15 juin 2006

Lagutin king du Mégantic

Jacques Sennéchael

Les Navigators ont repris le contrôle de leur navire mais pas le maillot jaune qui reste sur les épaules de Stefan Parinussa de l’équipe Sparkasse. Les Mexicains, Colombiens et les coureurs de Tiaa-Cref restent cependant à l’affût.

On se serait cru dans le dernier virage de l’Alpe d’Huez. Sergey Lagutin rejoint son collègue de Navigators Valeriy Kobzarenko à peine à deux kilomètres du sommet du mont Mégantic. Il le dépasse, son coup de pédale est toujours franc. Il sait qu’il a étape dans la poche mais il continue de tourner les jambes pour arrêter le chrono au plus vite. Il passe l’étroite ligne sans même lever les bras pour ne pas perdre la moindre seconde. Le Colombien des Tecos Trek Gregorio Ladino Vega réussit à passer l’ex-maillot jaune Kobzarenko avant de franchir la ligne une poignée de seconde derrière Lagutin. Danny Patte de Tiaa Cref suit avec les Mexicains et Colombiens jamais très éloignés quand il s’agit de grimper. Enfin le détenteur du maillot passe la ligne avec 1m 32s de retard sur le gagnant. Tous ceux qui se sont rendus au phénoménal sommet du mont Mégantic en tête du peloton ont des coéquipiers qui ont travaillé pendant toute cette étape de 152 km.

Le départ de Saint-Georges à peine donné, les Sparkasse ont annoncé la couleur de leurs intentions: ils vont tenter de garder le jaune sur les épaules de Stafan Parinussa. Pour réaliser leur objectif, ils vont d’entrée tenir un tempo d’enfer en tête du peloton, leur maillot jaune bien protégé au cœur de ses coéquipiers.

Les Navigators se sont déjà faits abusés une fois, ils ne comptent pas s’en laisser compter aujourd’hui. D’entrée, ils récoltent la totalité des secondes du premier sprint de bonification. Il y a bien quelques tentatives d’escarmouches, mais les Sparkasse encore frais gardent toujours un tempo élevé. Au 47e kilomètre, le maillot jaune change sa route, le peloton plutôt gentilhomme en profite pour faire une pause pipi.

Au 69 km, les Sparkasse n’arrivent pas à empêcher Glen Alan Chadwick des Navigators de prendre la poudre d’escampette. Il décroche le 1er grand prix de la montagne suivi par quelques Mexicains, Colombiens, et surtout son collègue Valeriy Kobzarenko. 4 kilomètres plus tard, les deux Navigators réussissent à prendre 18 s d’avance. François Parisien tente une courte chasse, mais il sera repris au 79e kilomètre. La stratégie des Navigators est plutôt surprenante: certes, ils veulent récupérer le maillot jaune en grappillant du temps, mais la course est jeune et ils ne sont que deux en échappées. Certes, ils durcissent la course, les Sparkasse ne peuvent pas se permettre de laisser l’ex-maillot jaune, le gagnant de la première étape bien classé au général prendre le large. Ce dernier risque cependant de brûler pas mal de cartouches et même du temps si le peloton le rattrape dans la très difficile ascension du mont Mégantic. C’est dans ce genre de final qu’on peut rester coller à la route et perdre beaucoup de temps.

Dans le peloton, les Sparkassse mène toujours le bal. Le maillot jaune est sous haute surveillance de Sergey Lagutin lui-même. Au 119 km, le duo à deux minutes d’avance sur un peloton où toutes les équipes majeures travaillent. Trois kilomètres plus tard débutent l’assaut vers le sommet du mont Mégantic. Comme toute montagne qui se respecte, le début de l’ascension est plutôt doux pour augmenter progressivement et terminer en apothéose de douleur. La relative collaboration qui régnait dans le peloton éclate sous l’impulsion des équipes les mieux placées au classement général. Les Tecos, les Colombiens, comme en terrain de connaissance attaquent de tout bord. Les Tiaa Cref font la même chose et les Navigators ne lâchent pas d’une semelle le maillot jaune quelque peu isolé. Les cinq derniers kilomètres avant le sommet ont un dénivelé à se changer en chèvre. François Parisien place une première attaque dans le désordre de la chasse. Plus haut, à un peu plus d’une minute, Glen Alan Chadwick roule de travers et n’arrive plus à suivre son collègue de Navigators. Valeriy Kobzarenko continue de bien pédaler.

