17 juin 2006

Le peloton pique-nique

Jacques Sennéchael

L’échappée de six coureurs s’est arrêtée brusquement sur le boulevard Champlain. L’ensemble du peloton a décidé d’arrêter net la course pour des raisons de sécurité.

Dans le peloton principal, Valeryi Kobzarenko, le maillot jaune sur les épaules, a levé les deux bras vers le ciel. Il ne venait pas de franchir en tête la ligne d’arrivée en tête. Lui et ses Navigators ont tout simplement décidé d’arrêter la course. Aussitôt, l’ensemble du peloton a posé le pied-à-terre. Une quarantaine de secondes devant, au 46e kilomètre de cette étape, l’échappée de six coureurs a eu la surprise de voir dans la main de Michel Bourgault, commissaire, le panneau rouge signifiant la neutralisation de la course. Les six coureurs ont aussitôt arrêté de pédaler.

Dans la voiture de presse, nous étions tous étonnés, le panneau rouge est rarement utilisé. Quelques secondes avant à radio tour, nous avions entendu qu’une chute impliquait Mark Walters des Navigators.

Aussitôt, nous rebroussons chemin pour aller voir ce qui se passe. Rue Saint Louis, le peloton est arrêté. Quelques coureurs sont assis sur le trottoir, les autres appuyés sur leur vélo. Mark Walters est debout avec quelques accrocs sur son maillot. Il n’a pas l’air blessé. «Une voiture a coupé le parcours, a-t-il expliqué sereinement, j’ai voulu l’éviter et j’ai heurté son arrière. Je suis tombé sur le cul. Les autres coureurs sont passés de chaque côté de la voiture. Aussitôt, l’ensemble du peloton s’est arrêté.»

Assis à côté de leur vélo, les deux leaders des Navigators Valery Kobzarenko et Sergey Lagutin papotent de l’événement. Je demande au maillot jaune si la course est finie pour aujourd’hui. Valeryi me répond un bref «oui ».

Une heure trente ont été nécessaire pour que négociations et décisions permettent la reprise de la course. Une voie de plus a été donnée aux coureurs sur Grande Allée, les cônes sont repositionnés sur la rue Saint-Louis et un tour complet enlevé au parcours. Les coureurs ont fini le tour entamé pour rejoindre la ligne de départ. L’échappée qui détenait une quarantaine de secondes d’avance avant la grève surprise des coureurs retrouve cette même avance.

Après toutes ces émotions, la course reprend avec cinq tours à faire. On l’apprendra à l’arrivée : les Navigators ont fait des propositions aux six coureurs de l’échappée. «Ils nous ont laissé le temps de retrouver notre rythme, a expliqué Éric Boily, eux ça les arrangeaient, ils nous ont dit qu’ils n’avaient pas arrêté la course pour nous nuire.»

D’entrée, il était clair que les coureurs ont repris la course avec l’intention de jouer le jeu. Pas question de finir la journée en roulant pépère comme on pouvait le craindre. L’échappée composée de Ian Macgregor, Tony Mann, Svein Tuft, Michael Ford, du Québécois Éric Boily et du Colombien Jarley Hernandez Colorado ne compte pas de coureurs très menaçants pour le classement général. Le plus proche du maillot jaune est le Colombien à 4 m 32 s. Les équipes qui louchent sur le maillot et les Navigators peuvent rouler tranquilles. C’est d’ailleurs le cas, l’équipe en bleue détentrice du maillot jaune contrôle le peloton. À chaque tour, le Colombien passe en tête dans la côte Gilmore mais n’arrive pas à s’évader. L’écart passera même à 1 m 34 s à la fin du sixième tour. Au début du 8e tour, le peloton qui commence à se scinder se rapproche à une trentaine de secondes. Au dernier tour, l’échappée croise le gruppetto sur Grande Allée, c’est vrai que l’avenue n’est pas très large! Dans la descente de l’église, l’écart est de 37 s pour descendre à 12 s au pied de la côte Gilmore. Dans un ultime effort, Éric Boily tire ses dernières cartouches pour tenter de résister. C’est inutile. L’échappée se fait manger. En haut de la côte, Sergey Lagutin, Valeryi Kobzarenko, Stefan Parinussa mènent la meute. C’est finalement le Britannique Russel Downing de l’équipe Cyclingnews-Litespeed qui règle le sprint devant Sergey Lagutin et Peter Hatton. «J’étais bien placé à gauche du peloton à 450 mètres de la ligne, nous a expliqué le sprinter de Cyclingnews-Litespeed, mon coéquipier David Harrigan m’a aidé en me lançant. C’est une belle victoire et un beau tour qui me permet de bien me préparer pour conserver mon titre de champion de Grande-Bretagne la semaine prochaine.

Les maillots ne changent pas, sauf celui du meilleur Canadien qu’enfile Christian Meier. Côté classement général, Sergey Lagutin passe devant Danny Patte et Stephan Parinussa garde son quatrième rang. Les quatre hommes sont dans un mouchoir de 42 secondes. L’étape de demain sera donc décisive. Les Navigators devront protéger leur homme en jaune dans la difficile étape de demain à Saint-Georges.

Il faut avouer que c’est moins les résultats que l’arrêt de la course qui préoccupent la caravane du Tour de Beauce. Coup de bluff des Navigators et du machiavélique directeur sportif Edward Beamon pour geler le course et diminuer le risque de perte du maillot? Réelle décision du peloton au grand complet? Beamon nie avoir parlé dans ce sens à ses troupes. Une chose est sûre, sur Grande Allée et la rue Saint-Louis, la largeur du passage pour les coureurs ne leur donnait pas une grande marge de manœuvre. Il n’y a pas de doute qu’il est difficile d’assurer une imperméabilité à 100 % d’un parcours. «On ne peut pas contrôler tous les coins de rue, a argumenté Denis Lévesque président de l’événement. On va travailler fort avec la ville des Québec et les bénévoles pour faire mieux la prochaine fois. On tient à dire qu’on apprécie beaucoup le geste de la part des directeurs sportifs et des coureurs qui ont accepté de reprendre le départ.»

On peut parier que demain chaque coin de rue du parcours de Saint-Georges sera surveillé avec soin. La course pourra reprendre toute sa place. On n’attend que ça.

Les citations du jour
«Les Championnats Canadiens sont très chanceux de vivre cet événement deux semaines auparavant.»
«La pire crainte pour l’organisation c’est qu’il y ait des blessés.»
Denis Lévesque, président du Tour de Beauce.

«Ce qui est arrivé aujourd’hui est dangereux pour tout le monde.»
Russel Downing, Cyclingnews-Litespeed.

«C’est dur c’est le métier qui rentre. Ceux qui l’ont fait les autres années disent que c’est une édition solide.»
Éric Boily, Volkswagen Trek

«Vous avez payé pour une étape, vous en avez deux.»
Louis Bertrand, animateur de la course.

«Vous me réveillerez quand ça repartira.»
Mathieu Roy, Garneau Optik, pendant la courte grève.

«Ça fait quatre fois que je manque de tomber.»
Jean-Sébastien Maheu, Équipe du Québec.


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