Mai 2000

Chevaucher son vélo ?

par Dominique Perras

Tout peut arriver dans le beau monde du vélo. Chose certaine, c'est ce que les vieux sages ne cessent de nous répéter. Des événements qui transforment litéralement une course, il semble que j'en vivrai des plus cocasses et des plus bizarres d'année en année. Mais quand même : celui vécu à la première étape du Volta ao Algarve (Portugal) est assez dur à battre !

Nous nous trouvons dans un faux-plat montant au coeur de pâturages. À 60 km de l'arrivée, le peloton s'étire tranquillement à l'approche du final. Puis, de la gauche, surgissent deux chevaux fous qui ont cassé leur cordes, apparemment effrayés par l'hélicoptère des chaînes de télévision. Ils sautent dans le milieu du peloton ! Cinquante coureurs passent, les autres (dont moi) sont contraints à l'arrêt total, le temps que les bêtes se calment.

Une minute plus tard, la chasse (au premier groupe et non aux chevaux !) débute. Bien sûr, personne ne nous attend devant. Quatre de mes coéquipiers y sont, donc pas de panique. Puis, c'est au tour d'un train de nous retarder encore. Mon groupe baisse les bras. Nous avons perdu 13 minutes. Qu'on soit ou non au sommet de sa forme, la course pour les points au classement général est terminée pour tous ceux qui ont le malheur de se trouver derrière à ce moment-là !

Cette course de cinq étapes à l'extrémité sud du Portugal, dont une bonne partie se déroule en montagne, a été remportée par Alex Zulle (Banesto) qui avait décliné l'invitation de participer à Paris-Nice sous prétexte qu'il «n'était pas en forme» ! Imaginez, même sans être à son mieux, il a réussi à atteindre plus de 50 km/h de moyenne dans le contre-la-montre, et à creuser l'écart en montagne devant des Portugais et des Espagnols gonflés à bloc. Le temps perdu le premier jour m'a aussi donné l'occasion d'utiliser ma tactique favorite durant la troisième étape, c'est-à-dire l'attaque au départ. Cette stratégie m'a permis de faire une échappée pendant un bon moment. J'y ai d'ailleurs éprouvé mes meilleures sensations jusqu'à maintenant.

Enfin, j'ai pris part au GP Cholet Pays de Loire, près de Nantes en France. Une course ponctuée d'une vingtaine de bosses, que nous avons passée «en bordure» (à la file indienne sur les bas-côtés de la route, à cause des vents latéraux) jusqu'à ce qu'elle explose en plusieurs groupes au 150e km. Tous les coureurs de mon groupe ont abandonné à l'entrée du circuit final, après 185 km.

Fantastique, les «oreillettes» !
Après environ deux mois de voyagement continuel (Malaisie, Croatie, Italie, Portugal, France), j'ai finalement réussi à m'installer dans mon appartement, dans un petit village situé près de Bulle, en Gruyère. Une superbe région au pied de la haute montagne et pas très loin du lac Léman. De superbes routes d'entraînement, et même si les grands cols y sont encore enneigés, pour la saison estivale, ce sera excellent. Mon coéquipier et «grand frère» Pierre Bourquenoud habite à moins de 500 m de chez moi. Ce dernier joue un grand rôle dans mon apprentissage, notamment en m'aidant à réduire mon stress et mon anxiété.

Avec des pelotons d'environ 180 coureurs, souvent sur de petites routes, il arrive souvent qu'une échappée se forme, sans que la moitié du peloton en voie ou en connaisse la composition. Mais voilà que, tant chez les amateurs que chez les pros, la venue «d'oreillettes» radio à tout changé (notre commanditaire principal, la société Phonak, nous en a d'ailleurs concocté un système sur mesure). Le directeur sportif - qui se trouve dans la caravane - peut ainsi, en permanence, tenir au courant ses coureurs de la tactique à adopter, des difficultés à venir, des coureurs qui s'échappent (grâce aux infos de radio-tour) ou encore des crevaisons et des coureurs qui attendent à l'arrière. C'est peut-être même ce qui a transformé le plus le visage du cyclisme ces dernières années, les coups et les attaques impromptus faisant place à des stratégies bien réfléchies.

Fin mars, j'ai aussi bénéficié de deux semaines de «vacances», ce qui m'a permis de rentrer au Québec brièvement, puisque c'était ma seule chance de le faire avant la fin juin. J'y ai multiplié les heures d'entraînement et les intensités, à l'approche de mes grands objectifs. Il y a 10 ans que je rêve d'être professionnel, je n'ai pas le droit de manquer mon coup au cours des prochains mois. Après les premiers mois d'apprentissage, parfois difficiles, j'espère être l'un des acteurs du peloton lors des prochaines courses.


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Guy Maguire, webmestre, info@veloptimum.net
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