Mathieu Toulouse
Après avoir connu un printemps honnête mais sans éclat, j'avais du pain sur la planche pour revenir au niveau de forme dont je suis capable. J'ai donc passé le mois de mai dans le sillage de la moto de mon entraîneur. Infatigable bourreau au volant de sa rutilante Honda, Éric Van Den Eynde m'en a fait baver un coup, mais je retrouvais un peu de la fougue perdue.
Pour achever d'affûter ma forme, j'ai aussi participé à quelques compétitions de moindre importance. J'ai fait une brève incursion sur le circuit américain de route en participant au Tour du Connecticut avec la formation québécoise Trek Volkswagen. J'ai commencé à me sentir fort en course bien que j'aie manqué d'un peu d'endurance dans la dernière étape de 220 km. La semaine suivante, j'ai participé à une manche de la Coupe Canada au mont Tremblant et j'ai gagné assez facilement. Encourageant...
Mon premier véritable test était le Championnat canadien au mont Sainte-Anne. Les meilleurs athlètes de cross-country au pays s'y retrouvaient après une longue pause dans le calendrier. Tous étaient un peu nerveux, moi compris. Tout de même, malgré une chaleur accablante, j'ai attaqué la course pour essayer de la gagner. Mes jambes n'ont pas été tout à fait à la hauteur de mes ambitions, et j'ai dû me contenter du quatrième rang. C'est une des pires positions: presque sur le podium mais pas tout à fait. On dit parfois à la blague que le quatrième reçoit une médaille de bois. Une autre performance «honnête mais sans éclat».
Sans dire que je commençais à désespérer, j'étais un peu tanné d'être bon mais jamais excellent. Pour un athlète, il est de loin préférable d'obtenir quelques excellents résultats dans une saison plutôt que d'être moyen mais constant. J'étais mûr pour un coup d'éclat. J'ai commencé à «avoir des sensations» deux semaines après le Championnat canadien, durant les jours précédant la manche de la Coupe du monde qui se tenait au mont Sainte-Anne. Toute la semaine, j'avais le goût de forcer sur mon vélo, ce qui est habituellement très bon signe.
Puisqu'il s'agissait de ma première épreuve de la Coupe du monde de l'année, ma position sur la grille de départ n'était pas excellente. J'avais cependant de bonnes jambes et j'ai vite remonté au sein du peloton. À la toute fin du quatrième tour de six, je me pointais en huitième place et me dirigeais vers ma meilleure performance à vie à l'échelle internationale. Michel LeBlanc, nouvellement nommé entraîneur-chef de l'équipe canadienne de vélo de montagne, se tenait à un endroit stratégique sur le parcours pour donner de l'information aux coureurs. Il venait de me dire de faire attention aux chutes ou aux bris mécaniques quand... j'ai connu des pépins avec ma chaîne. Une catastrophe. J'ai mis une éternité à réparer. Je suis remonté en selle en 35e place, pour finalement passer le fil d'arrivée en 24e position.
Ce fut une course crève-cœur pour plusieurs raisons. D'abord parce que ç'aurait été le meilleur résultat de ma carrière. Ensuite parce que je n'ai aucune garantie de répéter l'exploit cette année. Je ferai bien une épreuve de la Coupe du monde au Nouveau-Mexique dans deux semaines, mais elle se déroulera à 3000 m d'altitude, et j'ai parfois de la difficulté à m'adapter à l'air appauvri. C'est décevant aussi parce que l'épreuve de la Coupe du monde au mont Sainte-Anne est l'une des meilleures occasions que j'ai dans l'année de faire un peu parler de moi dans les médias québécois. Et une 24e place, c'est plutôt anonyme. Enfin, ça me peine aussi parce toute ma famille s'était déplacée pour assister à la course, y compris mon neveu Émile de 3 mois et ma nièce Emmanuelle de 10 semaines.
Je ne veux quand même pas dramatiser. Je suis en excellente forme et j'ose espérer que je réussirai à en profiter pour produire au moins un bon résultat d'ici la fin de l'été.
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