Jacques Sennechael
Il fallait faire preuve de patience et être capable de souffrir pour gagner aujourd’hui à Vérone. À ce jeu-là, c’est la hollandaise Marianne Vos chez les juniors et le Biélorusse Kanstantsin Siutsou chez les espoirs qui ont été les plus forts.
On sentait une certaine fébrilité dans l’air Corsa Puerta Nuova sur la ligne de départ ce matin, les coureuses étaient plutôt silencieuses, elles savaient pertinemment que la course allait être difficile. Face à une course particulièrement technique et difficile, l’équipe canadienne ne s’est pas donnée de stratégie particulière. « Le jeu consiste à rester le plus longtemps possible dans le peloton de tête » explique juste avant le départ Joëlle Numainville. Mylène Laliberté renchérit : « si on peut s’aider dans la course, on se le dit. »
Elles ont participé avec l’équipe canadienne à un camps de sélection d’un mois en Europe. Quelques courses avec des cadets hommes, des contre-la-montre, ont contribué à peaufiner leur préparation tout en leur permettant de faire leurs premières armes dans des courses à l’européenne.
La Russe Ekaterina Tretakiova nous a donné un petit cours de descente dès le premier tour en atteignant un honorable 74 km/h dans les virages avec une position très aérodynamique. Si le peloton s’est étiré très rapidement, les tentatives d’échappée n’ont pas été très concluantes et les couleurs des maillots se sont succédé à la tête de la course au fil des tours. Cela dit, les maillots de l’équipe hollandaise étaient très présents. Aidé par ses coéquipières, ce n’est qu’au dernier tour que la hollandaise Marianne Vos a réussi à fausser compagnie au peloton pour finalement remporter l’épreuve avec une trentaine de secondes d’avance. L’Italienne Marta Bastianelli s’est imposé devant une autre hollandaise Eleonora Van Dijk. Les hollandaises ont fort bien maîtrisé leur sujet, elles n’ont donné aucun bon de sortie à une quelconque échappée sérieuse tout en se préservant. Cette stratégie d’attente a fort bien fonctionné pour Marianne Vos qui est restée cachée dans le peloton jusqu’au dernier tour.
Du côté des canadiennes, Naomi Cooper termine 42e à 2’21’’ de la première : « j’ai fait le mieux que je pouvais faire, je suis très contente » nous a-t-elle confiée avant de partir pour un contrôle anti-dopage. Joëlle Numainville termine 50e a trouvé la course particulièrement difficile : « j’ai pensé avoir tout donné après le 2e tour, je me suis demandé ce que je faisais ici, c’est vraiment parti en flèche, on a réussi à revenir dans la 2e montée, je pensais que ça allait ralentir, après j’ai bunké, j’ai ensuite monté à mon beat. »
Mylène Laliberté ressort encore plus troublée de sa course en même temps qu’un peu frustrée. « Je suis tombée en haut de la côte explique-t-elle les larmes aux yeux, j’ai remis ma chaîne et j’ai réussi à revenir en bas de la montée au 2ème tour. J’ai déclippé dans la montée en voulant éviter une chute, cela m’a retardé et je n’ai pas pu revenir. J’ai jamais vu un peloton aussi nerveux, il était impossible de rester en ligne droite. » Anna Tratnyek a apprécié sa course, à prendre comme une expérience : « je voulais rester avec le 1er groupe, c’est ce que j’ai fait. Autrement j’ai bien aimé rouler sur les pavés. »
Course en ligne homme moins de 23 ans
On a vu les Canadiens en tête au début de la course des espoirs. Cameron Evans a passé la ligne en tête au 3e tour suivi par le peloton à 8 secondes avec François Parisien bien placé dans ce même peloton. Le jeune Québécois tire les profits de sa bonne saison en France. Depuis qu’il court avec l’US Montauban, il collectionne quelques bons classements : 5e à Plouay, 10e de Paris Vierzon, 5e de Chrono Champenois et 9e de la Coupe de France à Laval. Près pour les Championnats du monde, il est cependant assez nerveux, il a été même été hospitalisé à Vérone pour des douleurs nerveuses au ventre. Serein la veille de la course, il compte bien se placer dans le peloton. La course est importante pour lui, il aimerait bien un top 20 voire un top 16 : « si je suis 16e ou si je fais le même temps, je pourrais toucher le carding comme athlète canadien (salaire mensuel pour les athlètes canadiens). »
