14 juin 2006

Un clandestin chez les Navigators

Jacques Sennéchael

Les Navigators ont réalisé la plus mauvaise opération de la journée en perdant le maillot de leader pour cause de stratégie hasardeuse. C’est le Colombien John Fredy Parra Calada qui remporte l’étape et surtout l’Allemand Stefan Parinussa qui tire son épingle du jeu en enfilant le maillot jaune de leader au classement général.

Les Navigators ont de quoi être de mauvaise humeur. Celui qu’ils ont emmené dans un fauteuil jusqu’à la ligne hier les a grillé aujourd’hui en se glissant une nouvelle fois dans la bonne échappée. Il s’agit de Stefan Parinussa de l’équipe Sparkasse. Comme d’habitude, le coureur poids plume de l’équipe allemande était aujourd’hui dans tous les coups pour se glisser sur la 2e marche du podium.

Cela dit, les coureurs de Navigators ne peuvent s’en prendre qu’à eux-même. Après la belle étape d’hier, ils n’avaient qu’une paire de coureurs à surveiller : les Mexicains de l’équipe Tecos Trek bien placés, et Stefan Parinussa. Ce dernier, un véritable électron libre grimpeur n’a pas l’équipe pour le soutenir sur le difficile parcours du Tour de Beauce. Il n’a pas d’autre choix que de jouer les passagers clandestins en profitant de la moindre échappée. C’est ce qu’il a fait hier. Fatigué comme beaucoup d’autres coureurs venant de la course de Philadelphie, il a ramé fort pour rester dans l’échappée mené par les Navigators, mais sans apporter son soutien. Aujourd’hui, il s’est montré beaucoup plus pugnace sur un parcours taillé sur mesure pour lui.

L’étape de Saint-Joseph est un vrai bonheur de grimpeur. Au menu: 180 kilomètres en boucle, des montées et des descentes sèches dans de magnifiques paysages. Pour les coureurs, pas question de s’endormir, il était nécessaire de relancer et de travailler sans relâche pour rester dans le tempo.

Comme dans l’étape du Lac-Étchemin, les tentatives d’échappées ont débuté très tôt. Les Navigators et les Tecos Trek étaient présents dans tous les coups. Du côté de Saint-Jules, au 40e kilomètre, 14 coureurs arrivent à prendre une quarantaine de secondes d’avance. On compte deux Navigators, trois Tecos Trek, un Tiaa Cref, deux membres de l’équipe Canadienne et d’autres coureurs moins cruciaux pour le classement général. Stefan Parinussa est aussi de la partie. Quatre autres coureurs réussissent à se joindre à l’échappée au 47e kilomètre. Les 18 vont travailler plus ou moins conjointement pour réussir à avoir plus de six minutes d’avance sur le gros du peloton, On verra le Mexicain Rodolfo Lopez prendre la poudre d’escampette et avoir près de 40 secondes d’avance sur l’échappée. Dans cette dernière, les relations ne sont pas au beau fixe, les coureurs de Symmetrics poussent les Mexicains à travailler plus fort pour gagner du temps sur les deux leaders du classement général restés bien au chaud dans le peloton.

Rodolfo se fera finalement rattrapé au 88e kilomètre. D’autres tentent de prendre le large, mais aucun coureur obtient un bon de sortie. Dans le peloton principal, 5 Navigators mènent le train. L’avance de l’échappée se réduit à trois petites minutes au 112e kilomètre et on ne travaille pas vraiment ensemble pour conserver cette avance. Les attaques sont incessantes dans les durs pitchs du parcours. Stefan Parinussa se récolte une nouvelle fois quelques points de bonification au grand prix de la montagne. L’échappée éclate au 144e kilomètre. Six coureurs arrivent à prendre le large: deux Navigators, un Tiaa Cref, un Tecos Trek, un Italpasta et évidemment Stefan Parinussa, le seul des six à pouvoir bouleverser le classement général. Au 155e kilomètre, l’échappée n’a qu’une petite minute trente d’avance sur le gros du peloton. Le travail des Navigators semble porter fruit.

