29 juin 2003

Prémont et Green en grande forme

Jacques Sennechael

Marie-Hélène Prémont et Roland Green sont sans aucun doute les deux noms qui passeront à l’histoire de cette Coupe du monde de cross-country au Mont-Sainte-Anne.

Au coup de pistolet, les femmes sont parties en boulet de canon dans un nuage de poussière. On sent d’entrée que cette étape de la Coupe du monde n’est pas prise à la légère. Les athlètes ont jusqu’au 31 décembre pour récolter les précieux points UCI, les jeux olympiques approchent et il y a un rendez-vous de moins à cause de l’annulation de Telluride.

Dès la fin de la courte boucle de départ, le peloton s’est étiré dans un long fil. Déjà, la Norvégienne Gunn-Rita Dalhe meneuse au classement après les deux premières courses prenait le large. Il faut dire que le parcours est sélectif:deux belles montées à vous effriter un peloton le plus soudé, pas de partie très technique pour faire de grosse différence mais c’est dans la côte que le travail se fait. Dans l’ensemble, un parcours plutôt relevé mais bien équilibré parfaitement adapté au calibre des coureurs.

Au premier tour (en 20 :40.56 pour 5,9 kilomètres), la Norvégienne se pointe sur la ligne avec déjà un 25 secondes d’avance sur l’Allemande Sabine Spitz. La 3e a passé la ligne reçoit une véritable ovation. C’est Hélène Prémont De Château Richer qui crêt la surprise en s’accrochant à la tête dès le départ. "Je suis partie très vite, a souligné l’athlète à son arrivée, il y avait des parties en singletrack où il est préférable d’être tout seul."

La Norvégienne a continué à mettre de la pression malgré une chute sans gravité. "J’ai regardé si mon vélo n’avait rien avant de voir si j’étais blessé" a-t-elle expliqué à propos de sa chute. Marie-Hélène gardait sa 3e place, mais l’écart restait important entre les coureuses. Lors du 3e tour, Gunn-Rita confortait son avance avec près de une minute vingt d’avance sur l’allemande Sabine Spitz. Marie-Hélène se faisait souffler la 3e place par la Suisse Barbara Blatter et la 4e par la Russe Irina Kalentieva.

Le classement est resté dans cet ordre jusqu’à la fin de la course. La Norvégienne l’a aisément remporté avec 1:48 d’avance sur Sabine Spitz. "Je n’ai pas décidé de partir vite, a-t-elle commentée sur la ligne d’arrivée, la course s’est fait vite et j’ai fait ce que j’avais à faire."

L’héroïne dans le cœur des spectateurs reste Marie-Hélène Prémont. Jamais avare de son temps – elle donnait le départ d’une course pour enfant la veille du cross-country – elle a été très chaudement acclamée sur le parcours. "Ça me poussait dans les montées, expliquait-elle, j’en avais besoin. Depuis hier, j’ai mal au cœur et je souffre de diarrhée, je ne sais pas si c’est le stress ou la chaleur, mais j’étais sur le point de vomir, je n’ai pas pu manger pendant la course même si j’allais mieux ce matin. Cela dit, la forme était là malgré le mal de cœur. Je savais que le parcours s’était détérioré avec les nombreuses courses, qu’il était exigeant et qu’il y avait des parties techniques qui brassaient. J’ai fait un bon départ puis j’ai fait ma course." D’ailleurs une bonne course pour les canadiennes, Chrissy Redden termine 7e et Alyson Sydor 8e. On peut déjà dire que Marie-Hélène connaît une excellente saison. Après ce 3e rendez-vous, elle passe de la 12e à la 7e place au classement mondial.

Les enjeux sont aussi importants chez les hommes. Le suisse Sauser, l’Allemand Fumic, le Français Absalon et l’Espagnol Hermida se tiennent dans un mouchoir et entendent bien en découdre sur le parcours du Mont-Sainte-Anne. Quant au détenteur du titre mondial, le Canadien Roland Green, il aimerait bien faire parler la poudre sur ses terres. Il aurait sans aucun doute eu sa place dans ces coureurs qui se sont relayés à la tête de la course s’il n’avait pas crevé à la fin du 2e tour. "Même si j’ai réparé assez vite a-t-il expliqué à la fin de la course, j’ai pris du retard sur le peloton de tête. Comme je me sentais de mieux en mieux, j’ai pu remonter petit à petit en doublant les coureurs les uns après les autres." Avec la forme qu'avait Roland en fin de course, l'histoire ne dit pas ce qui aurait pu arriver si le 7ème tour n'avait pas été enlevé à la dernière minute.

À ce petit jeu de relais à la tête de la course, c’est le Français Julien Absalon qui s’est montré le meilleur. "C’était une course très difficile, mais j’ai adoré le parcours. La course est partie vite, il fallait se dégager assez vite pour profiter des singletrack. J’ai fait une course d’attente jusqu’au dernier tour, j’ai vu que Fumic était fini, j’ai pris la roue de Sauser qui a tenté une échappée et je me suis défoncé jusqu’à la fin. Sauser a décroché, j’ai continué à fond, j’avais peur que le maillot blanc (NDLR Roland Green) revienne trop fort."

Le Suisse Christophe Sauser était malgré tout satisfait de sa 2e place. "J’ai été très surpris au début des attaques de Roland (Green), a-t-il expliqué. C’était un parcours très dur pour le corps et la tête, au dernier tour, Fumic était brûlé, je suis parti avec Julien dans ma roue. Il m’a finalement battu. Cela dit, je garde mon maillot de leader."

Notre chroniqueur, le Québécois Mathieu Toulouse termine à la 35e place. Même s’il n’a pas fait mieux que sa 18e place de l’an dernier, il s’est montré très satisfait: "j’ai évité la chute du départ, un départ que j’ai fait conservateur. J’ai appris à ne pas paniquer dans le trafic du début de course, je sais que tout le monde va très vite les 15 premières minutes, il faut savoir ne pas gaspiller d’énergie. 35e, c’est bien, le niveau était pas mal plus élevé cette année."

Après trois course, le Suisse Christoph Sauser garde sa première place au classement général, il est suivi par Julien Absalon, Lado Fumic. Roland Green se classe 7e et Mathieu Toulouse 46e.


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