceux-ci puissent rédiger des textes relatant ses performances. Sa carrière internationale a pris naissance en 1998 lorsqu’elle a terminé dixième aux Championnats du monde juniors de cross-country. Cette performance était exceptionnelle pour la jeune coureuse, car les épreuves de cross-country sont outrageusement dominées par les athlètes du continent africain. Elle nous explique l’écho qu’a eu cette performance dans les médias.

« Ce résultat m’a mis sur la carte. Je n’avais pas d’appui financier, car le cross-country n’avait pas une bonne renommée dans le système de brevets (Ndlr : financement du gouvernement fédéral), mais ça m’a mis sur la scène, surtout parce que j’avais eu de grosses retombées de Pierre Foglia et Paul Houde qui avaient dit dans les médias du Québec qu’il y avait une jeune d’ici qui avait terminé dixième aux mondiaux de cross. Paul Houde était venu à mon école, à Saint-Sacrement, pour faire une présentation surprise. Et Foglia avait fait une chronique sur moi. C’est ce qui m’a fait rentrer au niveau du Québec.

Mais si tu as eu cette couverture médiatique, c’est parce que ce sont deux passionnés d’athlétisme?

C’est ça. Des gens qui connaissent le sport et qui savent comment on peut comparer les sports entre eux. Pas comme des bureaucrates qui brassent des papiers et qui mettent tous les sports sur un même niveau.

Les médias font une surenchère en termes de couverture médiatique sur vous pendant les Jeux olympiques, mais à l’extérieur des Jeux, sauf peut-être aux Championnats du monde, on parle moins des athlètes dits « amateurs ». Vous êtes relégués à la fin des pages sportives des journaux.

…si on est là

Comment est-ce que tu vis ça cette situation? Tu habites en Colombie-Britannique, peut-être que tu vois une différence dans la couverture médiatique sportive avec celle du Québec?

Non, c’est à peu près la même chose. C’est généralisé et c’est canadien. On a un problème extrême là-dedans et je l’ai toujours dit. Malgré les excuses des médias comme CBC et Radio-Canada, on ne l’a juste pas. Ailleurs, en Europe par exemple, je m’excuse, mais ils parlent du sport amateur. Les gens aiment ça, le public aime ça et les excuses du genre « le public n’aime pas ça » n’existent pas. On voit que c’est une culture à développer et que nous ne l’avons jamais développée. C’est très malheureux, mais j’aime mon pays quand même. Ce que je dis souvent, c’est que le Canada est probablement le meilleur endroit pour vivre, mais le pire pour être un athlète.

Est-ce que tu parles seulement du point de vue de la couverture médiatique?

Couverture média, commanditaires, tout ça. C’est une question de culture. Au Canada, tout le monde est égal. En fait, les pays les plus extrémistes et ceux sous une dictature sont les meilleurs pays pour les athlètes, parce qu’il y a des hiérarchies dans ces pays-là.

Ce que tu dis, c’est que le fait de vouloir rendre tout le monde égal fait en sorte que l’excellence n’est pas valorisée?

Exactement. Mais ce n’est pas la faute de personne. C’est la faute de personne et de tout le monde en même temps. C’est comme ça que notre pays est fait. C’est la démocratie. On ne peut pas mettre le doigt sur le problème.

Qu’est-ce qu’il faudrait faire pour introduire les sports olympiques dans la culture générale? Ce n’est pas qu’une question d’argent?

Concrètement, il faudrait développer un apprentissage au niveau des écoles et chez les enfants. Deuxièmement, si on veut apprendre aux gens ce que ça veut dire de courir un 5000 m en 14min 55s, ça, il faut que ce soit expliqué d’une bonne manière. Il faut que les journalistes, les personnes qui s’occupent de transmettre les nouvelles s’y connaissent et c’est ça le problème. Je m’excuse, mais la télédiffusion canadienne aux Championnats du monde et aux Jeux olympiques, c’est ultra plate. Même moi, regarder le 10 000 m à Paris (Ndlr :aux Championnats du monde de 2003) ou aux Jeux olympiques, je trouve ça ultra ennuyant. »

(...)

Pour sa part, Richard Dober trouve que son sport a une visibilité médiatique limitée, même si on tient compte que le Canada est une des puissances mondiales en canoë-kayak de vitesse.

