Mathieu Toulouse
Le Championnat du monde de vélo de montagne avait lieu cette année à Rotorua, en Nouvelle-Zélande. J'ai fait un camp d'entraînement en altitude avant de m'y rendre et j'espérais bien que ces préparatifs me permettraient de faire un gros coup pour racheter ma saison. Mais je n'ai pas fait une bonne course. Le plus dur dans tout ça a été d'admettre que mon résultat était le reflet de ma forme : médiocre. La saison 2006 est à oublier.
Malgré cette déception, j'ai décidé de passer quelques jours de plus en Nouvelle- Zélande pour faire un peu de tourisme. Ce pays est devenu une mecque des sports extrêmes. J'ai notamment fait une descente de rapides en rafting pendant laquelle nous avons passé une chute de 7 m. J'ai aussi fait du super beau vélo de montagne dans la forêt de Whakawerawera, un immense terrain de jeu sillonné de sentiers sinueux, de passerelles, de ponts, de virages inclinés et de sauts. Si vous pensez que ce toponyme est difficile à prononcer, vous avez raison ; j'ai dû le répéter plusieurs fois pour arriver à le dire correctement. Mais ç'aurait pu être pire. Il existe un endroit en Nouvelle- Zélande dont le nom maori est : Taumatawhakatangihangakoauauotamateapokaiwhenuakitanatahu.
Peu après mon retour au Québec, je suis allé en Pennsylvanie pour participer au Grand Prix Univest. J'y participais comme coureur invité de la formation québécoise Louis Garneau. Nous avons effectué le trajet en voiture. Sitôt les douanes américaines passées, nous nous sommes fait arrêter pour excès de vitesse. Mathieu Roy, alors derrière le volant, a fait de son mieux pour amadouer le state trooper dans un anglais approximatif. En guise de réponse, le policier lui a remis un constat d'infraction sur lequel il avait transcrit la déclaration de Mathieu : «Yes, I was going a little fast. We are going to Pennsylvania. » Nous avons bien ri. Dans les compétitions de vélo de route aux États-Unis, les coureurs sont souvent hébergés par des familles d'accueil. Pour le Grand Prix Univest, nous avons été accueillis par un couple pour qui les valeurs religieuses sont très importantes. Ainsi, le samedi soir, nous avons partagé le souper avec des amis de leur church group. Parmi ceux-ci, il y avait Peggy, inconditionnelle du Nascar. Elle en est tellement éprise qu'elle avait programmé son magnétoscope pour enregistrer une course qu'elle manquait en soupant avec nous. Peggy a aussi eu le privilège de bénir le repas. Elle a chanté le bénédicité sur l'air de la chanson-thème du film Superman tout en étendant les bras audessus de la nourriture comme si elle la survolait. Et ce n'était pas une blague. Je ne me souviens pas de la dernière fois où j'ai eu à me concentrer aussi fort pour contenir un fou rire ! Je me suis mordu les joues jusqu'au sang pour y arriver.
À mon retour de Pennsylvanie, les feuilles commençaient déjà à prendre de belles teintes sur le mont Royal. Normalement, c'est un indice que le temps des vacances est arrivé pour moi. Mais pas cette année : je vais disputer une saison complète de cyclocross, une discipline de plus en plus en vogue aux États-Unis. J'ai toujours voulu m'adonner à ce sport, mais la saison de vélo de montagne est longue et, généralement, je suis épuisé après le Championnat du monde. Comme j'ai été au repos forcé durant une longue période cet été, je suis resté sur ma faim. Mon désir de prouver que je ne suis pas devenu mauvais me motive aussi. Comme disent les anglos : «You're only as good as your last race».
Je n'ai jamais couru en cyclocross, du moins pas sérieusement. C'est très drôle, parce que l'organisateur de la série US Grand Prix a communiqué avec moi afin de préparer une fiche à l'intention des commentateurs des épreuves. Quand il m'a demandé quelle était mon expérience en cyclocross, j'ai répondu que je n'en avais pas vraiment. Le même jour, Maxxis annonçait en grande pompe la formation d'une équipe de cyclocross, disant entre autres que « le vétéran Mathieu Toulouse amènerait à l'équipe sa large expérience dans cette discipline» !
J'ai commencé ma saison au Grand Prix du Vermont. J'ai gagné l'épreuve du samedi et j'ai pris le quatrième rang le dimanche. J'ai ensuite dû faire un petit tour à Las Vegas pour Interbike, la foire annuelle de l'industrie du vélo. Ce furent quatre folles journées passées à signer des autographes pour Maxxis.
Après Vegas, j'ai mis le cap sur New York pour disputer une course de cyclocross dans les Hamptons, lieu de villégiature chic de Long Island. J'ai continué mon apprentissage et j'ai récolté une 10e et une 5e places, dans des courses de calibre déjà un peu plus relevé que celles du Vermont. J'en ai aussi profité pour passer quelques jours avec mon frère, qui vit à Manhattan. La première grande épreuve de la saison avait lieu le week-end suivant à Gloucester, en banlieue de Boston. Il s'agissait des deux premières manches du US Grand Prix of Cyclocross, sans doute la plus prestigieuse série de compétitions aux États-Unis. Cette série attire tous les meilleurs coureurs nordaméricains.
Je me suis surpris moi-même avec une sixième place samedi et une cinquième place dimanche. C'était très excitant de courir devant une foule nombreuse et enthousiaste. Ça me peine de le dire, mais ça fait changement du vélo de montagne... Je vous écris ces lignes de l'aéroport Logan à Boston. Nous sommes au lendemain de l'épreuve de Gloucester et je m'envole dans quelques heures pour le Brésil. J'y disputerai les Championnats panaméricains de vélo de montagne*. Je reviendrai ensuite pour poursuivre ma saison en cyclocross et essayer de gagner le Championnat canadien dans cette discipline. Je vous raconterai donc la suite dans ma prochaine chronique.
* Notre vétéran a terminé 2e des Championnats panaméricains
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