Jacques Sennechael
" Vous allez souffrir comme jamais vous avez eu l’occasion auparavant ", Jacques Landry a annoncé la couleur pour la course sur route hommes espoir. Vision confirmée par une course ou tout s’est jouée à l’usure.
Quatorze tours et un relief qui ne laisse aucune chance à la paresse, c’est ainsi que se définissaient les 172 kilomètres de parcours de la course sur route hommes espoir. Jacques Landry avait prévenu ses troupes, sachant que la bataille allait se jouer à l’usure. Tout d’abord, pas de micro ni d’oreillette, ceux que possèdent l’équipe canadienne sont dépassés par les obstacles et en plus ils ne semblent pas nécessaires au vu de la simplicité de la stratégie.
Jacques Landry l’explique brièvement en quatre points. D'abord, " attache ta tuque avec une broche et essaye de suivre ". On l’avait compris, plus facile à dire qu’à faire. Ensuite, protéger Martin Gilbert et Jean-Sébastien Maheu. Ce sera le rôle des trois autres Canadiens de l’équipe, soit Murray Carter, Chris Isaac et Cory Jay, même si ils doivent exploser. Quand les premières cassures et la sélection vont se faire, il faudra aussi s’accrocher le plus possible. Enfin, quand les premières échappées potentiellement décisives pointeront leur nez, Martin et Jean-Sébastien devront essayer de suivre le train. Le premier, pourra faire parler sa pointe de vitesse pour le sprint. Quant à Jean-Sébastien, il pourra tenter sa chance dans les montées. Voilà une stratégie parfaite sur le papier, reste à l’appliquer sur le terrain.
Quelques minutes avant le départ, Martin nous a confirmé sa forme. Il était conscient qu’il allait souffrir sur le parcours mais s’est promis d’essayer de tout faire pour survivre aux premiers tours en essayant de ne pas trop s’éloigner de la tête de la course. Il ne veut pas faire de pronostic mais il promet " d’aller à la limite de ce qu’il peut endurer."
Les premiers tours de la course, le peloton décide de prendre ça plutôt tranquillement. Le Canadien Murray Carter pointe même son nez en tête au cours du deuxième tour. Vers la fin du 4e tour, le Russe Alexander Arekeev et le Kazak Assan Bazayev décident de prendre le large avec un modeste 25s d’avance. Ils sont rejoints au 6e tour par l’Italien Emanuele Sella et l'Ouzbek Serguey Lagutin. Le groupe est rejoint le tour suivant. Le Canadien Cory Jay abandonne, suivi par Murray Carter.
Les tours qui suivent sont une succession de tentatives d’échappées dépassant rarement les 30 secondes. Aucune d’entre elles obtenant un réel bon de sortie, les groupes de chasse se formant dès que le parcours est moins exigeant. Au 10e passage, Martin Gilbert se fait larguer par le peloton mais continue dans un effort plutôt solitaire. Il continuera pour finalement jeter l’éponge au 12e tour au bout 3h 52m de course. " Au début ça tenait, a-t-il expliqué en arrivant au "box" de l’équipe canadienne mais plus je continuais, plus j’avais mal aux jambes et je me faisais décoller. C’est vraiment l’usure qui a fait que ça n’a pas marché ".
Pendant ce temps, le groupe de tête a pris de l’ampleur. Avec Lagutin toujours présent, on compte maintenant le Portugais Brune Pires, les Belges Jens Renders et Johan Van Summeren, l’Ukrainien Oleksandr Kvachuk, le Hollandais Pieter Weening, l’Allemand Marcus Fothen, le Slovène Matej Mugerli, et les Russes Alexander Bazenov et Vladimir Guzev.
À quelques encablures de l’arrivée, ça sentait le sprint à plein nez. À ce jeu-là, c’est l’Ouzbek Sergey Lagutin (4e l'an dernier à Zolder) qui a été le meilleur, suivi du Belge Johan Van Summeren et du Hollandais Thomas Dekker. Le premier a d'ailleurs été très présent à l’avant une bonne partie de la course.
