Jacques Sennechael
Bienvenue en Beauce, une pluie battante accueille ce lundi les candidats au titre de champion canadien de contre-la-montre. Parmi ceux-là, une présence plutôt étonnante : celle de Lyne Bessette qui pensait-on, vivait une paisible retraite du côté de Knowlton. En fait de retraite, la grande Lyne n’a pas quitté trop longtemps le vélo. Une petite pause d’un mois et demi juste après l’annonce de sa retraite et ce fut fait. Elle se dépêche de remonter sur son vélo mais confirme qu’elle ne jouera plus dans les pelotons internationaux des courses sur route. « C’est plutôt un changement de cap qu’une retraite, nous a-t-elle expliqué en moulinant sur son vélo avant de prendre le départ du contre-la-montre, je veux faire les choses qui me plaisent, je suis tannée du stress des courses sur route. » Exit donc la route, bonjour le cyclocross et la piste.
C’est vrai qu’elle a l’air cool en moulinant sur le Trek de contre-la-montre de Clara Hugues (il a quand même gagné les Jeux du Commonwealth !). Elle est plutôt souriante et a pris pas mal de masse musculaire. Elle nous avoue même s’autoriser un verre de vin de temps en temps.
Éric Ven den Eynde, qui a toujours une oreille attentive, l’aide dans sa préparation à la piste. L’objectif est de faire un standard de 3 min 49 sec au 3000 mètres, un minimum pour une participation à grands rendez-vous internationaux. Mais difficile d’oublier le côté compétitif: « Je veux descendre aux alentours de 3 min 40 sec pour aller chercher un podium » explique Lyne.
Et le contre-la-montre dans tout cela ?
« C’est son choix à elle, s’empresse de préciser Éric Ven den Eynde, elle est sereine dans cette décision, de toute façon, si il y a stress je débarque. Il y a quelques semaines elle m’a demandé de participer au contre-la-montre, pour voir. Il faut avouer que c’est assez proche du travail qu’elle fait sur la piste. »
Quand elle s’élance du plot de départ, j’ai le privilège de la suivre dans la voiture d’Éric Ven den Eynde. « Bien, va chercher ton braquet pour prendre ton rythme », l’entraîneur donne des conseils à son athlète qui s’empresse de les suivre à la lettre. Effectivement, Lyne enroule le bon braquet avec le bon tempo. « Ici, il faut en mettre, après, c’est la descente, il y du temps à gagner », les conseils arrivent directement dans l’oreille de Lyne. Elle garde un style fluide en tournant bien les pédales. « Push baby, push, come on baby », à l’arrière de la voiture, Tim mari et mécano de Lyne ne se prive pas de l’encourager. Un virage avec deux filles à doubler est difficile à négocier, l’arrivée est à 500 mètres. « T’es capable de te rendre à la ligne avec des dettes », le dernier conseil passe comme une lettre à la poste, la coureuse donne tout ce qu’elle a dans le ventre pour rejoindre la ligne.
« Côté technique, ça s’est très bien passé souligne Lyne en tentant de reprendre son souffle, le défi était que je ne pète pas au frette en montant trop vite une côte et en ne pouvant plus garder le tempo par la suite. Y’a juste deux ou trois endroits où j’aurais pu mettre une dent de plus pour aller plus vite. »
Plus vite c’est ce que réussira à faire Anne Samplonius. Un sourire radieux aux lèvres, elle confirmera sa bonne saison en devançant Lyne Bessette de 35 secondes. « Ça fait tellement longtemps que j’attends ce titre, s’est exclamée la montréalaise d’adoption la ligne à peine franchie. Je me sentais bien, je poussais de gros braquets sans problème. » Il faut dire qu’elle a particulièrement préparé ce contre-la-montre en passant les trois dernières semaines au Colorado en altitude. Une préparation qui a visiblement porté ses fruits, « même si j’ai travaillé fort, j’ai de très bonne jambe pour demain » a conclu la coureuse d’expérience. On a hâte de voir.
Du côté des espoirs hommes
Le défi était de savoir chez les espoirs qui, de David Veilleux, détenteur du titre et de Christian Meier, 2e l’année dernière, allait faire la meilleure opération. À la mi-parcours, le jeune ontarien à deux petites secondes d’avance. « Quand je l’ai su, cela ne m’a pas inquiété outre mesure, a précisé le québécois la ligne franchie. Je sais que je suis très fort à la fin, surtout en descente. »
Il avait raison. C’est finalement lui qui passe la ligne avec deux secondes d’avance sur son adversaire. « Il faut dire que je me suis bien préparé à cette discipline, cela fait une semaine et demi que je ne roule que sur mon vélo de contre-la-montre. J’ai beaucoup travaillé la position. Quant à la pluie, j’aime ça, j’étais donc dans mon élément. »
Élite hommes
C’est incontestablement Svein Tuft qui est attendu. Non seulement il porte le maillot de champion canadien 2006, mais il est en excellente forme. Il vient de terminer 2e du Tour de Beauce sur ce même terrain.
Sur le parcours, Ryder Hesjedal a un coup de pédale extrêmement fluide tandis que Svein Tuft est à la peine. Même s’il reprendra du poil de la bête à la fin du parcours, Ryder Hesjedal parvient à le devancer de 38 secondes. Ce dernier se contentera d’un laconique « ma course a été parfaite. Mon classement est logique, 3e il y a deux ans, 2e l'année dernière, je me devais d'être le premier cette année.» Le coureur de Health Net a une course ce mercredi avec son équipe et ne participera pas à l’épreuve sur route de mercredi. Il a fait une demande de dérogation qui a été refusée par l’ACC. Il est donc venu au contre-la-montre pour garder des chances de participer à des Championnats mondiaux ainsi que son salaire d’athlète canadien. Zach Bell termine 3e et le meilleur québécois est Dominique Rollin en 6e position.
Demain, les espoirs hommes ont rendez-vous pour la course sur route sur un parcours de 140 km. Les femmes s’élanceront après pour 127 km.
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