12 mai 2006

Changements de climats

Mathieu Toulouse

Je suis rentré au Québec à la toute fin du mois de février, après avoir passé deux mois à pédaler sur les routes de la Costa Blanca, en Espagne. Après toutes ces heures en selle et tout ce temps à vivre la vie du parfait-petit-athlète-sérieux qui- se-couche-tôt et-qui-mange-bien, je me suis permis une petite semaine de vacances au Québec.

J'ai passé du temps avec mes parents et amis, et un week-end au Massif de Petite-Rivière-Saint-François avec ma gang de chums. J'ai fait de la planche à neige, j'ai mangé trop de raclette et, surtout, j'ai laissé mon vélo à la maison et je n'y ai pas pensé. Ça a fait du bien !

J'ai ensuite mis le cap sur Albuquerque au Nouveau-Mexique, pour faire un petit camp d'entraînement en altitude et prendre le temps d'apprivoiser à nouveau mon VTT. En Espagne, j'avais fait tout mon entraînement sur la route, et mes réflexes étaient un peu rouillés. Après m'être planté quelques aiguilles de cactus dans les avant-bras, j'ai tranquillement retrouvé mon aisance sur les sentiers.

On dit parfois que la réalité dépasse la fiction, et j'ai bien l'impression que ça a été le cas durant mon séjour au Nouveau- Mexique. Alors qu'un policier effectuait un contrôle de routine d'un véhicule dans une banlieue de la ville, le conducteur l'a abattu d'une balle en plein front, sans raison apparente. C'est bien sûr un événement épouvantable, et la ville entière était en émoi. Le chef de police a tout de suite donné une conférence de presse où il annonçait qu'il userait de tous les moyens pour trouver le coupable. J'imagine que je n'avais pas bien pesé le poids de ses paroles. Le lendemain, mon parcours d'entraînement me menait dans le coin où avait eu lieu le crime. Durant ma sortie, j'ai dû voir au moins une cinquantaine de voitures de police roulant à toute allure et dans tous les sens. J'ai même vu un gros camion tirant une remorque sur laquelle était posé un char d'assaut ! Un tank ! Je n'en revenais pas. Apparemment, deux de ces véhicules sillonnaient les environs.

Ma prochaine destination était l'île de Curaçao dans les Caraïbes pour la première manche de la Coupe du monde. Curaçao est une ancienne colonie néerlandaise, qui fait d'ailleurs toujours partie du royaume des Pays-Bas et sert de destination soleil à de nombreux Bataves.

La course était organisée par l'homme qui orchestre chaque année l'Amstel Gold Race, une épreuve sur route de renom. Un des objectifs avoués de l'événement était de faire la promotion de Curaçao comme destination soleil. Tout cela a failli être mis en échec quand un jeune coureur de l'équipe Bianchi s'est fait attaquer sur son parcours d'entraînement par une bande de voyous armés de pierres. Les larrons se sont emparés de son vélo et l'ont contraint à poursuivre son chemin à pied. Mais l'histoire a une fin heureuse, puisque les habitants de l'île ont apparemment réalisé tout le tort qu'un tel incident pouvait causer à l'industrie touristique. Le soir même, le vélo du jeune homme est « réapparu » à son hôtel.

La course a eu lieu dans des conditions chaudes et humides, sur un parcours sinueux. Elle a été remportée par le Néerlandais Bart Brentjens, pour le plus grand bonheur de l'organisateur et de ses commanditaires. Certains se sont d'ailleurs posé quelques questions sur l'écart de seulement vingt secondes qui séparait le champion de Julien Absalon au fil d'arrivée. Je préfère croire que le vieux loup Brentjens a su user de sa ruse pour battre le jeune Français. De mon côté, j'ai eu un départ lamentable et j'ai dû faire une course de rattrapage.

J'ai terminé au 48e rang, résultat très décevant. Mon compatriote Seamus McGrath a fait une belle course et a terminé 8e, à peine une semaine après avoir remporté la médaille de bronze à la course de vélo de montagne des Jeux du Commonwealth. J'ai tout de même trouvé le moyen de profiter un peu de l'endroit. Au lendemain de la course, j'ai fait une sortie en voilier avec Michel Leblanc, entraîneur de l'équipe canadienne de vélo de montagne. J'en ai aussi profité pour faire un peu de plongée en apnée dans les eaux émeraude de l'Atlantique et nager parmi les bancs de poissons multicolores.

Après les Caraïbes, je me suis envolé vers la Californie en compagnie de mon coéquipier Geoff Kabush. Je vous écris ces lignes de Monterey, où on a connu des précipitations hivernales record. Il semblerait que c'était un hiver « la niña », ce qui a amené et amène encore des quantités considérables de pluie sur la région. Au bulletin de nouvelles, on nous annonçait que les craintes de glissements de terrain sont de plus en plus fortes à cause de la saturation des sols en eau. La nuit dernière, j'ai rêvé que j'étais emporté dans un torrent de boue alors que je disputais le cross-country de la Sea Otter Classic. Espérons que ce n'était pas prémonitoire.

Malgré la pluie qui ne semble pas vouloir s'arrêter, j'ai bien peur que mon coéquipier Geoff ait d'autres préoccupations plus importantes pour l'instant. Depuis le début des Jeux du Commonwealth, il est affligé d'un mal étrange : il souffre de maux de tête, de nausées et d'étourdissements. Il a fait une course médiocre aux Jeux et a dû abandonner à Curaçao. Pire, il ne sait toujours pas ce dont il souffre, même après avoir consulté plusieurs médecins. Alors qu'il a dominé le circuit de vélo de montagne en Amérique du Nord durant les deux dernières années, il arrive à peine à terminer ses courses. Comme quoi même les champions sont humains. Je lui souhaite de retrouver la forme le plus vite possible.

Je vous raconterai l'Otter dans ma prochaine chronique. Je vous souhaite un bon printemps et une fonte rapide des neiges sur les sentiers du Québec.


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