C’est là que les Navigators sortent leur carte gagnante : Serguey Lagutin, le champion du monde des moins de 23 ans à Hamilton a passé la journée à surveiller le maillot jaune. Il accélère alors que tous ses adversaires sont asphyxiés. À deux kilomètres de la ligne, il est à 30 secondes de son ami Kobzarenko et une trentaine de secondes d’avance sur le maillot jaune. Il le passe à moins d’un kilomètre du sommet et finit en force. Le Mexicain qui le suit arrive 7 petites secondes derrière, Kobzarenko 14 secondes et Danny Patte 29 secondes. Il prend 1 m 32s sur le maillot jaune. Ce n’est pas suffisant pour le récupérer.

Les Navigators peuvent quand même être plutôt fier de leur journée. Kobzarenko est à 32 secondes du maillot jaune et Lagutin 37 s. «Tout s’est déroulé comme nous en avions parlé en réunion hier, a expliqué le gagnant de l’étape. Nous avions prévu d’être très agressif et de se détacher dès que possible.»

François Parisien est tout aussi satisfait de sa journée: «Ils ont débuté raide, les Sparkasse assuraient en avant un gros tempo à 40/50 km/h. À chaque grand prix de la montagne, les Navigators essayaient de tout briser. De notre côté, on a protégé le plus possible Danny Pate pour l’emmener frais en bas de la bosse. On a fait une coalition en fin de course avec deux Mexicains et les deux Sparkasse qui restaient. Au pied de la montagne, j’ai attaqué comme prévu en bas du Mégantic pour durcir au maximum l’ascension pour Danny Pate. On a mis la table pour demain, il est champion du monde en contre-la-montre des moins de 23 ans en 2001.»

Du côté des Sparkasse, on est plutôt content d’avoir limité la casse. Erik Weispfennig, le directeur sportif de l’équipe, n’est pas surpris de la stratégie des Navigators: «C’est ce que nous avions supposé qu’ils allaient faire, nous, nous devions défendre notre maillot jaune. Avec le vent latéral, nous nous sommes organisés pour être devant pour éviter au maximum de trop grosses échappées. Demain, on sait que ça va être difficile de garder le maillot jaune sur le dos après le contre-la-montre. Stefan Parinussa n’est pas le spécialiste de la discipline.»

Jean-Sébastien Maheu de l’équipe du Québec, termine 24e à 3 m30 s du gagnant: «j’ai perdu rapidement des équipiers et il était difficile de rester dans le tempo. Pour la montée, je la connais ce qui m’a aidé. J’ai roulé à mon rythme, je sais que l’on peut perdre beaucoup de temps dans un tel final.»

Le tour de Beauce est loin d’être terminé. Les Navigators ne sont pas les seuls à loucher sur le maillot jaune. Comme tout reste ouvert, il ne faudra pas lever le pied lors des trois jours de course restants.

Les citations du jour
«Nous dormions tous.»
Sergey Lagutin des Navigators à propos de leur mauvaise journée d’hier.

«Hostie qu’on a travaillé fort aujourd’hui.»
François Parisien, Tiaa Cref

«Je vais essayer de ne pas finir hors-délai lors du contre-la-montre.»
Jean-Sébastien Maheu, équipe du Québec.

Roue Libre
Les cinq kilomètres d’ascension du mont Mégantic sont à mettre au chapitre des grandes côtes du Québec. Elle se situe plein parc, entouré d’arbres et de végétation de plus en plus rabougris en cours de montée. Le dénivelé débute à 500 mètres d’altitude pour se terminer 5 kilomètres plus tard à 1100 mètres. De toute beauté !


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