Jacques Sennéchael
Le grand Rollin a rajouté une corde à son arc en devenant le nouveau champion canadien en remportant une victoire en force sur le puissant Svein Tuft. Dominique Perras se mérite une très belle 3e place et David Veilleux confirme sa suprématie chez les moins de 23 ans en terminant certes premier de sa catégorie, mais aussi 5e au général.
Dominique Rollin est tanné de voyager pour faire des courses pour son club le VC Roubaix. L’accumulation des heures d’avion et le décalage horaire lui ont déjà coûté son Tour de Beauce. Le grand gars de Boucherville avait une revanche à prendre et il l’a fait de très belle manière en devançant le très puissant Sven Tuft de quelques secondes sur la ligne.
Dominique Rollin se l’est soigneusement construite cette victoire, notamment en se joignant au bon moment à la bonne échappée. Pendant les quatre premiers tours, rien de bien marquant ni de menaçant s’est déroulé. Les protagonistes s’observent. Il y bien quelques échappées, mais jamais au point de s’énerver. Svein Tuft, Christian Meier, Greg Reain, Mark Walters et David Veilleux arrivent à prendre une vingtaine de secondes d’avance. Deux gars de l’équipe des Symmetrics, la formation la plus représentée lors de ces championnats canadiens, et quelques autres grosses pointures capable de travailler ensemble pour faire progresser l’échappée. Pas question de les laisser partir trop loin. Dominique Rollin se lance à leur poursuite en compagnie d’un autre Symmetric et de Raphaël Tremblay, son collègue de l’équipe du Québec.
L’échappée est rejointe au 5e tour, ils sont maintenant huit devant. Un autre groupe de chasse s’organise dans le peloton et rejoint l’échappée au tour suivant et le voilà 11 à devancer le peloton d’une bonne quarantaine de secondes. Des bons coureurs, avec notamment Dominique Perras et Éric Wohlberg. Derrière, le peloton ne semble pas s’en inquiéter outre mesure, à part peut-être Ryder Hesjedal. Le seul coureur qui œuvre dans le ProTour pour au sein de l’équipe Phonak décide de prendre les choses en main. Alors qu’on le voyait plutôt pénard en queue de peloton, le voilà qui prend la tête en essayant de trouver quelques petits camarades de travail. Ce n’est pas chose facile. Personne ne veut se joindre à lui. Dans la côte Gilmour, il place une attaque vigoureuse, mais il est toujours seul.
Justement dans l’échappée, Rollin fait une crevaison. «Les autres gars que Symmetric ont levé le pied pour m’attendre, a expliqué Dominique après la course, ils savaient qu’ils avaient besoin de moi dans l’échappée.» Effectivement, Dominique réussit à rejoindre ses collègues au 8e tour.
Deux tours plus tard, Dominique Perras place une attaque dans la côte Gilmour. Cette attaque fait des dégâts, ils ne sont plus que six dans l’échappée. Ryder Hesjedal, déçu de tirer un peloton qui ne veut pas travailler décide d’abandonner. Seul David Veilleux décide de bosser. Il réalisera une des plus belle chasse de la course: «je pensais partir avec quelqu’un, finalement, je me suis retrouvé tout seul. Ça m’a inquiété puis finalement j’ai pu rejoindre un groupe, je pensais que c’était des retardataires mais c’était l’échappée.» Cette chevauchée solitaire a duré 10 kilomètre et David Veilleux, un petit jeune qui court chez les moins de 23 ans, a repris près d’une minute.
Au 12e tour, c’est Éric Wohlberg qui déclenche les hostilités dans la désormais célèbre côte Gilmour. Perras, Rollin et Tuft réagissent au quart de tour et finissent de grimper avec une légère avance sur Wohlberg, Ryan et Veilleux. Au passage de la ligne, les trois premiers ont une trentaine de seconde d’avance sur le 2e trio. Il la conserve. Dans Gilmour, Perras est le 1e a attaquer en bas de la côte : «je me sentais bien et je savais que les deux gars étaient à fond. J’ai crampé aussitôt et j’ai été obligé de me rasseoir.» Dominique Rollin place la 2e attaque et seul Svein Tuft arrive à le suivre. En haut de la côte, ils ont six, sept secondes d’avance sur Perras. Les deux fortes carrures vont rouler de concert, mais c’est plutôt Rollin qui travaille. Perras ne lâche pas dans les parties plus roulantes malgré son gabarit plus modeste. Il s’accroche et arrive même à regagner sur les deux costauds : «dès que j’ai pu mouliner plus vite, les crampes ont disparu. Je savais que les deux devant n’allaient pas forcément s’entendre pour travailler ensemble, c’était ma chance.»
