27 mai 2000

La fille de la campagne est de retour chez elle

Lyne Bessette : « Montréal est une superbe ville, mais pour s'entraîner, ce n'est pas génial»

Quelques mois après avoir emménagé dans un appartement du Plateau Mont-Royal, elle en a eu marre. Le bruit, la circulation lourde et le rythme parfois effréné de la vie urbaine, ce n'était vraiment pas sa tasse.

Fille de la campagne, conune elle se décrit elle-même, la cycliste Lyne Bessette revient dans son Estrie natale. En effet, à peine de retour du Tour de l'Aude, la coureuse de l'équipe américaine Saturn, son copain et agent Marc Dufour ainsi que leur petit chien Jack ont déménagé cette semaine dans une maison située tout près du lac Brome, à quelques kilomètres de la résidence familiale.

Finies donc les prises de tête pour dénicher un endroit où aller rouler à Montréal. Lyne n'a qu'à franchir le seuil de sa porte, respirer un bon coup l'air frais provenant du lac, enfourcher son vélo et s'élancer sur les magnifiques routes d'une région qu'elle connaît sur le bout de ses doigts.

Même si les boîtes ne sont pas encore vidées, les meubles pas encore arrivés et que seules une table et deux chaises occupent pour le moment la pièce double du salon et de la salle à dîner, Lynne rayonne déjà dans son nouvel oasis. En prévision de l'épreuve de Coupe du monde qui sera présentée demain sur le mont Royal, La Presse s'y est rendue pour rencontrer Lyne et discuter de ce début de saison qui, sans être aussi spectaculaire que l'an dernier, la satisfait quand même.

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«En m'en allant à Montréal, je faisais un test, a expliqué la blonde athlète de 25 ans. Peut-être que je n'ai pas été capable de m'adapter. C'est une superbe ville et j'ai adoré ses nombreux restos, mais pour s'entraîner, ce n'est pas génial. Rouler sur une piste cyclable, c'est dangereux, on ne sait pas comment les autres vont réagir. Ici, les routes sont plus tranquilles. Tiens, hier j'ai roulé deux heures avec Marc et on a été côte à côte durant tout le trajet. Aussi, en hiver, j'aime bien faire de la raquette pour me remettre en forme, ce qui était plus difficile à Montréal. On peut dire que je suis une fille de campagne.»

À pareille date l'an dernier, Lyne Bessette arrivait à la Coupe du monde du mont Royal sur une formidable lancée victorieuse. Elle a d'abord fait parler d'elle en septembre 1998 en gagnant la médaille d'or de la course sur route des Jeux du Commonwealth. Engagée ensuite par Saturn pour la saison 1999, elle a répondu à la confiance de ses nouveaux patrons en remportant la Classique Redlands, le Tour de Willamette et le prestigieux Tour de l'Aude, en France.

À peine trois ans après ses débuts en vélo, Lyne Bessette devenait la nouvelle cycliste à surveiller au sein du peloton mondial.

Forcément, les attentes étaient donc très grandes cette saison. Et les honneurs se sont faits plus rares. À la Redlands, en mars dernier, la grande fille de Knowlton a obtenu la deuxième place au classement général. Un mois plus fard, malgré une victoire à la première étape, Bessette a terminé troisième au général au Willamette. Il faut dire qu'une pénalité de 60 secondes pour avoir débordé de la ligne du centre de la route a passablement nui à ses chances de victoire.

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Au Tour de l'Aude au début du mois, Bessette a perdu ses chances de conserver son titre dès la deuxième étape, cédant une douzaine de minutes aux meneuses.

Elle a fini dixième au classement général, à plus de 14 minutes de la gagnante, l'Allemande Hanka Kupfemagel.

Un résultat moins éclatant que l'an dernier, mais qui est loin d'être catastrophique, selon Lyne. «J'ai quand même fait un podium lors d'une étape et une huitième place au contre-la-montre, ce qui est satisfaisant. L'an passé, personne ne me connaissait. Cette année, je me suis pointée à la ligne de départ avec le numéro 1 sur mon dossard. Je savais que mon nom allait sortir le matin lors des meetings d'équipe et qu'aucune de mes adversaires ne me laisserait partir. On peut dire que c'est la rançon de la gloire.»

Depuis le début de l'année, une carence en fer, détectée après une prise de sang, a suffisamment affaibli Bessette pour lui faire perdre une partie de sa confiance. «Ce n'est rien de majeur, a-t-elle précisé. Même si je ne suis pas végétarienne, je n'ai pas mangé beaucoup de viande rouge au cours de la saison morte. Et j'ai de la misère à être assidue et à prendre des vitamines chaque jour. Parfois, t'as l'impression que tu peux être superwoman et que tu n'as pas besoin de ces affaires-là... L'an passé, je me sentais plus forte que les autres et difficile à atteindre. Cette année, je n'ai pas eu ce sentiment.»

Ce revers de fortune ne l'a pas abattu, loin de là. Quand on n'a pas de maillot à défendre ou que l'espoir de se l'approprier devient pratiquement nul, on doit se contenter d'un rôle qui ne paraît pas nécessairement dans les classements finaux.

«À ma quatrième année en vélo, j'ai encore beaucoup à apprendre et c'est ce qui m'est arrivé au Tour de l'Aude. Même si c'est ce que tu veux, tu ne peux pas toujours gagner. Je crois que j'ai été une bonne leader l'an passé et cette année, j'ai appris à être une bonne équipière, un nouveau rôle que j'accepte. On a d'ailleurs gagné quatre étapes et on a obtenu beaucoup de deuxièmes et de troisièmes places.»

Mais demain, sur le difficile parcours du mont Royal où elle a terminé deuxième l'an dernier, Lyne Bessette aimerait bien faire plaisir à ses partisans. «C'est un circuit très difficile car tu n'as pas le temps de récupérer, a-t-elle cependant prévenu. Et la côte, elle revient vite ! Ce sont des grimpeuses en puissance qui vont se démarquer.»

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Lyne Bessette et Geneviève Jeanson
photo : Martin Chamberland

De bonnes grimpeuses, il va y en avoir plusieurs parmi le peloton de plus de 80 coureuses, dont Geneviève Jeanson qui, à l'instar de Lyne l'an dernier, s'amène au mont Royal avec d'importantes victoires à son palmarès, Tour de Snowy et Flèche Wallone en tête de liste. «On ne se voit pas beaucoup, mais je sais que Geneviève est une athlète exceptionnelle, très motivée et qu'elle a beaucoup de caractère», a dit Bessette.

Elle refuse toutefois de parler d'une confrontation strictement québécoise. «Je m'en viens courir avec les meilleures au monde et Annie Gariépy, Sophie St-Jacques et Geneviève Jeanson en font partie.»

Néanmoins, Bessette et Jeanson devront certainement montrer aux dirigeants canadiens de quel bois elles se chauffent à quelques semaines de la sélection olympique. L'athlète présélectionnée (Bessette et Jeanson en sont) qui gagnera les championnats canadiens obtiendra automatiquement son billet pour Sydney. Les deux autres seront choisies par un comité technique. Un coup d'éclat sur le mont Royal pourrait fort bien faire pencher la balance.


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Guy Maguire, webmestre, info@veloptimum.net
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