« Je dois t’avouer quelque chose que je trouve vraiment frustrant. RDS vient m’interviewer aux Jeux olympiques et ils me disent que c’est super trippant. Et après, ils ne prennent même pas la peine de passer nos Championnats du monde à la télé. C’est quand même nous autres qui avons remporté beaucoup de médailles pour le Canada aux derniers Jeux olympiques (Athènes 2004). Au Canada, on est une des disciplines qui se démarque le plus dans les sports d’été. Et je ne veux pas cracher sur les sports d’hiver, mais les sports d’été, c’est quand même plus gros, car il y a plus de pays. On est dominants au Canada et notre sport n’est pas dur à couvrir. Il est filmé et il passe à Eurosport tous les ans. Radio-Canada passe notre sport, mais RDS n’est même pas foutu de le couvrir. Et quand je vois qu’ils passent les Championnats du monde de poker ou de dards, je l’attends le prochain gars de RDS qui vient me voir (rires). Ceci étant dit, je n’ai rien contre l’intervieweur. Je ne sais pas si c’est une question de finance ou s’ils sont cassés comme des clous pour couvrir des événements de poker ou de dards comme ça.

Souvent, les émissions de poker ou de dards, ce ne sont pas eux qui les produisent. Ce sont des émissions d’ESPN ou d’une autre chaîne sportive. Pourquoi n’achèteraient-ils pas des émissions de sports olympiques d’Eurosport selon toi?

Ça ne devrait pas être si cher que ça. Si Radio-Canada est capable de se l’offrir, RDS est capable de se l’offrir aussi. Je ne suis pas au courant des détails. Sûrement que les gens de RDS seraient capables de défendre leur point, mais je ne connais pas leur argumentation. Sauf que s’ils veulent promouvoir le sport amateur, ça s’appelle le « Réseau des sports ». Je me mets à la place de tous les autres Québécois qui veulent être au courant des sports. Qu’est-ce qu’ils voient comme sports? Tu as tous les sports professionnels, ce qui est correct. Et pour le reste du temps, ça va être les quilles, les dards… ce ne sont pas des sports! Si tu veux éventuellement promouvoir la santé dans la société, ne présente pas des trucs du genre!

Mais ils sont là pour faire de l’argent, pas pour faire la promotion de la santé.

Exactement, mais ils veulent aussi promouvoir le sport. Ils ont quand même un rôle à jouer en ce sens. Quand tu t’affiches comme le Réseau des sports, tu as une certaine responsabilité de promouvoir un peu le sport dans la société. Si ça s’appelait le « Réseau des jeux et des sports professionnels », ok! Oui, il y a une demande pour le poker, mais tu vas créer une certaine demande si tu en diffuses. Mais là, au moins, ils ont une nouvelle émission sur le sport amateur à RIS qui passe une fois par semaine. Je vais comparer RDS et Eurosport. Je sais que ce n’est pas le même budget et qu’il y en a un qui n’est qu’au Canada et l’autre dans toute l’Europe. Tu regardes Eurosport et ils présentent de l’haltérophilie, de la voile et les Championnats du monde de presque tous les sports fédérés : aviron, kayak, natation, etc. Oui, il va peut-être y avoir un tournoi de billard à un moment donné ou de poker. C’est correct, mais les sports sont mieux distribués. »

à venir, demain: « Les JO, une affaire de gros sous »
10 décembre : Une aide qui se fait attendre
9 décembre : Lutte antidopage : un peu d´organisation dans les prélèvements s.v.p.
8 décembre : Dopage sport olympique vs. sport professionnel : deux poids, deux mesures
7 décembre : Dopage des riches, dopage des pauvres
4 décembre : Jongler entre le sport et les études
3 décembre : Clara Hughes, repartir à zéro
2 décembre : Le mythe « sport de haut niveau = santé »
1er décembre : L´argent : problème et solution

veloptimum.net a le plaisir de vous présenter en exclusivité
des extraits d´un ouvrage en préparation écrit par Mathieu Laberge,
que les amateurs de vélo et de ski de fond connaissent bien pour avoir lu
des centaines de fois dans nos pages les nouvelles de vélo,
de ski de fond et de biathlon qu´il a écrites pour Sportcom.

Guy Maguire
webmestre

Les photos du haut de page sont de Bernard Brault du quotidien la Presse pour Clara Hughes et Émilie Mondor et de Rob Jones de The Canadian Cyclist pour Dominique Perras.


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