5 avril 2005

Une saison morte vivante

Mathieu Toulouse

Dans le petit monde du vélo de montagne, on appelle souvent saison morte la période d'octobre à décembre. Pour la plupart des coureurs, c'est le moment de se reposer un peu. De mon côté, j'ai toujours trouvé ces mois un peu difficiles à passer au Québec; c'est comme une petite mort entre l'été animé et la fébrilité du temps des Fêtes. J'en profite souvent pour faire un petit voyage vers des cieux plus cléments.

J'ai accepté l'invitation à participer au Tour d'Okinawa, au Japon. Il s'agit d'une course sur route de sanction UCI à laquelle participait l'Équipe canadienne de cyclisme. Okinawa est l'île la plus septentrionale de l'archipel nippon; pour vous donner une idée du climat qu'il y fait, disons simplement que la culture de l'ananas est une de ses spécialités... Le seul prix à payer était de me remettre en selle pour m'entraîner un peu.

Malgré une légère surcharge pondérale à cause d'un petit laisser-aller de fin de saison, je suis arrivé au Japon dans une forme acceptable. Nous avons passé la semaine dans un superbe hôtel, ce qui ne m'a pas aidé à retrouver la sveltesse du coureur affûté. À chaque repas, un somptueux buffet nous attendait, regorgeant de trucs nouveaux que j'avais envie d'essayer. J'ai dû me répéter que j'étais cycliste et non pas lutteur de sumo!

La course comptait un peu plus de 200 km sur un parcours très difficile, et le soleil du Pacifique tapait fort le jour de l'épreuve. La course s'est faite à l'usure, alors qu'au fil des kilomètres les coureurs se faisaient décrocher les uns après les autres. J'ai failli y passer quand je suis retourné à la caravane pour chercher des bidons à un moment où les attaques se sont mises à fuser de toutes parts. Mais j'ai réussi à m'accrocher et je me suis retrouvé dans le groupe de 10 coureurs de tête, avec moins de 15 km à faire. J'ai aidé mon coéquipier Jacob Erker à se détacher et à terminer troisième. J'ai fini huitième, alors que la cinquième place était à ma portée.

Après la course, on nous a invités à un banquet. Audrey Lemieux, de la délégation canadienne, nous a montré qu'elle n'était pas seulement talentueuse en vélo mais qu'elle savait aussi manier les tambours japonais avec brio.

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J'ai aussi accepté une invitation pour participer à un événement sportif au Brésil. L'épreuve en question était une course à relais par pays. Quatre athlètes faisaient tour à tour de la nage en mer, du vélo de montagne, du deltaplane et de la course à pied, le tout en plein centre-ville de Rio de Janeiro. Nous étions logés dans un hôtel 5 étoiles sur la plage de Copacabana, et tout avait été prévu pour nous rendre la vie facile. Malgré la qualité du pool d'athlètes, l'ambiance était plus à la fête qu'à autre chose...

Mon cochambreur était un athlète de deltaplane, Chris Muhler. Il m'a fait découvrir un autre monde à Rio. Dès la première nuit, il m'a réveillé à 4 h du matin pour que je l'accompagne sur le toit de l'hôtel. Chris avait décidé de sauter en parachute. Il voulait d'ailleurs que je sois là, pour que je puisse alerter les autorités du consulat canadien s'il se faisait arrêter par la police. J'ai du mal à décrire ce que j'ai ressenti alors que, prêt à se lancer dans le vide, il a dit « 1, 2, 3, c'est parti». Et il s'est élancé. J'avais de la difficulté à mesurer le risque que l'opération représentait, mais j'étais si proche et c'était si loin de ce que j'ai jamais vécu que j'en ai été quitte pour une bonne dose d'adrénaline. Et je n'étais que témoin! Pour les initiés, c'était ce qu'on appelle un saut d'un point fixe (BASE jumping). Incroyable! Chris s'en est sorti indemne, sans arrestation.

Pour ce qui est de la course, mon équipe a livré une performance lamentable. C'est d'ailleurs en grande partie ma faute. Dans la seule descente périlleuse que comportait le parcours de vélo, j'ai dû passer sur des éclats de verre. Mon pneu tubeless a été gravement lacéré, et j'ai dû m'y reprendre par trois fois pour enfin réussir à le réparer. Heureusement, mes coéquipiers ne m'en ont pas tenu rigueur. Au party organisé après l'épreuve, on en riait déjà. Ils m'ont affectueusement surnommé «three-flat-Mat».

J'ai prolongé d'une semaine mon séjour au Brésil pour aller rendre visite à mon ami Guido Visser, qui vient de se marier avec une Brésilienne. Ce fut une semaine trépidante où j'ai rencontré plein de gens merveilleux. La plupart ont insisté pour que je goûte à leur cachaça (alcool fort local). J'ai fait de mon mieux pour boire comme un homme, mais selon Joao, l'homme de 80 ans dont Guido loue la maison, je n'en suis pas encore un vrai. Il fallait le voir avec sa bouteille de deux litres de Coca-Cola remplie de cachaça maison. Ça goûtait le kérosène...

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Vous pensez que ce n'est pas si mal pour la «saison morte»? Vous n'avez pas tort. Mais ce n'est pas tout. Alors même que j'étais au Brésil, j'ai finalisé une entente pour courir avec une autre équipe la saison prochaine. Après trois belles saisons avec l'équipe Gears, je ferai maintenant partie de l'équipe américaine Maxxis. J'y rejoins mon compatriote et champion en titre de la NORBA, Geoff Kabush. Je suis très content de faire désormais partie de cette excellente équipe. Un nouveau défi à relever, de nouvelles personnes avec qui travailler, voilà qui augure très bien.


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