Mathieu Toulouse
À mon arrivée à l'aéroport Barrajas de Madrid, l'air chargé de fumée de cigarettes m'a picoté les narines. Curieusement, j'ai trouvé cette sensation agréable. J'étais content d'être de nouveau en Europe.
Plusieurs vététistes nord-américains n'aiment pas vraiment y aller, à cause de tous les petits ajustements qu'ils doivent apporter à leur routine. «Ils fument, ils parlent pas anglais, ils mangent du fromage qui pue, ils conduisent comme des fous, ils font la sieste, ils soupent tard le soir, ça coûte cher...» Moi, contrairement à eux, j'adore.
Mon voyage allait me conduire en Espagne, en Belgique et en Écosse pour les trois premières manches de la Coupe du monde de la saison. Ces courses s'annonçaient difficiles, et ce, pour trois raisons. D'abord, le calibre des compétitions est un peu plus élevé en Europe. Puis, les coureurs sont normalement tous en forme au printemps. Enfin (surtout), la plupart des pays profitaient de ces trois courses pour finaliser la liste des coureurs qui les représenteraient à Athènes.
Quand je vous ai dit que j'aimais aller en Europe, j'ai toutefois occulté un détail. J'adore. Mais je déteste m'y faire donner une raclée et rentrer en Amérique la tête entre les jambes. Et croyez-moi, ça m'est arrivé plus d'une fois! Je me suis pourtant très bien entraîné cette année. J'ai commencé à travailler avec un nouvel entraîneur, Eric Van den Eynde, et son approche différente m'a redonné le goût de m'investir à fond. Il y a un adage en vélo qui dit: «Tu t'entraînes en hiver et tu gagnes en été.» J'avais l'impression d'avoir fait le boulot cet hiver.
La première épreuve avait lieu à Casa de Campo, un grand parc en pleine ville, à Madrid. La course a été assez facilement réglée par le Belge (et champion du monde en titre) Filip Meirhaeghe. J'ai terminé en 46e position. La course a été dure pour les autres Canadiens. Roland Green a été victime d'un accrochage, ce qui l'a contraint à l'abandon. Ryder Hesjedal et Seamus McGrath n'ont pas été à la hauteur de leur potentiel. Geoff Kabush, neuvième aux derniers Jeux olympiques, a terminé au 120e rang...
Notre prochaine destination était les Ardennes (Belgique), le fief même de Meirhagae. Malheureusement pour les gens du plat pays, leur héros n'a pas donné la victoire souhaitée. Son compatriote Roël Poelissen a été le premier à traverser la ligne d'arrivée devant une foule en liesse. Si les épreuves sont âprement disputées en Europe, elles attirent aussi de grandes foules enthousiastes. Mauvaise journée encore une fois dans le camp canadien. Roland, Hesjedal, McGrath et Kabush ont encore une fois contre-performé. Je suis le deuxième Canadien avec ma 40e place.
Le petit cirque du VTT s'est ensuite déplacé vers Fort William (Écosse). On dit qu'il pleut en moyenne 300 jours par année dans cette petite bourgade des Highlands. On aurait pu s'attendre à une course dans une véritable mare de boue mais les organisateurs ont réalisé un véritable tour de force en rendant leur parcours à l'épreuve des ondées les plus abondantes.
Au coût de 100 000 $, ils ont conçu et aménagé un parcours ponctué de ponts, de parties surélevées ou inclinées et de rigoles d'écoulement. Un véritable manège. Il semble avoir bien convenu à Marie-Hélène Prémont également; elle a pris le deuxième rang chez les femmes. Il faut croire que j'ai été inspiré par cette prestation, en terminant en 24e position, mon meilleur résultat en Europe à ce jour. Ryder Hesjedal a terminé en 13e place alors que l'hécatombe s'est poursuivie pour les autres Canadiens.
Fort de ces résultats encourageants, je suis revenu au Canada plus motivé que jamais. Afin de bien me préparer pour les Coupes du monde de Mont-Sainte-Anne et de Calgary, j'ai décidé de m'inscrire au Grand prix de Beauce. Je me suis même offert un petit résultat qui a fait jaser un peu: j'ai terminé treizième à l'étape du mont Mégantic, le meilleur résultat canadien ce jour-là. À la surprise générale, j'ai fait mes bagages le soir même pour rentrer à la maison alors qu'il restait encore deux jours de course. Ma priorité étant le vélo de montagne, j'avais décidé de ne pas trop me fatiguer afin d'être vraiment en forme pour la course de Sainte-Anne, tenue le week-end suivant.
Parlons-en, justement, de Sainte-Anne. C'est une course dans laquelle j'ai déjà connu de très bons résultats. Encouragé par mes sensations au Tour de Beauce, j'avais de grandes ambitions. Mais mon rêve s'est dégonflé aussi vite que mon pneu, alors que j'ai eu une crevaison au tout début de la course et que j'ai été incapable de la réparer. Ça fait partie de mon sport, mais de devoir abdiquer après 20 min de course devant parents et amis, c'est difficile à avaler.
Je me suis repris à la Coupe du monde de Calgary; j'ai terminé vingtième d'une course disputée dans des conditions extrêmes (vents violents, pluie, grêle et orage). C'est la première fois depuis le début de ma carrière que je me suis dit que la course serait peut-être interrompue. Le seul qui riait c'était peut-être le Belge Meirhagae, qui prétend que dans de telles conditions personne ne peut le battre. Il a effectivement gagné avec une bonne marge.
Calgary était la dernière épreuve comptant pour les sélections olympiques canadiennes. Chez les femmes, le choix a été facile: Alyson Sydor était présélectionnée en raison de sa médaille d'argent aux derniers Championnats du monde. Marie-Hélène Prémont est la meilleure depuis le début de la saison et elle hérite du deuxième poste. La dernière place revient à Kiara Bisaro. Chez les hommes, Ryder Hesjedalh et Seamus McGrath représenteront le Canada à Athènes. Roland Green ne participera pas aux Jeux.
Pas de Jeux pour moi non plus. Je suis le premier à admettre que je n'étais pas un favori de toute façon. Que me reste-t-il cette saison? Peu et beaucoup en même temps. Trois courses seulement, mais trois épreuves importantes: le Championnat canadien, le Championnat du monde et la finale de la Coupe du monde. Je vous raconte ça dans le prochain numéro.
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