11 juillet 2007

La victoire des hommes en jaune

Jacques Sennechael

Les gars en jaune étaient dix. Dix prêts à travailler ensemble pour se faire une bonne place sur le podium. Face à eux, quelques prétendants sérieux mais qui avaient le problème de faire cavalier seul ou presque. On pense à Domnique Perras, un bon grimpeur qui aime la chaleur. Une journée parfaite pour lui avec 36 degrés celsius plus le facteur humidex. Ryan Roth, son coéquipier de Kelly Bénéfit est aussi de la course. François Parisien, lui, est seul de son équipe Slipstream. Son bon début de saison avec son Tour de Beauce d’exception lui donne le droit d’espérer le titre… à condition de faire quelques alliances. Dominique Rollin a le maillot de Champion 2006. À ce titre, il est surveillé et ne peut donc espérer s’échapper discrètement… On pourrait énumérer quelques autres noms, mais c’est sans compter sur les Symmetrics, les dénommés Svein Tuft, Cam Evans, Andrew Pinfold, Andrew Randell… tous peuvent prétendre à grimper sur la 1e marche du podium avec le coup de pouce de leur équipe. Les prédictions étaient pas mal bonnes pour Evans et Tuft. Comme le disait à juste titre Alexandre Lavallé, coach de l’équipe EVA, « la stratégie est simple, il suffit de surveiller les Symmetrics et de partir avec le bon. »

Le déroulement de la course
Tout s’est décidé au 19e kilomètre avec une échappée de 13 coureurs. On compte entre autre dedans Svein Tuft, Cam Evans, Dominique Perras, François Parisien, Mark Walters. Quatre Symmetrics, deux Kelly Benefits. Il reste certes 161 kms mais c’est le genre d’échappée qui se rend habituellement à bon port si les éléments qui la composent décident de travailler ensemble.

C’est le cas, les relais sont pris régulièrement et sur un tempo assez rapide. On peut dire que tout le monde fait sa part dans l’échappée. Derrière, le peloton fait bien quelques tentatives, mais il faut avouer qu’elles ont été menées sans conviction. En passant à la Guadeloupe, le peloton au complet s’est offert une pluie tropicale histoire de se rafraîchir. Comme le ravitaillement était juste après, les coureurs en ont profité pour faire le plein. C’est un le seul moment où l’échappée à lever le pied d’un commun accord de ses membres.

Dominique Perras a mis le 1e le feu à la poudre au 139e kilomètre. Nous sommes dans une côte juste avant Saint-Benoît, Dominique place une attaque sèche comme il a le secret. Seul Cameron Evans réussit à prendre sa roue. Les deux hommes travaillent un bout ensemble mais derrière, on ne veut pas les laisser partir. Quatre kilomètres plus loin ils sont rejoints par cinq coureurs. Svein Tuft profite du passage dans Saint-Benoît pour prendre à son tour la poudre d’escampette. Ryan Roth s’accroche à sa roue. Saint-Georges est en vue. C’est là que le ciel a décidé de tomber sur la tête des coureurs sous la forme d’un copieux orage. Les deux hommes passent le pont sous une pluie battante, la visibilité est très mauvaise et les rues beauceronnes sont transformées en rivières. Au 1e passage de la ligne en haut de la côte (il y en aura trois), les deux fuyards voient leur avance se réduire à une peau de chagrin. Avant de redescendre, les sept hommes sont finalement regroupés. Cam Evans va tenter sa chance au milieu de la 2e ascension. Quand il passe la ligne, il réussit à engranger 20 petites secondes d’avance devant Dominique Perras et son coéquipier chez Symmetrics Andrew Randell. Évidemment ce dernier ne lève pas le petit doigt pour aider Perras. Evans réussira à passer la ligne d’arrivée avec 36 secondes d’avance. Dominique Perras prendra finalement la 3e marche du podium qu’il connaît bien, il l’avait expérimenté l’année dernière.

Les Symmetrics se sont congratulés après la ligne. Ils avaient de quoi, l’équipe compte trois gars dans les quatre premières places. « On savait que le final allait être difficile, a raconté Cam Evans, comme on était nombreux dans l’échappée, on a envoyé des gars pour faire travailler les autres. Au début de la course, on ne savait qui allait prendre la place de leader dans l’équipe, c’est le déroulement de la course qui s’en est chargé pour nous.

« Si je gagnais, c’est qu’il avait un problème, fidèle à son habitude, François Parisien n’a pas la langue dans sa poche, j’étais le seul de mon équipe, ma seule chance était que je parte avec Svein Tuft et on se serait bagarrer tous les deux. Les autres Symmetrics, savaient que j’avais de grande chance de les battre, ils ne m’auraient pas laissé partir. »

Dominique Perras est déçu de se retrouver sur la même marche du podium. « On ne s’était pas beaucoup parlé avec Ryan (son coéquipier), a-t-il souligné. Quand il est parti avec Svein Tuft, il a pris les relais alors qu’il avait de grandes chances de se faire battre sur la ligne. On a tout donné avec Parisien et Langlois pour les rattraper à Saint-Georges. Finalement, quand on a réussi, Randell et Evans étaient frais comme des roses pour le final. »

Une fois le maillot des élites homme enfilé, il en reste un à distribuer. Il va sans aucun doute aux organisateurs de ce Championnat canadien. Ils ont réalisé une semaine de belles courses sur des parcours variés et sécurisés. On ne peut que leur tirer un grand coup de chapeau. Rendez-vous à l’année prochaine au même endroit. Les organisateurs du Tour de Beauce sont aussi pilotes des Championnats canadiens 2008.


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