Mathieu Toulouse
Cette année, comme je l'avais fait en 2004, je me suis installé en Espagne pour mon camp d'entraînement hivernal. Cette fois, j'étais en compagnie de mon ami et collègue Dominique Perras. Sachant que les routes y sont belles et nombreuses et que la topographie présente une belle diversité, nous nous sommes installés sur la Costa Blanca. En plus, le climat y est normalement tempéré, ce qui rend l'endroit très populaire auprès des cyclistes pros en janvier et février.
Nous sommes arrivés en Europe au début du mois de janvier, après avoir passé les fêtes avec nos parents et amis. Pour Dominique, c'était déjà tard, puisque le mois de février et le Tour de la Californie approchaient à grands pas. Quant à moi, ma première épreuve de 2006 serait la première manche de la Coupe du monde à Curaçao le 1er avril. Je pouvais me payer le luxe d'une belle préparation graduelle.
Nous avons donc enchaîné ensemble les longues sorties qui constituent le menu quotidien du cycliste pro en janvier. Dominique découvrait avec épatement la multitude de routes qui sillonnent la région et leur incomparable beauté. En plus, les automobilistes espagnols sont très respectueux des cyclistes. Quand, à l'occasion, une voiture nous dépassait d'un peu trop près, c'était neuf fois sur dix un touriste allemand ou britannique.
Je vous disais plus tôt qu'il fait généralement beau sur la Costa Blanca. C'est vrai, mais l'hiver 2006 aura été exceptionnellement froid en Europe, et nous n'avons pas été épargnés. Dominique m'a rappelé un adage norvégien : Il n'y a pas de mauvais temps, que de mauvais vêtements. Faisant appel aux ressources de la technologie textile la plus moderne, nous avons affronté les aléas de la météo espagnole. Je ne suis quand même pas d'accord avec les Norvégiens.
À cause du décalage important entre le début de nos calendriers respectifs, Dominique m'a faussé compagnie dès le début de février. Il devait se rendre en Californie pour le camp d'entraînement printanier de son équipe. Être seul m'a contraint à pratiquer mon espagnol, ce qui était un de mes objectifs en venant ici. J'ai aussi eu la chance de suivre les Jeux olympiques de Turin en direct grâce à la chaîne de télévision Eurosport. J'étais sur le bout de mon siège quand la fondeuse Chandra Crawford a surpris tout le monde en remportant l'or au sprint, et aussi lorsque Clara Hughes l'a imitée au 5000 m en patinage de vitesse longue piste. À ma grande surprise, je suis aussi devenu un adepte de biathlon.
Le biathlon me rappelle le VTT. Ce sport a souvent été considéré de haut par les skieurs de fond. Certains disaient qu'on pouvait se tourner vers cette discipline si on n'était pas assez bon pour exceller en ski. Elle était certes moins populaire que le ski de fond. Un peu comme le VTT par rapport à la route. Pourtant, la popularité du biathlon a connu un regain, grâce entre autres à certaines modifications dans le déroulement des épreuves. Pour les cibles ratées au tir, on a remplacé les pénalités en secondes par une boucle de 150 m devant être parcourue autant de fois que le nombre de cibles manquées. Pour les spectateurs, la course devient beaucoup plus facile à suivre et beaucoup plus excitante. À Turin, on a aussi présenté pour la première fois à des Jeux olympiques une course avec départ en groupe, de 12,5 km chez les dames et de 15 km chez les hommes.
Tout cela m'a fait réfléchir aux problèmes de mise en marché de mon sport. J'y participe et j'en suis passionné, malgré tout je trouve que les épreuves sont en général assez ennuyeuses lorsqu'elles sont télédiffusées. On l'a vu avec tout le débat sur l'assistance technique en course : nombreux sont les puristes du vélo de montagne qui tiennent mordicus à préserver « l'esprit du sport ». Ces préoccupations sont certes nobles, mais il faudra probablement les mettre de côté si on veut sauver la Coupe du monde. Sans couverture télé, un sport est voué à la marginalisation puisque aucun commanditaire ne s'y intéressera. Selon moi, nos organisateurs devraient s'inspirer du biathlon et trouver des moyens de rendre nos épreuves plus excitantes.
Je vous offre d'ailleurs un petit coup d'oeil dans la boule de cristal de l'UCI. Il y a loin de la coupe aux lèvres, mais certaines personnes influentes suggèrent que les parcours de vélo de montagne soient raccourcis de façon significative, s'inspirant du modèle des parcours de cyclocross. On veut rendre la course plus facile à suivre pour les caméras de télévision et pour les spectateurs sur place. Ce serait un pas dans la bonne direction, et j'ajouterais que les organisateurs devraient essayer de rapprocher les épreuves des grands centres urbains. Imaginez une Coupe du monde au mont Royal…
J'adore le « vrai » vélo de montagne. Certains de mes plus beaux souvenirs de VTT sont des sorties que j'ai faites avec des amis dans les Rocheuses, en Alberta. Seulement, je crois qu'il faut essayer de rendre le sport enlevant pour les spectateurs si on veut être capable d'intéresser les gens aux épreuves. Le vélo de montagne, c'est tripant ; il faut essayer de rendre ça tripant à regarder.
Je vous laisse réfléchir à tout ça. Je vous quitte, l'épreuve de ski de fond de 50 km commence dans quelques instants...
P.-S. Pour ceux et celles qui se sont intéressés au débat sur l'assistance technique en VTT, sachez que l'UCI a étendu à 2006 la portée du règlement, et il sera désormais permis aux mécaniciens d'équipe d'aider directement leurs coureurs. Mathieu 2, Gilles Morneau 0. Hé, hé !
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