Chris Isaac est arrivé au 53e rang. " Tout le monde voulait être devant a-t-il expliqué après la course, j’ai pu m’accrocher, je me sentais bien et j'avais de bonnes jambes ". Quant à Jean-Sébastien Maheu, très à l'aise jusqu'à deux tours de la fin, il a terminé 64e à 54 secondes de l'Ouzbek. "J'ai eu une petite défaillance. J'ai manqué de sucre. J'ai pris mon Power Gel trop tard" nous a-t-il confié en soulignant qu'il avait mangé 8 Power Bar durane la course. il se classe à la soixantième place parce qu’il avait oublié de manger une dernière tartine de confiture avant de monter sur son vélo.
L'analyse
Les chances de l'équipe canadienne étaient bien minces dans cette course. Jean-Sébastien Maheu était un choix logique comme leader de cette équipe. Quant à Martin Gilbert, qui s'est concentré sur la piste cette année, il a fait ce qu'il a pu. Maheu a prouvé qu'il pouvait tenir son bout et Chris Isaac a bien fait. C’est sans doute lui qui a abordé cette course le plus sereinement.
Mais l'exploit du jour revient au Hollandais Thomas Dekker, troisième, à des poussières de Lagutin. Dans le dernier tour, Dekker faisait partie du peloton de chasse qui est à 50 secondes de l'échappée de tête. C'est alors qu'il a pris la roue du Champion du contre-la-montre individuel, l'Allemand Marcus Fothen. Dans la descente, les deux sont revenus comme une balle sur l'échappée.À 500 mètres de la ligne, dans le dernier virage, il a lancé le sprint. On connaît la suite.
Demain, une grosse journée pour l'équipe canadienne. On attend Kevin Lacombe et Raphaël Tremblay lors de la course junior. En après-midi l'événement que l'on attend depuis longtemps, la course sur route chez les femmes mettant en vedette Geneviève Jeanson et Lyne Bessette.
Les citations du jour
" Les courses de femmes, c’est toujours un peu bizarre "
Un journaliste italien qui veut rester anonyme
" Les fuites vont se faire plus à l’arrière qu’à l’avant "
Martin Gilbert à propos de la dureté de la course
« L’an prochain, je vais terminer parmi les 5 premiers… facile. » Jean-Sébastien Maheu
« Ça grimpe en tabarnak. » Martin Gilbert
« Le cyclisme, ça se passe à peu près à 98% en Europe. Le nouveau calendrier UCI Pro Tour (NDLR avec les 20 meilleures équipe de 25 coureurs) sera donc essentiellement européen. Serge Arsenault a déjà essayé d’implanter une épreuve de la Coupe du monde à Montréal et on s’es rendu compte que les coûts étaient beaucoup trop élevés pour une seule course. » Hein Verbruggen, Président de l'Union cycliste internationale.
Roue Libre
• Les conférences de presse d’après-course où l’on rencontre les médaillés sont parfois rock’n roll. Surtout à cause des traductions. Faut dire que ce n’est pas toujours facile « d’interpréter » les propos d’un Ouzbek ou d’un Russe. Aujourd’hui, l’Ouzbek Sergey Lagutin s’est tanné et a pris un crayon pour écrire à l’interprète son petit laïus incluant son lieu de naissance.
• La conférence de presse la plus courue a été celle donnée par le Conseil de cyclisme professionnel. On a parlé de la réforme du cyclisme professionnel et du calendrier international. Cette réforme serait effective en 2005 ou en 2006.
• Très tôt ce matin, un épais brouillard couvrait le centre-ville de Hamilton. À la course féminine, on a même « perdu » le peloton à quelques reprises. En fin de soirée, le thermomètre a chuté de plusieurs degrés.
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