Mathieu Toulouse
Je viens de passer un mois de yin et de yang. Depuis ma dernière chronique, j'ai partagé mon temps entre la Virginie et le centre de la Californie. L'est et l'ouest, le conservateur et le libéral, le rural et l'urbain, le bluegrass et le pop, les mangeurs de deep fried anything et les fanas du raw food.
Après avoir séjourné pendant quelque temps à Montréal, j'ai dû, de nouveau, fuir l'hiver québécois. J'ai rempli mon auto à pleine capacité. Vous auriez dû voir la face du douanier quand il m'a vu passer avec ma petite Golf remplie d'équipement jusqu'au plafond! J'ai alors mis le cap sur la vallée de la Shenandoah (Virginie). Ça m'a rappelé le bon vieux temps, alors qu'un pèlerinage annuel vers le sud annonçait le début de ma saison de vélo. En douze heures de route, j'ai l'impression d'avoir mis autant de café dans mon gosier que de pétrole dans mon réservoir à essence.
En Virginie, j'ai rejoint mon ami Marc Dufour. Sous la bannière de sa compagnie, le Groupe Centrifuge, il y organise chaque année des camps d'entraînement. Pendant près d'un mois et demi, il accueille des clients qui sont impatients de pédaler au soleil. Ces séjours ont atteint, de bouche à oreille, une certaine notoriété chez les cyclos et Marc affiche complet à la plupart des dates offertes. Ce qui est moins connu, c'est qu'à sa manière, Marc met aussi l'épaule à la roue pour encourager les cyclistes d'élite du Québec. Il choisit la plupart des membres de son personnel parmi les jeunes champions en devenir, leur offrant par la même occasion la chance de s'entraîner loin de l'hiver québécois.
Personnellement, je me suis rendu en Virginie surtout pour me préparer à la Sea Otter Classic, une compétition qui a atteint le statut de «classique» dans le monde du vélo de montagne. J'ai eu la chance d'avoir de bons partenaires d'entraînement tout au long de mon séjour. Martin Gilbert et Alexandre Cloutier y étaient afin de s'entraîner pour une Coupe du monde sur piste en Angleterre. Ils mettent présentement tous leurs efforts de ce côté, dans l'espoir de se qualifier pour les Jeux d'Athènes dans cette discipline. Mon collègue chroniqueur Dominique Perras y a aussi passé quelques jours. Il espère toujours convaincre les sélectionneurs canadiens qu'il mérite sa place au sein de la formation olympique de route.
Nous avons profité de la proximité du Blue Ridge Parkway et des Appalaches pour faire de bonnes sorties avec beaucoup de dénivelé. La Virginie offre de superbes paysages et des kilomètres de routes peu achalandées. Les gens y sont très sympathiques, mais la pratique du vélo n'y est pas courante.
La Sea Otter a lieu chaque année à Monterey, au sud de San Francisco. Cette ville est voisine du fameux terrain de golf de Pebble Beach et de Carmel, municipalité dont l'illustre Clint Eastwood fut maire durant une certaine période. L'an dernier, j'avais connu un formidable début de saison grâce à l'excellent résultat obtenu à cette course. Le hic, c'est que je n'avais pas réussi à maintenir la cadence durant le reste de la saison. Cette année, je me suis entraîné un peu moins fort durant les mois précédant l'épreuve afin d'en garder un peu plus sous la pédale pour le reste de la saison. En contrepartie, je m'attendais à ne pas être tout à fait au même niveau que l'an passé.
À ma grande surprise, j'ai encore une fois fait une très belle course. Je me suis vraiment illustré lors du contre-la-montre individuel où j'ai terminé quatrième. J'ai battu Roland Green, Thomas Frischknect et Philip Meiraghae, des cyclistes que j'admirais beaucoup quand j'étais plus jeune. J'ai terminé sixième au cross-country, ce qui m'a placé aussi au sixième rang au classement général final. Comme le dit si bien mon coach: «Tu vois, tu sais que tu peux les battre ces gars-là. Maintenant, il suffit de répéter ça quand ça compte.»
Le reste du contingent canadien a été passablement affligé par divers petits problèmes de santé. Peter Wedge a dû abandonner la course après la deuxième étape, souffrant d'une infection aux amygdales. Andreas Hestler, atteint d'une grippe, n'a pu compléter la course non plus. Roland Green et Seamus McGrath composaient pour leur part avec une bronchite. Comme pour ne pas être en reste, Chris Sheppard a fait une mauvaise chute à la deuxième étape et s'est fêlé deux côtes.
De son côté, notre Québécoise préférée, Marie-Hélène Prémont, continue à se préparer à sa manière en vue de cette saison olympique. Alors que la plupart de ses rivales ont déjà participé à plusieurs épreuves de montagne et de route cette année, elle n'a pas encore fait sa première course. Suivant l'adage « if it ain't broken, don't fix it », Marie s'en tient à ce qui fonctionne le mieux pour elle, soit passer le plus de temps possible à la maison et bien s'entraîner. Je lui ai parlé il y a quelques jours et elle m'avouait avoir un peu le trac de début de saison, n'ayant pas encore eu la chance de se mesurer aux autres filles. Je ne m'inquiète pas trop pour elle.
Deux absences remarquées à la Sea Otter cette année: Alyson Sydor et Ryder Hesjedal. Alyson était déjà partie pour l'Europe où elle se prépare pour les coupes du monde du printemps. Elle y a déjà remporté les deux premières étapes de la Coupe de Suisse, devant la championne de la Coupe du monde en titre, Gunn-Rita Daelhe. Également de l'autre côté de l'Atlantique, Hesjedal a pour sa part continué son apprentissage avec US Postal. Il impressionne déjà, ayant terminé seizième au classement des Trois Jours La Panne en Belgique et cinquième à la Klasica Primavera en Espagne. Le verrons-nous dès l'an prochain sur les routes du Tour de France ?
De mon côté, je vais passer les prochaines semaines à Bromont en vue de peaufiner ma forme. Je m'envolerai ensuite pour un mois en Europe afin d'y disputer les trois premières manches de la Coupe du monde.
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