26 juin 2005

Home sweet home pour MHP

Jacques Sennechael

La question était sur toutes les lèvres: qui, de Marie-Hélène Prémont ou Gunn-Rita Dahle allait sortir victorieuse du duel de cette Coupe du Monde au Mont-Sainte-Anne? Ce fut la Québécoise qui a ramené la coupe à la maison, et ce, de manière indiscutable.

Pourtant, dès le premier tour de chauffe, les choses avaient une couleur de déjà vu. Gunn-Rita partait devant, Marie-Hélène dans sa roue. 5 petites secondes d’avance au premier tour, 10 au début du 2e. Ça c’est pour le duel annoncé. Derrière, c’est l’Allemande Sabine Spitz qui prenait la direction des opérations sans jamais accrocher le duo de tête. Au début du 3e, l’avance de la norvégienne tournait autour de 20 secondes, puis 25 au début du 4e. Marie-Hélène naviguait à vue de la fille de tête, un soupçon moins à l’aise dans les parties techniques, elle passait haut la main les secteurs pentus.

Début 4e, le visage de Marie-Hélène est toujours serein, on peut aisément suivre sa position dans le parcours en écoutant les clameurs du public. Le visage de Gunn-Rita est plus crispé. Il semblerait que la dame de fer est plus fragile. Elle chute légèrement à mi-parcours, Marie-Hélène n’est plus qu’à une dizaine de secondes. La Québécoise réussit à la passer peu avant la 3e zone d’assistance technique, elle débute même le 5e tour avec une petite quinzaine de secondes d’avance. Certes, ce 4e tour a été le plus lent (23m 43s pour les 5900 m de parcours), mais Marie-Hélène a encore du jus. Elle met le turbo pour consolider à 1m30s son avance en finissant son 5e tour. Il ne restait à la jeune héroïne de Château-Richer qu’à peaufiner sa victoire. «Descends doucement, laisse-toi aller jusqu’à la ligne» lui a dit au passage son entraîneur Michel LeBlanc. C’est ce qu’elle a fait. Elle l’a passée plutôt tranquillement. À peine franchie, elle s’est arrêtée pour soulever son vélo à bout de bras, son désormais légendaire sourire aux lèvres. Gunn Rita Dahle est arrivée 2m 45s plus tard et Sabine Spitz 5m 13s après.

«Je l’ai gagné pour moi puis aussi pour vous autre, vous m’avez poussé dans les montées et dans les descentes, vous êtes les meilleurs fans du Québec !» a clamé Marie-Hélène à peine assise après sa victoire. Une victoire qui s’est concoctée toute la semaine à Château-Richer. «Une semaine la plus mollo possible» nous a t-elle précisé. Elle gère de mieux en mieux son stress nous confirme son entraîneur Michel LeBlanc, elle gère les médias, les fans, l’école pour arriver le jour J et performer. Il y a quatre ans, elle n’avait pas les jambes pour quand même finir 4e, il y a deux ans, elle a vomi 20 minutes avant le départ.» Sa mère confirme : d’habitude, elle se lève à cinq heure, aujourd’hui elle s’est levée à six comme si de rien n’était.» Habituée à voir partir Gunn-Rita Dahle dès le départ, Marie-Hélène s’est fixée l’objectif de ne pas décrocher de la roue de la Norvégienne. «J’essayais le plus possible de garder 15 20 secondes d’écart maximum. J’ai eu des frissons et un peu mal au cœur, le corps réagi à la chaleur, j’essayais d’oublier que ça faisait mal. Je me suis senti mieux et j’ai su que Gunn-Rita n’allait pas fort, je l’ai passé facilement dans la côte.»

Au journaliste qui lui soulignait qu’elle avait déjà fait mieux, Gunn-Rita Dahle n’a pas pu s’empêcher de lui rétorquer qu’une 2e place en Coupe du Monde, ce n’était quand même pas si mal. Elle a renchéri en disant qu’elle était très contente pour Marie-Hélène: «elle était chez elle, dans sa propre ville, c’est très bien.» De là à expliquer les 2m 45s qui la sépare de la gagnante, courir sur son propre terrain ne suffit pas. «Soudain, je me suis sentie vidée. J’ai vraiment frappé un mur dans le 4e tour et ma chute n’y est pour rien. Je n’ai pas d’explication, je me sentais bien dans les premiers tours. J’ai vraiment fait comme d’habitude, je me suis peut-être trop entraînée… »

Marie-Hélène a demandé un visa pour la prochaine Coupe du Monde au Brésil. Il paraît que le parcours (une longue montée de 2 km et une descente toute aussi longue) est pour elle, comme celui de Livigno en Italie où se dérouleront les Championnats du monde.

Christoph Sauser confirme
Chez les hommes, certaines têtes de liste ont décidé de ne pas traverser l’Atlantique pour le rendez-vous du Mont-Sainte-Anne. Christoph Sauser n’est pas du nombre et il a eu raison.

Christoph Sauser, actuellement en tête du classement de la Coupe du monde a mené la danse pendant toute la course en compagnie du Suédois Fredrik Kessiakoff. Derrière le duo de tête à une cinquantaine de secondes, le Canadien Geoff Kabush et l’Américain Adam Craig ont travaillé ensemble. Mathieu Toulouse roule lui aussi très fort, se classant dans les 20 premiers dès les premiers tours sans cesser de remonter des coureurs.

Le Suisse Christoph Sauser a su conserver la pression pendant les six tours de circuit. «J’avais de bonnes jambes aujourd’hui, même si je suis un peu gêné par le décalage horaire. Je suis parti devant comme d’habitude en essayant de maintenir la pression pendant toute la course. Comme il faisait chaud, j’ai couru sage pour ne pas brûler trop de cartouches.»

La plus grosse surprise vient plutôt de l’excellente 3e place du Canadien Geoff Kabush. «J’ai très confiance en moi cette saison, j’ai pris un break mental en faisant des courses sur route et je suis en très grande forme. J’ai eu une très bonne journée.» C’est à la fois le cas et pas le cas du Québécois Mathieu Toulouse. «C’est ma meilleure journée à vie» m’a confié le chroniqueur de Vélo Mag à peine la ligne passée. J’étais très confiant de terminer dans le top 10.» Tout ça c’était sans compter sur un problème mécanique. À la fin du 4e tour, sa chaîne s’est coincée entre ses deux plateaux. «C’était à un changement de rythme, en changeant de plateau, ma chaîne s’est bloquée. J’ai été obligé de sortir mon dérive chaîne pour enlever un maillon et remettre ma chaîne. Ça allait tellement bien, j’ai roulé avec Seamus Mcgrath et on avait un bon rythme. Je remontais tranquillement, c’était vraiment ma meilleure course à vie jusqu’à ce moment-là. »

Les citations du jour
"Un gros merci à mon mécano Jérôme Sansfaçon, la veille de la course, il enlevait un par un les petits bouts de caoutchouc inutiles de mes pneus" Marie-Hélène Prémont

"Une chaleur pareil, ça m'a rapellée de quoi"
Marie-Hélène Prémont se souvenant d'Athènes

"Dans les montées, je sentais l'humidité du gazon"
Julie Saunders

"Avec mon double suspension, je n'ai pas été plus rapide mais je me suis économisé"
Christoph Sauser

"C'est une bien belle journée"
Benoît Simard satisfait de finir dans les temps


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