16 avril 2008

South of the border

Mathieu Toulouse

Depuis maintenant plus de deux ans, je cours pour une équipe américaine en vélo de montagne sur le circuit de la NMBS. Mon équipe,Maxxis, a ceci de particulier qu’elle réunit des membres de nationalités diverses : deux Canadiens dont un est expatrié aux États-Unis, un Néo-Zélandais, deux Américains, une Française, un Britannique vivant au Colorado et un Australien habitant le sud de la France.

Ce melting-pot s’avère très intéressant et met en évidence le fait que, selon les cultures, le point de vue peut différer largement. Pourtant, un élément nous rassemble : notre prédilection pour les blagues sur la culture américaine. Du fast food aux Hummers, tout peut devenir un prétexte pour nous moquer des Américains. En général, je dois avouer que je fais preuve de peu de retenue et ne me gêne pas pour dénigrer Fox News ou la droite républicaine créationniste.

Mais je suis de plus en plus ambivalent par rapport aux États-Unis. On dit des Américains qu’ils sont gros, incultes, vulgaires, bornés, grossiers, rétrogrades, pollueurs, gaspilleurs, dépravés, prudes, hégémoniques, moralistes, et j’en passe. En plus, depuis que Bush est au pouvoir, on dirait que c’est bien vu par un grand nombre de bien-pensants de dénigrer les États-Unis.

Je crois en fait que les États-Unis sont capables du meilleur comme du pire. On oublie souvent que George Bush n’aurait probablement pas gagné contre Al Gore s’il avait été soumis au suffrage universel. Cette dissidence est d’ailleurs parfois vive, et le mécontentement manifeste. Un de mes bumper stickers préférés est celui sur lequel on peut lire : «More Trees, Less Bush. » En fait, et j’ai peut-être tort, j’ai l’impression qu’aux États-Unis, plus que chez nous, les gens ressentent davantage le besoin d’exprimer leur désaccord par rapport aux idées et aux comportements qu’ils n’approuvent pas.

Certaines des décisions en matière de politique étrangère au pays sont de plus en plus alignées sur celles du gouvernement américain et me semblent tout à fait désolantes. Est-ce parce que nous avons été habitués à une pensée modérée monolithique que nous n’avons pas appris à être aussi vigilants que nos voisins du sud ? Je ne sais pas. Une chose est certaine, cette petite réflexion m’a mené au constat suivant : les Américains ont certaines qualités enviables, et je prends la résolution de les apprécier un peu plus.

Porté par ce vent du renouveau, je me suis envolé une fois de plus vers le sud au début du mois de mars pour entamer ma saison 2008. J’ai d’abord passé deux semaines au Nouveau-Mexique chez mon coéquipier pour pédaler quelques kilomètres sous le soleil. Ça m’a permis de retrouver mes sensations et de perdre un ou deux kilos de mon gras hivernal québécois.

Le week-end suivant, ma saison s’est vraiment mise en route alors que je participais à la première manche de la NMBS, le circuit national américain en vélo de montagne. Nous avons chez Maxxis une «arme secrète» : notre commanditaire fabrique un pneu de VTT d’environ 300 grammes, ce qui est presque incroyable. Pour vous donner une idée, si j’utilise ce pneu plutôt que celui que je mets normalement sur mon vélo en compétition, le poids de ma monture diminue d’un peu plus d’une livre. Environ cinq cents grammes là où ça paraît le plus, c’est-à-dire sur la circonférence de la roue. Le hic, et il faut bien qu’il y en ait un, c’est que le pneu est un peu plus délicat ; l’utiliser équivaut à augmenter le risque de crevaison. Vous me voyez venir, j’imagine. Lors de cette première manche, j’ai pris un risque et j’ai perdu au jeu des probabilités. Dommage, parce que j’avais de très bonnes jambes. J’ai eu la chance de le prouver le week-end suivant, lors de la deuxième manche de la série disputée à Phoenix, en Arizona. Malgré une mauvaise place sur la grille de départ, j’ai réussi à croiser le fil d’arrivée en 6e place, me faisant battre au sprint pour la 5e place par le Britannique Liam Kileen.

Pour la petite histoire, mon coéquipier et compatriote Geoff Kabush a égalé un record important dans le monde du vélo de montagne en remportant le crosscountry de Phoenix. John Tomac, figure emblématique du vélo de montagne s’il y en a jamais eu une, avait jusqu’alors le plus grand nombre de victoires en carrière sur le circuit national, avec un total de treize. Geoff a égalé cette marque avec sa première place à Phoenix et a désormais de très bonnes chances de dépasser celle de Tomac.

Personnellement, je trouve mon début de saison très encourageant, surtout parce que j’ai l’impression d’avoir fait un hiver d’entraînement allégé par rapport aux années précédentes. Je l’avais fait à dessein, afin de rester frais le plus longtemps possible cette saison. Je m’attendais en contrepartie à retrouver ma forme plus tard. Je suis agréablement surpris, surtout que je n’ai pas l’impression d’avoir accumulé de fatigue pour l’instant. Comme je reprends dans quelques jours l’avion pour l’Europe afin de disputer les premières manches de la Coupe du monde de la saison, c’est de très bon augure.

Ce prochain voyage me mènera à Houffalize, en Belgique, à Offenburg, en Allemagne et à Madrid, en Espagne. Pour le Canada comme pour bien d’autres pays, ces épreuves seront très importantes pour les sélections olympiques, et je serai dans le feu de l’action.


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