Dominique Perras et Mathieu Toulouse
Reconstitution d'un entretien hivernal entre Mathieu Toulouse et Dominique Perras, qui a eu lieu – ou non – dans un certain café de la rue Rachel, à Montréal, où on aime parler «bicyk».
Dominique Salut Math, ça fait un moment qu'on s'est vu ! La dernière fois, c'était un certain 1er octobre, et t'avais les yeux rouges de fatigue... As-tu passé un bel automne ?
Mathieu T'as raison, j'avais l'air magané! J'arrivais du bike show de Las Vegas. Après une semaine où les heures de sommeil ont été peu nombreuses, j'ai pris un vol de nuit pour arriver à Montréal à temps pour ton mariage. Ça a valu la peine !
Mon automne a été assez peu exotique, pour une fois. Contrairement aux années passées, où je profitais de mes vacances pour voyager, je suis resté à Montréal. J'ai passé du temps avec mes amis et ma famille.
Et toi, la lune de miel ?
Dominique Comme tu le sais, elle a été repoussée de quelques semaines. Quatre jours après mon mariage, je me suis plutôt dirigé vers l'Australie pour participer au Sun Tour. Malgré les festivités de notre union (!), tout a assez bien été; j'ai terminé deuxième au classement général après avoir porté le maillot de leader.
Ensuite, je suis revenu au Québec brièvement, pour repartir au Chili et en Argentine avec ma femme – ça me fait encore tout drôle de l'appeler comme ça. C'était vraiment extraordinaire! Bien sûr, sans vélo, pendant 18 jours. Ce fut mon unique période de repos. Je me suis quand même soumis à un entraînement léger 10 jours avant et 10 jours après. J'ai vraiment repris vers la fin de novembre.
De ton côté, as-tu réglé ta situation contractuelle pour l'an prochain ?
Mathieu De ce côté-là, c'est au beau fixe. Je viens de signer une entente de deux ans avec Maxxis. Je vis quelque chose de tout à fait inédit : la sécurité d'emploi !
Ce qui est un peu plus difficile, c'est l'entraînement. J'avais prévu faire une saison de cyclocross aux États-Unis, mais j'ai fait une chute stupide et je me suis fracturé un os de la main droite. Rien de grave, mais assez incommodant pour être incapable de tenir un guidon quand ça brasse. J'ai donc pris mon congé d'entraînement plus tôt que prévu et je trouve ça difficile de m'y remettre avec le temps qu'il fait ces jours-ci. Regarde-moi ça dehors, la belle sloche dans la rue !
Toi, c'est réglé avec ton équipe ?
Dominique Oui, j'ai réglé ça avant de partir en vacances, mais mon contrat est d'un an. Je reste avec Kodakgallery.com/Sierra Nevada et je suis bien content d'avoir pu prendre Martin Gilbert avec moi cette année. Il a beaucoup de talent et, en plus, ce sera agréable d'avoir un Québécois à mes côtés sur la route. On a eu un petit camp de rencontre avec les commanditaires en Californie au début de décembre.
Mais, on a appris sur le tard, fin décembre, qu'on était invité au Tour de Californie. Ça va changer mes plans, parce que ça va être une course très importante pour mon équipe. En décembre, je me suis entraîné au Québec à la bonne vieille méthode de Rocky Balboa: VTT dehors quand je peux, exercices sur le computrainer, musculation, jogging et ski de fond pour boucher les trous. C'est bien beau, mais comme tu sais, c'est insuffisant pour performer dans les compétitions de haut niveau.
Mon prochain camp d'entraînement en équipe est en février, juste avant le Tour de Californie, mais en janvier, il va falloir passer aux choses sérieuses. Es-tu prêt? On va où ?
Mathieu Content que tu m'en parles! Ma saison commencera à Curaçao avec une épreuve de la Coupe du monde au début d'avril. Je n'ai pas le même sentiment d'urgence que toi, mais un départ au début de janvier vers des cieux plus cléments serait tout à fait opportun.
J'avais pensé aller faire un tour à Mendoza, en Argentine. Un vététiste de ce coin-là m'a déjà dit que c'était idéal pour l'entraînement. En plus, on serait là en plein été et on pourrait vivre comme des rois, vu la faiblesse du peso argentin.
Qu'est-ce que t'en penses ?
Dominique C'est vrai que Mendoza est une ville fantastique, au pied des Andes, mais j'ai certaines réserves. Primo, je présume que ça va être difficile de s'y rendre avec des points Aéroplan, parce que c'est la haute saison; secundo, je suis pas certain qu'il y ait suffisamment de routes tranquilles dans les environs ni que les cyclistes y soient en sécurité, quoique là-dessus, je crois que c'est correct.
Moi, j'opterais plutôt pour l'Espagne. Ça fait longtemps qu'on me dit que le sud du pays est parfait en janvier. T'es déjà allé, toi; qu'est-ce que t'en penses? Ça ferait changement des États-Unis; on passe pas mal de temps là-bas.
