27 juin 2006

Leffe, frites ou scotch

Mathieu Toulouse

Presque toutes les personnes à qui j'ai parlé de mon voyage à Los Angeles pour la première manche de la Norba m'ont dit que j'étais chanceux d'aller en Californie. Je ne suis pas d'accord. Ma destination finale n'était pas Los Angeles, mais bien Fontana, une banlieue à l'est de la ville.

Or, cette dernière s'est tellement étendue que Fontana, bien qu'à plus de 60 km du centre-ville, n'est en fait que le prolongement de Los Angeles. L'air y est si vicié que même au mois de mai un film semi-opaque et jaunâtre cache la vue des montagnes environnantes, pourtant proches. Pas idéal pour disputer une épreuve de VTT.

Je ne sais pas si mon manque d'enthousiasme pour l'endroit m'a puni, mais le destin m'a donné une raison de plus de prendre Fontana en grippe. Jeudi soir, après avoir passé une longue journée à voyager, mon coéquipier Geoff Kabush et moi avons décidé de sauter le souper d'équipe au resto et de nous trouver quelque chose que nous pourrions manger sur le pouce en regardant le match de basket-ball opposant les Suns aux Lakers. J'ai donc enfilé un burrito au poulet sur le coin du lit de ma chambre d'hôtel en regardant Steve Nash porter les Suns à la victoire. Jusque-là, tout allait bien. Les choses ont pris un mauvais tour dès le lendemain matin, lorsque j'ai commencé à sentir les premiers symptômes d'indigestion. Je vous épargne les détails, mais j'ai passé la journée de vendredi entre le lit et la salle de bains, pris de sueurs froides et incapable de manger quoi que ce soit.

Évidemment, j'ai connu une compétition misérable. Par contre, Geoff avait retrouvé la forme qu'on lui connaît et a remporté le cross-country et le short track.

Dès le lendemain de la Norba, nous nous sommes envolés vers l'Europe pour aller y disputer trois épreuves de la Coupe du monde. Le scénario était loin d'être idéal : notre itinéraire nous menait de Los Angeles à Toronto, puis à Francfort et enfin à Madrid. Tout cela sans compter le décalage de 9 heures entre la côte ouest américaine et l'Espagne. Mais j'imagine qu'on s'habitue à ce genre de voyage avec les années, puisque Geoff et moi étions assez bien en posant le pied à terre à l'aéroport Barajas, à Madrid. Et comme nous sommes tous deux des caféinomanes invétérés, nous avons entamé notre séjour en terre espagnole en nous enfilant un bon café con leche. Ça remet les idées en place et ça chasse le sommeil !

Notre première épreuve en Europe avait lieu dans un parc nommé Casa de campo, à l'intérieur même de Madrid. À cet endroit, les forces policières tolèrent la prostitution. C'est surprenant de voir de jeunes parents jouer avec leurs enfants dans le parc, tout en côtoyant les « professionnelles » qui ne se gênent pas pour s'exhiber et affrioler les clients potentiels. Ajoutez à ce tableau quelques centaines de vététistes en lycra qui sillonnent un parcours de compétition, et la scène devient presque loufoque !

Il est notoire que les coureurs sont obsédés par le matériel qu'ils utilisent en compétition. Mais une chose ne se démodera jamais : le désir d'avoir un vélo le plus léger possible. La dernière tendance pour y arriver : les pneus ultralégers. Comme plusieurs utilisent désormais du latex liquide dans leurs pneumatiques, il est désormais possible d'en utiliser de moins résistants sans trop craindre les crevaisons. Selon Michel LeBlanc, notre entraîneur national, environ la moitié des vingt meilleurs coureurs sur la ligne de départ à Madrid utilisaient ces pneus. Vous vous imaginez sans doute qu'il s'agit de matériel pour maniaques et que ça ne fait pas vraiment une grosse différence. Vous avez à la fois tort et raison. Vous avez raison de penser qu'il s'agit de matériel spécialisé réservé à la compétition, mais vous avez tort de penser que l'avantage est négligeable. La différence entre les pneus ultralégers et ceux normalement utilisés en compétition se situe entre 500 et 800 g la paire. De une à deux livres de moins à accélérer à la sortie de chaque virage ou à traîner dans chaque montée. Leur usage demeurera circonscrit aux parcours moins accidentés mais, croyez-moi, la différence de performance est inouïe.

Malgré cette arme secrète, j'ai fait une course très décevante à Madrid. En fait, les résultats sont assez décevants dans le clan canadien, exception faite de Marie-Hélène Prémont. Elle qui avait opté pour des pneus plus normaux et ainsi pris moins de risques de crever a vu son pneu arrière se vider de tout son air avec un tour à faire. Elle a mis trop de temps à se rendre au puits de ravitaillement et a vu une deuxième place assurée se transformer en dixième position.

Probablement fouettée par son avarie, elle a tout de même enregistré le meilleur temps au dernier tour, meilleur encore que celui de la gagnante, Gunn-Rita Dahle-Flesja (essayez de répéter son nom 10 fois d'affilée !).

Nous nous apprêtons maintenant à nous rendre en Belgique pour la troisième manche de la Coupe du monde de la saison. Si tout se passe comme je l'espère, au même moment la semaine prochaine, je serai en train de savourer un bonne Leffe pour célébrer nos résultats. Et si c'est vraiment bon, peut-être même un cornet de frites... Notre périple se terminera une semaine plus tard en Écosse. Malgré le temps qui sera presque assurément pluvieux, c'est un superbe pays et j'ai hâte d'y retourner. J'ai déjà eu de bons résultats sur ce parcours et j'espère bien être capable de récidiver. Et dans ce cas, même si le résultat est excellent, je ne célébrerai pas en buvant une bouteille de scotch. Par contre, si c'est désastreux...

D'ici là, je vous souhaite du beau temps au Québec pour les sorties à vélo et j'espère que vous viendrez en grand nombre à l'épreuve de la Coupe du monde du Mont- Sainte-Anne. À bientôt.


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