François se classe finalement 27e à 2’40’’ du premier. « J’ai fait ce que je voulais faire, a-t-il expliqué en reprenant son souffle après la course, je suis resté placé en avant. C’était très dur d’attaquer dans la bosse, beaucoup ont attaqué trop tôt et étaient incapable de tenir le tempo, il ralentissait la course. À quatre tours de la fin, j’étais mal placé quand les quatre se sont échappés, je n’ai pas pu les rejoindre. C’était vraiment une course de placement, j’étais tout à fait capable de passer la bosse avec les plus forts, il fallait juste être au bon endroit. »
Le Biélorusse Siutsou a su très bien se placer. Comme pour la course des filles, des tentatives d’échappées se sont succédé. Au 10e tour, l’Italien Domenico Pozzovivo et le Biélorusse Kanstantsin prennent la poudre d’escampette. Ils travaillent ensemble pour essayer de garder un petit 30 secondes d’avance fin du 10e tour. La poursuite ne s’organise pas, ils entament le 11e tour avec une cinquantaine de secondes d’avance. 11 joueurs se décident enfin et partent à la chasse de l’échappée. De son côté, le Biélorusse prend le large dans la côte au dernier tour, il a 15 secondes puis une quarantaine de secondes dans la descente, il passe la ligne avec une minute d’avance. L’italien Pozzovivo est finalement rattrapé par le groupe de chasse mené par le hollandais Dekker, ce dernier gagne le sprint devant le danois Mads Christensen.
Le vainqueur n’a pas un gros CV, il vient tout juste d’être embauché par l’équipe Fassa Bartolo. Comme toute le monde attendait le Hollandais de Rabobank Thomas Dekker – ce dernier avait une revanche à prendre sur sa 2e place au contre-la-montre – personne n’a prêté attention à l’échappée du Biélorusse avec l’italien Pozzovivo. Bien caché pendant une bonne partie de la course, il est sorti à deux tours de la fin. La chasse a mis un peu de temps à s’organiser et le Biélorusse a pu garder son avance jusqu’à la ligne.
« Quand j’ai pris un peu d’avance dans la descente a-t-il expliqué en conférence de presse, je me suis rendu compte que c’était possible. J’avais mal aux jambes, mais je pouvais aller jusqu’à la ligne. » De son côté, le Hollandais Thomas Dekker est malgré tout content de sa 2e place : « deux médailles d’argent, ce n’est pas si mal. On a réussi à reprendre l’Italien dans la descente, je savais que j’avais 40 secondes de retard sur l’homme de tête, je me suis contenté de lancer mon sprint au dernier moment. » Le Danois a profité du train qui passait : « je savais l’équipe italienne très forte, on ne pouvait pas reprendre l’échappée dans la montée, je me suis accroché à la roue de Dekker dans la montée, il fait tout le travail. Nous avons pu doubler l’Italien dans la descente, je n’étais pas de tailles pour sprinter contre Dekker.
Demain c’est le tour des hommes juniors et des femmes élites d’affronter le parcours de Vérone. Les deux ont 132,750 kilomètres à faire soit 9 tours. Les juniors canadiens : Éric Boily, Brooke Boocock, Adam Thuss, Raphaël Tremblay.
Les élites canadiennes : Lyne Bessette, Nicole Demars, Manon Jutras, Amy Moore, Susan Palmer-Komar, Erinne Willock.
Les citations du jour
« J’ai réalisé mont contrat, j’ai atteint mon objectif : Je finis morte. »
Joëlle Numainville
« C’était une belle expérience, mais j’aurais aimé montrer ce que je suis capable de faire. »
Mylène Laliberté
« L’italien Pozzovivo m’a offert de l’argent, mais je préférais quand même la médaille d’or. »
Le Biélorusse Kanstantsin Siutsou qui ne manque décidément pas d’humour
« Hostie que c’est le fun le bicyk »
François Parisien se libérant de la tension de la course
Roue Libre
De Roméo et Juliette
Le Roméo du jour : François Parisien
Il organise ses affaires depuis qu’il fait des courses en France, cela dit, il n’a pas un sous en poche et mériterait un coup de pouce. Il se classe dans le même temps que le 16e à ce Championnat du monde. Nous allons nous empresser de vérifier si cela lui ouvre le carding de l’équipe canadienne.
La Juliette : Joëlle Numainville
Ce n’est pas parce qu’on fait du vélo qu’on ne doit pas être élégante, Joëlle n’oublie pas de se maquiller avant une course et a un sourire éclatant quand elle croise un objectif.
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