30 juillet 2008

L’insoutenable légèreté de l’air

Mathieu Toulouse

Je ne saurai probablement jamais pourquoi les forces cosmiques m’ont privé de la capacité d’extraire les rares molécules d’oxygène qui nagent, évanescentes, dans l’air des montagnes. J’ai beau souffler au point de m’en rendre le visage écarlate, tourner les jambes comme un émule de cet Américain que je n’aime pas, commencer les courses de manière prudente, je peine. Quand je participe à une épreuve en altitude, j’ai invariablement l’impression d’être inscrit dans une course de formule 1 au volant d’une Vespa. Et qu’on ne me parle surtout pas de « blocage mental » ou de la proverbiale force de l’esprit ! J’ai essayé de me convaincre que j’étais un bon athlète, en forme, capable du meilleur dans les bonnes conditions ; poche, je demeure. Les rares fois où j’ai réussi à tirer mon épingle du jeu, j’avais d’abord fait une longue et patiente préparation pour permettre à mon corps de s’adapter. Même dans ces circonstances, j’arrivais au mieux à minimiser mes pertes par rapport au niveau de la mer.

Pour vivre avec ce frustrant handicap, j’ai choisi la nonchalance. Comme il est difficile de se permettre des camps d’entraînement de plusieurs semaines en montagne en pleine saison, j’ai arrêté de me casser la tête avec ça. Je suis désormais très zen devant les épreuves en altitude et j’essaie d’y limiter la casse. Cette approche m’a bien servi dans la série nationale américaine au cours des dernières années. En performant bien dans les épreuves organisées au niveau de la mer et en étant médiocre en altitude, j’arrivais quand même à faire une belle saison et à bien me tirer d’affaire au classement général.

Le hic, c’est qu’il y a une marge importante entre le niveau nord-américain et celui des épreuves de la Coupe du monde. L’approche quime permettait de sauver les meubles aux États-Unis n’a pas vraiment bien fonctionné lors de lamanche tenue en principauté d’Andorre en ce début de saison, à près de 2000 m d’altitude.Malheureusement pour moi, ça n’a pas été l’exception qui confirme la règle. Mon coéquipier Geoff Kabush a par contre réussi à y terminer troisième, son premier podium en Coupe du monde en Europe. Un résultat vraiment impressionnant qui ne manquera pas de lui donner confiance pour Pékin. Marie-Hélène Prémont a aussi pris le troisième rang, suivie en quatrième place par sa compatriote, Catharine Pendrel. Ça s’est mieux passé pour moi le weekend suivant, alors que l’air riche des Highlands écossaisesm’a permis demieux m’emplir les poumons. J’ai fait une course honnête, mais pas assez bonne pour espérer m’ajouter in extremis à la liste des membres de l’équipe olympique. Ni même assez bonne pour aller au Championnat du monde cette année. J’y reviendrai.

Chez les femmes, Marie-Hélène a fait une superbe course, se bagarrant avec Marga Fullana durant près de deux heures, pour finalement réussir à la coiffer dans le dernier kilomètre. Peut-être at- elle pris des notes lorsque Gunn-Rita Dahle lui a fait le même coup en début de saison lors de la manche de Madrid.

Chez les hommes, les Suisses ont confirmé que leur pays était LA nation dominante en vélo de montagne, alors que Florian Vogel, Nino Schurter et Christoph Sauser ont pris les trois premières places, séparés entre eux par moins de 10 secondes !

Exit donc le rêve olympique pour moi. Je vous avoue que j’aurais adoré aller aux Jeux une fois dans ma carrière, mais je n’y serai pas arrivé. Je n’ai pas été choisi non plus dans la sélection nationale pour le Championnat du monde cette année. Ce qui n’est pas une grande déception. J’ai participé plusieurs fois à cette épreuve et je n’aurais été intéressé à y aller qu’à condition de me croire capable d’un bon résultat. Or, si je n’ai pas été choisi, c’est parce que mon niveau de forme n’est pas là où il doit être pour atteindre cet objectif.

Parlant d’objectifs, dès le début de la saison, j’avais fait certains choix. Je m’étais engagé à participer au Tour de Beauce, dont le départ était donné à peine deux jours après mon vol de retour d’Écosse. Si j’avais été choisi pour le Championnat du monde, j’aurais dû reprendre l’avion tout de suite après la dernière étape pour retourner en Europe. Le fait de ne pas y aller me permettra de me concentrer sur un important bloc d’épreuves durant les prochaines semaines. En rafale, j’aurai : le Championnat canadien sur route, une manche de la NMBS dans l’État de New York, le Championnat canadien de vélo de montagne, la Coupe du monde au mont Sainte-Anne et enfin celle de Bromont. Si tout se passe comme prévu, la Beauce devraitme servir de tremplin vers un bon niveau de forme pour cette période.

Le Championnat du monde a donc eu lieu sans moi à Val di Sole, en Italie, et a mis un terme aux sélections olympiques pour les pays qui n’avaient pas encore arrêté leurs choix. Pour le Canada, Geoff Kabush, SeamusMcGrath,Marie-Hélène Prémont et Catharine Pendrel iront aux JO. Du côté américain, Todd Wells et Georgia Gould sont assurés de leur place pour les Jeux. Mary McConneloug et Adam Craig compléteront probablement l’équipe.


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