7 mars 2008

Mentors

Mathieu Toulouse

En plus de dix années de carrière cycliste, je ne compte plus les personnes qui m’ont aidé. Des gens m’ont hébergé pour des compétitions, des entraîneurs m’ont prodigué leurs savants conseils, des commanditaires m’ont aidé à payer mes dépenses, des médecins, des physiothérapeutes, des massothérapeutes et des ostéopathes m’ont réparé,parents et amis m’ont épaulé et encouragé. Pourtant, trois personnes se démarquent et ont eu une influence importante sur mon épanouissement comme athlète.

J’ai commencé la compétition en vélo de montagne en 1994, avec une culture cycliste plutôt limitée. Je ne connaissais rien à l’entraînement ni au sport de haut niveau. Cette année-là, j’ai eu la chance de rencontrer Stéphane Barrette, un ex-membre de l’équipe canadienne de ski de fond qui venait de se lancer comme entraîneur dans ma discipline. Stéphane est le premier grand passionné du sport que j’ai connu. Il était de ceux qui privilégient l’entraînement à la dure. Il aimait raconter des histoires un peu folkloriques de Vegard Ulvang et d’autres grands champions du ski de fond qui s’entraînaient comme des forcenés. Ça m’a tout de suite plu. Il m’a fait comprendre les principes de base de l’entraînement, de la vie d’athlète, et l’hygiène de vie que ça suppose. Avec lui, j’ai appris ce que c’était que de souffrir et d’être fatigué.

Le dévouement de Stéphane m’a aussi beaucoup inspiré : son travail lui apportait peu de reconnaissance sociale, le payait peu et lui demandait beaucoup de temps et d’efforts. Éventuellement, je crois que j’ai compris ce qui le motivait. Nous faisions une sortie sur route ensemble dans le Vermont et je l’ai franchement décroché dans la montée de Jay Peak. J’étais à la fois fier et mal à l’aise ; lui rayonnait. Je venais de le casser pour la première fois, et il était content. Il a été le premier à croire en moi ; je ne l’ai jamais oublié.

La deuxième personne à avoir eu une grande influence sur moi est Yuri Kashirin, qui a été l’entraîneur de l’équipe canadienne de cyclisme durant plusieurs années. Yuri avait auparavant été un brillant athlète et aurait probablement eu une grande carrière comme cycliste s’il était né ailleurs qu’en URSS. Sa discipline de prédilection était le contre-lamontre par équipe ; il en a été champion du monde et champion olympique. Si Stéphane était un tough, Yuri était un hypertough. Très exigeant envers les athlètes, il s’attendait à ce qu’ils se comportent en vrais professionnels. Je me rappelle qu’un jour, après plus de cinq heures exténuantes passées en selle, il m’a dit : «Tu es fatigué maintenant ? C’est bon, on peut commencer à s’entraîner. Mets-toi derrière l’auto, on va rouler vite. »

Yuri était tout aussi exigeant envers lui-même. Pour lui, l’athlète devait passer avant tout. Il était toujours prêt à faire le maximum afin que ses athlètes soient dans les meilleures conditions possibles pour offrir une bonne performance, ce qui n’était pas une mince tâche vu le budget anémique de l’équipe canadienne. Plus d’une fois, je l’ai vu coucher par terre pour épargner de l’argent et laisser les lits aux athlètes. Avec Yuri, j’ai appris à être pro.

La troisième personne qui m’a beaucoup influencé est très connue dans le monde du cyclisme québécois : il s’agit d’Éric Van den Eynde. Si je suis tombé en amour avec le vélo à l’âge de 18 ans, Éric m’a appris à l’aimer à nouveau. Après avoir connu une belle progression durant mes premières années de cyclisme à temps plein, je commençais à plafonner. Je désenchantais tranquillement et je me suis mis à douter de mon talent. Je m’entraînais au moins autant qu’à peu près tous mes pairs et je voyais mal ce que je pouvais faire de plus pour continuer à progresser. Éric m’a proposé une approche beaucoup plus humaine du vélo et de l’entraînement. Il m’a fait comprendre que bien s’entraîner est plus important que de s’entraîner beaucoup. Je ne compte plus le nombre de fois où il a tiré sur ma bride pour freiner mes ardeurs. Je lui dois sans aucun doute mes meilleures performances à vélo.

Comme Stéphane et Yuri, Éric est animé d’une véritable passion pour ce qu’il fait. Il m’impressionnera toujours par son ardeur et son dévouement. Les exemples sont légion, mais une anecdote en particulier me vient en tête pour l’illustrer. Il y a quelques années, il était en voyage avec des athlètes de piste et s’est mis à souffrir d’une labyrinthite. Bien que très incommodé, il a continué à rouler sur le vélodrome en moto avec ses cyclistes. Il était tellement mal en point qu’il devait se coucher par terre durant plus d’une heure après chaque entraînement pour être capable de marcher de nouveau. C’est bien là une chose que je n’ai jamais dite à Éric : si j’avais tendance à être excessif dans mon entraînement, il souffre de la même démesure dans l’exercice de ses fonctions.

Stéphane, Yuri et Éric ont, chacun à sa manière, aidé à façonner le cycliste et la personne que je suis devenu. J’aurais bien sûr adoré les remercier en ramenant un jour un maillot arc-en-ciel ou une médaille olympique, mais j’ai dû me contenter de succès plus modestes. Selon Jake Wetzel, un de mes amis qui est médaillé olympique, « elite sport is not a destination, it’s a journey ». Je suis plutôt d’accord avec lui et je tiens à remercier Éric, Stéphane et Yuri d’avoir été là pour faire un bout de chemin avec moi.


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