La qualité du programme d'entraînement du peloton professionnel épate notre collaborateur. Mais, côté alimentation, notre «petit gros» trouve ça dur !
par Dominique Perras
Quand on est originaire d'un pays où les Valentine et autres Belle Province possent comme des champignons, on se permet généralement de manger en ogre sous prétexte que l'on dépense tellement d'énergie une fois rendu sur le vélo. En Europe, toutefois, on nous fait comprendre bien vite que le poids constitue l'un des éléments cruciaux de l'entraînement.
En début de saison, la préoccupation principale des coureurs est donc de perdre les kilos excédentaires. L'entraînement à lui seul nous dicte la bonne façon de bouffer. Et si l'on a trop mangé, il faut rouler plus, tout simplement ! Le principe fondamental à retenir : un coureur perd son temps s'il roule cinq heures et qu'il se nourrit comme s'il avait roulé pendant sept heures. Que voulez-vous, deux ou trois kilos de trop font vraiment une grande différence, en montagne comme sur le plat. En effet, le sang oxygène moins bien le corps lorsque celui-ci doit composer avec un taux de gras supérieur. Des directeurs sportifs comme DeGribaldy et Bombini (les Pat Burns du cyclisme) sont devenus (tristement) célèbres, dans les années 1990, en imposant une sévère diète minceur à leurs coureurs. Mais voilà, leurs méthodes ont permis à leurs protégés d'accumuler les succès...
Remarquez, nous ne somes pas surveillés, mais je dois reconnaître que j'ai peine à m'habituer à moins manger (j'espère que ma grand-mère ne lit pas ces lignes, elle qui me trouve toujours trop maigre!). Au dernier test, après plus d'un mois de métier, j'étais encore parmi les plus « gros »... avec un taux de gras corporel de 6,7 %. Ne riez pas, certains se situent déjà entre 3 % et 4 %.
Côté entraînement proprement dit, je suis bien sûr épaté par la qualité du programme d'entraînement de mes coéquipiers et concurrents. Bien que les coureurs suivent différents programmes, tout dépendant des objectifs de chacun, ceux qui souhaitent prendre part aux épreuves de début de saison travaillent beaucoup plus en intensité. En général, l'hiver, les coureurs se concentrent sur le volume en ajoutant des exercices particuliers. La force est d'ailleurs l'aspect le plus important quand on souhaite « enrouler » les grands braquets. Par exemple, dans une sortie de quatre ou cinq heures, les coureurs feront trois fois 15 minutes en côte, assis sur du gros braquet, le reste de l'entraînement sur le plat (à 53 x 16-17). Le lendemain, ils se taperont encore quatre ou cinq heures de route avec deux fois 20 minutes à 110 révolutions par minute (rpm) à 90 % de leur seuil anaérobique, question de bien garder la souplesse et la vitesse des jambes. En moyenne, ils suivront cette routine de 17 à 25 heures par semaine en décembre et en janvier.
D'autres, surtout ceux qui visent les compétitions de juin et de juillet, y vont pour la technique plus ancienne : ils roulent de cinq à six heures par jour, cinq fois par semaine, toujours sous 120-130 pulsations, et ce, pour les 6 000 à 7 000 premiers kilomètres, avant de débuter les exercices de force. Avec les courses qui commencent si tôt, ce sont ces coureurs qui perfectionneront la forme plus que les entraînements ; à partir de ce point, avec les courses par étapes et/ou deux ou trois courses d'un jour par semaine, il ne reste plus que quelques journées pour récupérer et faire une longue sortie.
De mon côté, après une saison très longue qui a pris fin à la mi-novembre l'année dernière, j'ai roulé et skié un peu en décembre, les conditions météo n'étant pas idéales à Montréal pour rouler plus de 10 h à 15 h par semaine. J'ai aussi tenté de franchir quelques kilomètres « de volume », avec une certaine intensité depuis le début janvier, avant ce très long tour de Langkawi (Malaisie), tenu à la fin janvier. Je compte bien sur ces courses pour retrouver une bonne forme et m'habituer à ce rythme pour le mois d'avril et surtout, mai.
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