Jacques Sennéchael
Mea Culpa… Je pensais que les 38 secondes d’avance de Gunn-Rita Dahle sur Marie-Hélène Prémont lui suffiraient pour répéter une nouvelle fois le scénario de multiples Coupes du monde. Il n’en fut rien. Malgré la pression, la jeune fille de Château-Richer a répété avec brio le scénario de l’année dernière en montant sur la 1e marche du podium.
C’est une image qu’on apprécie particulièrement: Marie-Hélène, un sourire à se décrocher la mâchoire, brandissant très haut son vélo en passant la ligne d’arrivée. Une meute de journalistes et photographes se précipite vers elle, Gunn-Rita Dahle arrive un peu plus tard, plus discrètement, suivie par Sabine Spitz.
Marie-Hélène avait la conscience tranquille en prenant le départ. Elle avait fait tout ce qui était possible de faire pour être prête, mais sa rivale est là et elle est très forte. La veille, en reconnaissant le parcours, Marie-Hélène avait poussé quelques jurons, le parcours n’était plus le même. Les multiples passages et la pluie l’avaient rendu glissant et différent. Finalement, il était plus technique. Elle s’est finalement rassurée, elle est plutôt bonne dans les secteurs techniques. Avec son entraîneur Michel LeBlanc, elle a prévu de rester dans la roue de son adversaire le plus longtemps possible, «histoire de l’atteindre psychologiquement, elle n’est vraiment pas habituée à avoir quelqu’un dans sa roue», soulignera Michel après la course, «cela dit, elle était très accotée dès le 1e tour pour garder un maigre 10 secondes d’écart.» Après il s’agissait de faire sa course sans trop perdre le contact. C’est ce qu’elle a fait. Dans une des côtes au 2e tour, on a senti qu’elle avait un peu de mal à récupérer des efforts fournis au 1e., elle a même a fait quelques erreurs et posée le pied-à-terre. Gunn-Rita, fidèle à ses bonnes vieilles habitudes, enroulait comme un métronome. «À Fort-Williams, je restais dans sa roue, je n’aurais pas été capable de rouler comme elle avec le vent de face qu’on avait» avouait la fille de Château-Richer.
Le métronome Gunn-Rita a beaucoup donné au 1e tour. «Je suis allée très vite dès le début, a expliqué celle qui détient encore la 1e place en Coupe du monde, je savais que Marie-Hélène serait poussée par son public et que quand elle me rattraperait, je ne pourrais pas lutter. Je savais où elle était en entendant les clameurs. Au mont Sainte-Anne, je me prédisais modestement un top 3!»
Effectivement, la régularité de la Norvégienne va s’effriter alors que Marie-Hélène améliore son temps à chaque tour: «j’étais à l’aise avec la chaleur, comme prévu, je l’ai doublé juste avant les zigzags au dernier tour, je l’ai fait très vite, je ne voulais pas qu’elle s’accroche. Après, il me restait à garder le contrôle jusqu’à la fin.» Contrôle de la situation que confirme son entraîneur: «elle est revenue très vite, je lui ai dit d’aller cool dans les descentes et à fond dans les montées. J’ai vu que Gunn-Rita avait du mal, son mari l’accompagnait plus qu’à l’habitude sur le parcours.»
Juste au moment où Michel lui disait de faire attention en descente, Marie a fait une fausse manœuvre et sa roue a levé. Pas de crevaison, pas de chute, mais les deux ont eu peur. Comme c’est désormais une tradition, elle a soulevé son vélo équipé full Shimano XTR 2007 en passant la ligne. Même avant de prendre un peu de recul sur sa victoire, elle se dit que ce 2e podium au mont Sainte-Anne est une plus belle victoire que la précédente: «Gunn-Rita n’a pas bunké comme l’année dernière, c’est d’autant plus valorisant. »
Il faut l’avouer, le public au mont Sainte-Anne a joué un grand rôle. Marie-Hélène l’a reconnue la ligne à peine franchie, le micro de l’animateur en main: «êtes-vous satisfaits, avez-vous apprécié le spectacle? ». La veille de la course, elle avait expliqué que dans la course, «les gens sont là pour m’aider à oublier le mal que ça fait.» Aujourd’hui au mont Sainte-Anne, il n’y avait pas de souffrance sur le visage de Marie-Hélène, il n’y avait que du bonheur.
Chez les gars
Chez les gars, nous avons eu droit à deux courses en une. La première concernait les coureurs de l’équipe Specialized: Christophe Sauser contre Liam Killeen. C’est finalement le Suisse qui gagne avec 10 petites secondes d’avance. L’autre course concerne la place de leader de la Coupe du monde. Julien Absalon est désormais inatteignable avec sa 3e place. Son concurrent le plus direct, José Antonio Hermida termine 4e.
Christophe Sauser a réussi à prendre le dessus sur son confrère de Specialized au 4e tour. «Je voulais être 1e pour ma nouvelle équipe, a-t-il souligné la ligne à peine franchie.
Côté Canadien, c’est Seamus McGrath qui réalise la meilleure perfomance en se classant au 5e rang: «J’ai attaqué Florian Vogel tout en haut, avant de redescendre a expliqué le Canadien, le sourire aux lèvres, je n’avais plus qu’à gérer la descente et à faire bonne figure devant ma famille.»
Un autre qui se devait de faire bonne figure, c’est bien Raphaël Gagné: «je suis heureux de terminer 33e à la maison pour ma 1e Coupe du monde. J’aime quand il fait chaud et j’ai une bonne préparation. Avec le public, c’est incroyable, c’est comme un bon analgésique contre la douleur. J’ai bien géré ma course, je comptais faire dans les 50, je fais 33, maintenant, je peux me concentrer sur la sélection pour les Championnats du monde.»
À l’heure où j’écris ces lignes, il y a une grosse fête chez les Prémont à Château-Richer. Marie, tu l’as bien mérité !
Prochain grand rendez-vous cycliste, jeudi prochain avec les Championnats Canadiens sur route à Québec.
Les citations du jour
«Marie est au sommet de la gestion de stress. Sa plus grande qualité est de se connaître au quart de tour. »
Michel Leblanc, entraîneur de Marie-Hélène Prémont
«Il volait pratiquement »
Marie-Hélène Prémont parlant de sa fidèle monture soigneusement préparée par Jérôme, son mécano.
«Je réussis aussi bien à l’école que sur mon vélo.»
Bulletin scolaire d’une cycliste brillante de Château-Richer.
«Mon objectif est atteint, j’ai gagné la Coupe du monde. Christophe et Liam étaient au-dessus du lot aujourd’hui. Je suis content de revenir ici, ça me rappelle mon titre de Champion du monde en 1998. J’ai toujours eu un petit pincement. Maintenant, je peux me consacrer au Championnat du monde.»
Julien Abasalon, leader de la Coupe du monde.
Roue Libre
Les zigzags sont au mont Sainte-Anne ce que la tranchée d’Arenberg est au Paris-Roubaix. Un grand moment de bonheur pour les encouragements du public et pour la difficulté.
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