Effectivement, au pied de Gilmour, Perras est trois petites secondes derrière les deux hommes. «J’ai mis un premier coup dans le bout abrupt de Gilmour, a expliqué Rollin, Tuft était toujours là, on s’est regardé, j’ai remis un coup dans la courbe. Je savais que si on attendait trop, Dominique pouvait en profiter, je préférais jouer la 2e place que la 3e.»
Le 2e coup de rein de Rollin a été efficace. Tuft est à quelques mètres derrière en haut de la butte. Quelques mètres qui ne suffisent pas, dans la partie roulante sur Grande Allée, Tuft n’a aucune difficulté pour retrouver la roue de Rollin. Ce dernier s’en doutait, en même temps qu’il sait que Tuft ne va pas lui passer devant pour travailler. À 300 mètres de la ligne, il lance son sprint: «je ne voulais pas le garder dans mon c…, j’ai essayé de garder l’écart le plus possible, comme je savais que je pouvais le battre au sprint, pas question d’attendre qu’il attaque.» Dominique Perras arrive derrière, un peu déçu de sa 3e place: «je pensais pouvoir les rattraper, surtout s’ils n’arrivaient pas à s’entendre. Cela dit, si j’avais attendu le denier tour pour attaquer dans la côte, je n’aurais pas été certain de leur résister dans la partie roulante.»
C’est un Dominique Rollin plus vaillant que pendant le Tour de Beauce qui franchit la ligne d’arrivée à Québec. «En Beauce, j’ai trouvé ça très frustrant. J’avais besoin de récupérer, de repos principalement. J’ai fait les Courses de la Paix plus de l’endurance.» Ce titre de champion canadien sera peut-être l’occasion pour le grand Rollin de trouver une équipe lui offrant plus de stabilité et moins de voyages. Son «on verra bien » prouve qu’il est ouvert à toutes les propositions honnêtes et raisonnables.
S’il y en a un autre qui tire bien son épingle du jeu de ces championnats canadiens c’est bien David Veilleux. En quelques jours, il est passé au stade de héros dans la ville de Québec. Le petit jeune a fort bien géré sa course et a su s’accrocher. «je ne peux pas demander mieux, je ne m’attendais pas du tout à cela» a-t-il commenté, encore étonné de sa 5e place au général.
Veilleux et Wrubleski pour les petits jeunes qui montent. Rollin pour sa bonne gestion de course, Samplonius pour ne pas oublier trop vite les athlètes plus âgés, Perras pour l’énergie mis dans la course… on a découvert des héros nouveaux et les anciens sont encore bien tenaces.
Les citations du jour
«Si je ne m’entraînais pas, j’allais mourir, c’est la seule affaire qui me garde en vie.»
Sébastien Bouchard, 2e en catégorie handisport.
«J’ai fait quelque chose pour le Québec, j’ai ramené quelques titres de champion canadien.»
Czeslaw Lukaszewicz à propos de la manifestation des Patriotes en ce jour de la fête du Canada.
«C’est une mauvaise nouvelle pour le cyclisme mais une bonne nouvelle pour la santé de notre sport.»
Dominique Rollin à propos du départ chaotique du Tour de France.
«Je suis déçu, ça fait quatre fois en cinq ans que je fais un podium, j’aurais voulu gagner.»
Dominique Perras, qui nous a beaucoup impressionné pour un gars qui n’a pas fait de course depuis longtemps.
Roue Libre
«2e tour, la tente Mavic vient de décoller.»
Radio Tour donne quelquefois de drôles de nouvelles. Il est vrai que le vent s’est sérieusement levé, ce qui a fait travailler encore plus fort les coureurs.
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