Mathieu Toulouse
On traite parfois les athlètes de haut niveau de «petites natures» parce qu'ils parlent beaucoup de leurs petits bobos, virus et problèmes de santé. En fait, certains sont de véritables hypocondriaques.
Mais il faut se rappeler qu'une baisse de régime d'à peine 2 ou 3 % peut faire la différence entre une victoire et un résultat anonyme, de sorte que le spectre de la maladie en effraie plus d'un. Un tout petit virus peut faire dérailler toute la préparation d'une grande épreuve, mais il existe des petits trucs pour minimiser les risques de tomber malade. Malgré toute l'expérience que j'ai et toute la sapience que je prétends avoir, j'ai admirablement bien réussi, ce printemps, à faire presque tout ce qu'il ne fallait pas. J'en retiens une leçon que j'ai synthétisée pour vous en une simple démarche de trois étapes.
Tout d'abord, il est primordial d'être exposé à une personne infectée. Cela est relativement facile à réaliser de janvier à avril, alors que l'activité grippale est assez bonne. Vous obtenez des points bonis si votre système immunitaire s'est affaibli. J'ai facilement rempli le premier critère lors de la première manche de la Norba: mon coéquipier Geoff Kabush était enrhumé, de même que mon directeur sportif et mécanicien chez Maxxis. Pour vraiment augmenter mes chances, la course s'est déroulée sous une pluie torrentielle et par temps froid...
La deuxième étape de la démarche consiste à maximiser le nombre de changements climatiques que l'on fait subir à son corps sur le plus court laps de temps possible. Après avoir subi le temps froid et humide de la première Norba, je me suis rendu en Arizona où la température était évidemment chaude et sèche. Pour ne pas être en reste, la semaine suivante, je suis allé en Virginie pour, encore une fois, pédaler dans des conditions froides et pluvieuses.
Enfin, pour la troisième étape – et je crois qu'elle est très importante –, il ne faut surtout pas se reposer si on se sent malade. Après avoir ressenti les premiers symptômes au Texas, j'ai participé à deux autres compétitions de vélo de montagne. De là, je suis allé rejoindre Michel LeBlanc et les jeunes membres de l'équipe du Québec de vélo de montagne en Virginie. J'ai fait une longue sortie, sur le Blue Ridge Parkway, qui s'est terminée sous une bruine persistante, par une température d'environ 5 °C. Je n'ai pu m'empêcher de me rappeler une phrase célèbre de Yuri Kashirin, ex-entraîneur-chef de l'équipe nationale : «En vélo, quand les conditions sont difficiles, il faut être tough pour s'entraîner quand même, mais quand les conditions sont vraiment mauvaises, être tough, c'est être niaiseux.» Je crois bien que je tombais ce jour-là dans la deuxième catégorie.
J'en ai eu la confirmation, quelques jours plus tard, lors de mon retour à Montréal. J'ai consulté mon médecin qui m'a dit que je souffrais d'une bonne bronchite et m'a prescrit des antibiotiques pour m'aider à m'en débarrasser. Vous voyez, trois petites étapes! Facile, non ?
Enfin convaincu que j'avais vraiment besoin de me reposer, j'ai pris une semaine de repos total à Montréal. J'étais plutôt déçu parce que j'avais l'impression d'avoir déjà un léger retard dans ma préparation pour la Sea Otter Classic. L'attention des médias y est toujours importante, et j'y avais eu de très bons résultats les années passées. En plus, tous les employés de la division vélo de chez Maxxis avaient choisi de venir y faire un tour, et j'aurais bien aimé leur en mettre plein la vue. Je devrais renoncer à cet objectif et me contenter de me remettre de mon infection pulmonaire.
Mon repos à Montréal a été suivi d'un envol vers la Californie, afin de participer à un petit road trip avec les gens de la compagnie Lazer. Nous sommes passés par San Diego, Joshua Tree National Park, Santa Barbara, pour enfin finir à Monterey. J'en suis ressorti avec un bon bronzage. À défaut d'être vraiment en forme, j'avais l'air de m'être beaucoup entraîné !
À ma grande surprise, je n'ai pas été tout à fait mauvais à la Sea Otter Classic. Je me sentais chaque jour un peu mieux, si bien qu'au cross-country, j'ai réussi à terminer 11e. J'ai fait presque toute la course avec Thomas Frischknecht qui lui aussi souffrait d'une infection pulmonaire. Il fallait nous voir tous les deux tousser comme des tuberculeux. Le sport, c'est la santé, dit-on !
Mon coéquipier Geoff Kabush a continué sur sa lancée du printemps, remportant le contre-la-montre et le cross-country et s'emparant de la victoire au classement général. À peine était-il descendu du podium qu'il changeait de tenue et se dirigeait vers l'aéroport pour s'envoler vers Atlanta participer au Tour de Géorgie. Normalement, j'aurais été très jaloux de cette chance de participer à la plus grande épreuve sur route en Amérique du Nord. Mais pas cette fois, car j'avais très hâte de donner à mes poumons la chance de redevenir roses.
Je suis donc revenu en terre québécoise, dans mon petit havre de Bromont. La santé revient et je peux enfin faire de bons entraînements. Je suis allé faire la boucle de Jay Peak hier, une de mes sorties préférées. Aujourd'hui, je me paye une petite journée de congé. Je regarde la froide pluie d'avril tomber dehors en suivant une étape du Tour de Géorgie en direct sur le Web. Pour une fois, je suis content d'être cyberspectateur et j'espère que mes amis Geoff Kabush et Dominique Perras connaîtront une bonne journée.
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