Mathieu Ben d'accord avec ton intention de changer d'air; c'est pour ça d'ailleurs que je pensais à l'Argentine. Cela dit, l'Espagne est, selon moi, le meilleur endroit pour des camps d'entraînement hivernaux. J'ai passé du temps dans une petite ville de la Costa Blanca: la Méditerranée d'un côté et, de l'autre, d'un réseau incroyable de routes qui sillonnent les montagnes et les orangeraies autour. L'endroit est tellement bon que plusieurs grandes équipes de route le choisissent pour tenir un camp d'entraînement au mois de janvier. Pendant mon dernier séjour, j'ai vu les gars de Cofidis, de Quick Step, de Lotto, de Euskatel, de CCC-Polsat et aussi de Rabobank. Je suis un peu déçu de renoncer à Mendoza, mais je crois que t'as raison, va pour l'Espagne. Bon, on prend le téléphone pour voir si on peut trouver des billets pour le début de janvier ?
Dominique Je suis partant. Dis donc, c'est quoi tes gros objectifs pour la prochaine saison? Norba et Mondiaux ?
Mathieu Comme je te disais, mon calendrier commence dans les Caraïbes avec l'étape de la Coupe du monde de Curaçao. Oui, je sais, c'est pas toujours facile d'être coureur cycliste...
Blague à part, la Norba demeure la série de compétitions la plus importante pour Maxxis, et je vais devoir participer à toutes les manches de la saison. Par contre, cette année, je vais aussi participer à presque toutes les étapes de la Coupe du monde pour amasser le plus de points UCI possible.
Pour le vélo de montagne, les saisons 2006 et 2007 vont être décisives quant au nombre de cyclistes que chaque pays pourra envoyer aux Jeux olympiques de 2008. Les pays dont les coureurs auront accumulé le plus de points UCI au cours des deux saisons à venir vont avoir la possibilité d'envoyer plus de vététistes à Beijing que les autres. Les étapes de la Coupe du monde sont probablement le meilleur moyen d'amasser des points UCI. En prime, plus le Canada aura de places pour Beijing, plus j'aurai de chances d'y aller !
Enfin, il y a toujours le Championnat du monde. Il a lieu cet été à Rotorua, en Nouvelle-Zélande; je compte bien m'y présenter dans la meilleure forme possible. Sur le plan sportif et pour ma satisfaction personnelle, cette course est la plus importante de la saison.
Donc, 2006 va être pour moi un beau jeu d'équilibrisme entre tous ces objectifs qui ne vont probablement pas toujours être faciles à concilier. Comment ça se présente pour toi ? Tu nous gagnes le Tour de Beauce ?
Dominique Si tu dois me souhaiter une seule chose, c'est justement une grande victoire en 2006 ! J'ai eu une bonne saison 2005, mais trop de places d'honneur et pas assez de victoires. Ma deuxième place au Sun Tour et à Fitchburg, entre autres, je les ai encore un peu à travers la gorge. Comme tu sais, la différence entre le deuxième et le premier, dans ce milieu-là, c'est considérable. La Beauce? Pourquoi pas? Je sais que j'en parle chaque année, mais là, je viens de passer proche de gagner le Sun Tour, une course de calibre certainement comparable sinon supérieur à celle de la Beauce, et ça me prouve que c'est possible. J'espère juste qu'il fera moins froid qu'en 2005 – je suis trop maigre pour ça ! – et qu'il y aura un contre-la-montre un peu plus court.
Mon calendrier de 2006 sera similaire à celui de 2005, avec l'ajout important du Tour de Californie, qui devrait avoir le même degré de difficulté que le Tour de Géorgie. Même si c'est pas tout à fait réaliste de viser de gagner le général à ces deux courses-là, je crois que je peux faire un résultat d'étape, et même en gagner une. Le Tour de Californie est par contre un peu tôt en saison pour moi. Mais peu importe, ces grandes épreuves-là me donnent la motivation de m'entraîner en hiver et de poursuivre dans mon sport. Il y a aussi les Jeux du Commonwealth, mais je ne sais toujours pas si j'y vais.
Je vise aussi le Championnat canadien, qui va se dérouler à Québec, même si le circuit devrait pas être très dur. Et comme tu dis, les Mondiaux sont toujours particuliers. Pour la route, ils sont à Salzbourg, en Autriche, et sont sélectifs. Je les ai faits en septembre dernier, après un appel à la toute dernière minute; cette année, je veux les refaire en vraie bonne condition physique.
Entre tout ça, j'aurai quatre ou cinq courses par étapes et quelques-unes d'un jour, à ma mesure, aux États-Unis, où j'espère tirer mon épingle du jeu !
Mathieu Bon, je crois qu'on a fait le tour de la question. Donc, direction Espagne en janvier. Sur ce, j'en profite pour te souhaiter, ainsi qu'à tous les lecteurs, une bonne année !
Dominique Merci, Mathieu. J'offre aussi mes meilleurs vœux à tous. À bientôt !
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