À fond dans le sport
extraits d'entrevues réalisées par Mathieu Laberge
(les origines de ce projet)

Une aide qui se fait attendre

Ce que reprochent au CCES (Centre canadien pour l’éthique dans le sport) les athlètes interrogés, c’est de ne pas bien cibler la lutte antidopage. Selon eux, il faudrait effectuer des tests lors des périodes où les tricheurs sont susceptibles d’utiliser des produits. Il faudrait également chercher davantage les produits utiles à l’amélioration des performances dans des sports précis. Une meilleure coordination des tests inopinés serait aussi souhaitable afin qu’ils ne se dédoublent pas sur une période très rapprochée, par exemple deux fois dans la même semaine.

Une autre piste de solution que le CCES pourrait mettre en œuvre pour aider les athlètes serait de les guider dans leurs choix de suppléments alimentaires. Les calendriers de compétitions, les nombreux déplacements, les programmes d’entraînement soutenus et les diverses contraintes font en sorte que les athlètes n’ont pas toujours le temps de bien manger. Les suppléments alimentaires deviennent une solution intéressante. En ce moment, le CCES ne produit pas de liste des suppléments qui ont une garantie d’être exempts de substances illégales. Les athlètes interrogés aimeraient bien que cette situation change.

Dominique Perras explique comment une telle liste pourrait l’aider.

« Eux (Ndrl : le CCES), ils nous disent de ne prendre aucun shake de récupération. Nous pouvons en prendre, mais c’est à nos risques. Nous, les athlètes, avons demandé s’ils pouvaient nous recommander des marques. Quand je finis une course en haut du Mont-Mégantic, je ne peux pas me faire cuire un bol de pâtes là-bas. Il faut manger tout de suite. On est encore à l’âge de pierre. « Buvez de l’eau et mangez du pain. » C’est incroyable! En Australie, ils travaillent avec des nutritionnistes et des physiologistes. J’en discute des fois avec mon ancien entraîneur, Martin Barras (Ndlr. un Québécois expatrié en Australie qui a reçu le titre d’entraîneur de l’année 2004 dans ce pays) et on est archaïque. Ça n’a pas de bon sens! À ce niveau-là, il y a quand même des suppléments qu’on peut prendre, qui sont tout à fait légaux et qui nous aident. Mais pour l’instant, nous avons des centres d’entraînement qui commencent à être de mieux en mieux équipés. Ça s’en vient tranquillement.

(...)

Extrait d’entrevue avec Émilie Mondor :

Dominique Perras me disait que le CCES ne peut pas dire aux athlètes de prendre des suppléments parce qu’ils ne peuvent pas être sûr à 100% qu’ils sont propres. Tout ce qu’il demande, c’est qu’on lui donne une liste de produits qui sont sûrs.

Ça c’est un soutien qu’on n’a pas encore. C’est une autre zone où on te dit : « tu es libre. » Notre corps, c’est une machine. Pour un athlète d’aujourd’hui, peut-être pas dans les années 1900, la nutrition, c’est ce qui va faire qu'on peut atteindre un certain niveau. La Chine va contrôler tout, les Américains la même chose. En revenant des Jeux olympiques (2004), j’étais écoeurée. Je posais des questions et les réponses étaient « On est jamais sûrs (que les suppléments sont propres à 100%.) » Et je sais que tous les autres athlètes qui courent contre moi ont ces apports.

Mais ils (CCES) ne veulent pas qu’on revienne contre eux? Il ne s’agirait que d’un supplément sur la liste des suppléments acceptés qui soit contaminé par une substance illégale.

Mais qu’ils fassent leurs recherches! C’est ce que j’ai fait et j’ai dû me faire venir de la documentation américaine parce que je cherchais au niveau canadien sans rien trouver. J’essayais de poser des questions et c’était tout le temps « non, on ne connaît pas ces choses-là. » Et c’est la même chose avec les entraîneurs. Là, je vais avoir un entraîneur américain qui a enseigné à presque tous nos entraîneurs au Canada et qui donne des conférences à plusieurs au niveau canadien. Au niveau médical, les médecins sacrent leur camp du Canada parce qu’ils ne peuvent pas subvenir financièrement. Ici, j’avais Ghyslaine Robert et elle a sacré son camp à Seattle. Après les Jeux, je revenais ici et j’essayais de voir quelles ressources je pouvais aller chercher. Merci mon Dieu, il y encore des gens, des fous comme Martin (Brissette, son massothérapeute) qui se feraient payer 20 000 $ ou 30 0000 $ de plus par année aux États-Unis. On perd toute notre élite. C’est l’exode des cerveaux. Pour nous, l’exode des cerveaux ce sont les thérapeutes, les médecins, les entraîneurs. Si les gens du CCES ne sont pas capables de les faire les recherches, c’est peut-être parce que les gens sont partis ailleurs. On n’a pas cette infrastructure-là et c’est ce qu’il faut changer. C’est la mentalité sociale d’un pays qui n’est pas trop prompt au sport. Tant qu’on ne changera pas ça… et ça va prendre des années. Mais on peut tous en faire un petit peu. »

Richard Dober abonde dans le même sens que Dominique Perras et Émilie Mondor.

Pour un athlète qui fait le choix de pratiquer ton sport sans te doper, trouves-tu qu’au Canada on vous donne les ressources pour y arriver? Autrement dit, tu veux prendre un supplément alimentaire ou de récupération, qu’importe, on te dis-tu : « Tel ou tel produit est sécuritaire ». Est-ce que vous avez des guides, des références, des outils pour vous aider en alimentation, entraînement?

Je voulais voir ce qui était légal. À moins que je sois vraiment incapable de faire une recherche sur le site du CCES, j’ai commencé à chercher et ce n’était pas trop clair comment ça marchait. Je suis allé dans la liste des produits bannis et c’était tout croche. Ç’aurait été tellement simple que quelqu’un fasse une base de données. Par exemple, je veux prendre tel produit des États-Unis. Est-ce qu’il serait sûr pour moi de le prendre?

Voir si le mode de fabrication est certifié?

Exact. Est-ce crédible, oui ou non. On devrait pouvoir rentrer le nom du produit ou de la compagnie et paf, voici les risques, la crédibilité du produit. Il devrait y avoir quelque chose comme ça qui est disponible. On dirait que le CCES joue plus le rôle de la police que celui d’un allié. Leur rôle devrait être de nous aider à faire de bons choix. On dirait qu’ils seraient juste contents de me tester positif ou que je fasse une gaffe. »

à venir, lundi 14 décembre : « La saveur du mois, une fois tous les quatre ans »
9 décembre : Lutte antidopage : un peu d´organisation dans les prélèvements s.v.p.
8 décembre : Dopage sport olympique vs. sport professionnel : deux poids, deux mesures
7 décembre : Dopage des riches, dopage des pauvres
4 décembre : Jongler entre le sport et les études
3 décembre : Clara Hughes, repartir à zéro
2 décembre : Le mythe « sport de haut niveau = santé »
1er décembre : L´argent : problème et solution

veloptimum.net a le plaisir de vous présenter en exclusivité
des extraits d´un ouvrage en préparation écrit par Mathieu Laberge,
que les amateurs de vélo et de ski de fond connaissent bien pour avoir lu
des centaines de fois dans nos pages les nouvelles de vélo,
de ski de fond et de biathlon qu´il a écrites pour Sportcom.

Guy Maguire
webmestre

Les photos du haut de page sont de Bernard Brault du quotidien la Presse pour Clara Hughes et Émilie Mondor et de Rob Jones de The Canadian Cyclist pour Dominique Perras.


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