Pas pour longtemps. À peine 10 kilomètre plus loin, l’avance passe à 3m 10s. Dans le peloton principal, on voit les leaders de Navigators au classement général aller chercher des bidons pour leurs collègues complètement épuisés.

C’est le Colombien de l’équipe Tecos Trek qui réussit à prendre le dessus au sprint sur Stefan Parinussa et l’Australien Cameron Hugues. Les deux Navigators suivent et Danny Patte de l’équipe Tiaa Cref prend la 5e place.

François Parisien nous a confirmé la déconvenue des Navigators: «Ils ont beaucoup trop donné, quand nous avons basculé après le grand prix de la montagne, ils ont levé le pied, ils ont bien essayé de parler aux colombiens pour travailler ensemble, mais ces derniers n’ont pas voulu.» Passé la ligne, Sergey Lagutin et Valeriy Kobzarenko laissent éclater leur mauvaise humeur : le premier discute vigoureusement avec un responsable de son équipe, le 2e lance le maillot qu’il vient de perdre à la tête de son coéquipier Irlandais présent dans l’échappée. Edward Beamon, directeur sportif expliquera la déconvenue de son équipe avec une généreuse mauvaise foi, il n’aurait pas été informé suffisamment tôt par Radio Tour que Stefan Parinussa faisait partie de l’échappée. Le coach de l’équipe Mexicaine Gregorio Vasquez était lui de bien meilleure humeur : «On a travaillé fort dans le peloton et dans l’échappée, on est déjà la 1e équipe dans le ProTour américain et l’on veut bientôt faire partie du ProTour Continental.»

Le nouveau détenteur du maillot de leader était un peu surpris de se retrouver en jaune: «Hier, j’étais fatigue de notre course de Philadelphie et du voyage, je n’ai pas beaucoup travaillé. J’ai fonctionné différemment aujourd’hui en roulant avec les autres coureurs, sauf les Navigators. Je pensais quand même qu’ils allaient nous rattraper au moins 25 km avant la ligne.»

Du côté des Canadiens, c’est Dominique Rollin qui se classe le mieux en passant la ligne en 11e position: «J’ai crevé deux fois aujourd’hui et j’ai 180 livres à monter dans les côtes, le Colombien en a juste 120 livres. Demain, ce sera la même chose pour moi, mais j’espère tenter ma chance pour une étape samedi ou dimanche.»

Demain, c’est l’étape du mont Mégantic qui attend les coureurs. Au menu: 152,6 kilomètres avec 2940 mètres de dénivelé positif. Stefan Parinussa même s’il est bon grimpeur devra se trouver des amis pour conserver son maillot. Les Navigators, assez nombreux en haut du classement, vont cette fois pas le lâcher d’une semelle. Enfin, les Mexicains, bien placés aussi, pourraient faire une alliance avec les Colombiens de l’équipe Colombia Es Pasion. Bref, rien n’est joué dans ce Tour de Beauce 2006. On aime plutôt ça.

Les citations du jour
«Les Navigators sont connus pour se chier dans la mitre .»
François Parisien à propos de la stratégie de ces derniers.

«Deux crevaisons aujourd’hui, avec les deux d’hier, cela me fait une bonne moyenne au bâton.»
Dominique Rollin qui n’a plus de boyaux de rechange.

Roue Libre
Le Tour de Beauce fait partie des meubles depuis maintenant 21 ans, cela se sent quand on traverse les villages où les enfants organisent des comités d’accueil enthousiastes.

Les coureurs devraient prendre la nouvelle piste cyclable entre Notre-Dame des Pins et le barrage de Saint-Georges. Non seulement le paysage vaut le coup d’œil, mais le bitume tout neuf est d’un confort étonnant.

L’absent le plus présent à ce Tour de Beauce est sans aucun doute Pierre Hamel, l’éditeur de votre magazine préféré. Au cours des nombreux reportages qu’il a fait sur l’événement, il a laissé quelques histoires qui se transmettent entre deux échappées.


nouvelles achat & entretien rouler au Québec hors Québec sécurité course cyclos montagne industrie quoi d'autre ?

Page mise en ligne par SVP

Guy Maguire, webmestre, info@veloptimum.net
Consultez notre ENCYCLOPÉDIE sportive

veloptimum.net