par Dominique Perras
Plus de 1900 km de course en 12 jours, près de 50 heures de selle avec les Mapei, TVM, Cantina Tollo, Acceptcard et autres équipes pro, le Tour de Langkawi (Malaisie) est à toutes fins utiles un demi-Tour de France qui se déroule au début du mois de février. J'avais bien quelques kilomètres en jambes grâce à un stage en Californie, mais la perspective d'entreprendre la saison avec ma plus grande course à vie - et des coureurs tels Tafi, Lanfranchi, Ouchakov, Ivanov et Capiot - ébranlait ma confiance.
On m'avait bien prévenu de la présence d'un ennemi de taille : une chaleur accablante (près de 40 C) et un taux d'humidité pas ordinaire. Je m'étais bien préparé avec ma tuque en Californie, mais rien ne pouvait ressembler à 6 h par jour dans un sauna. C'est bien la première course où je vois des coureurs redescendre à la caravane pour s'enduire de crème solaire ! Mais à part Csezlaw, qui a souffert d'un coup de soleil sur le crâne (avec cette chaleur, plusieurs d'entre nous ne portaient pas de casque) et Sylvain (Beauchamp) qui a bronzé avec les lignes de son casque à « boudins », on s'en est assez bien tirés. Se réhydrater était capital ; il fallait consommer un minimum de deux bidons par heure. Après les courses, plusieurs coureurs en déshydration sévère ont eu recours à l'injection d'un soluté de minéraux.
Avec seulement six coureurs par équipe, la course s'est déroulée sans « pattern » préétabli et fut très ouverte. L'an dernier, Mapei avait payé les équipes australienne et kazakh pour rouler « tempo » chaque jour, ne laissant ainsi aucune chance aux échappées. Cette fois, jusqu'aux derniers jours, aucune équipe n'a vraiment réussi à prendre le contrôle de la course, ce qui nous a donné la chance de nous exprimer un peu.
La 4e étape, avec la première « vraie » bosse, devait être le premier test : un col de plus de 20 km au 167e km d'une étape en comptant 217. Je m'étais promis de rester tranquille jusqu'au pied de cette bosse, mais au 70e km, je me suis retrouvé dans une échappée avec comme seul ami un pro polonais de MROZ, Cesary Zamana (ancien vainqueur d'étape au Midi libre et au Dauphiné libéré). Je m'en suis voulu pendant les deux premières heures, me croyant à bord d'un coup suicidaire, mais lorsqu'on s'est rendu compte, au pied du col de 1 re catégorie, que le groupe de chasse de 13 coureurs ne gagnait que très peu de temps sur nous, on a augmenté la pression. Après une descente casse-cou, on a finalement été rejoints à 20 km de l'arrivée par un petit groupe incluant Tafi, Andersson et Capiot. Pour avoir basculé en tête de ce col et terminé devant, je me suis retrouvé avec un maillot à pois sur les épaules et au 5e rang du classement général. Czeslaw m'a interpellé après la course : « You think you're Gianni Bugno or what ? » J'ai bien payé pour mes efforts les jours suivants, mais ce coup a tout de même suscité un peu de respect et d'attention à mon égard.
Certains Canadiens ont brillé, en particulier la deuxième semaine. Eric Wohlberg s'est remis de ses problèmes intestinaux de la première semaine de façon plus que spectaculaire en remportant la 8e étape. Mais la performance la plus extraordinaire a été offerte par Czeslaw Luckascewicz, qui a terminé 9e au classement général et ce, en arrivant directement d'un Québec enseveli sous la neige. À 35 ans, il est toujours aussi surprenant, opportuniste et hargneux. Czeslaw s'est immiscé dans tous les coups importants sur le plat et a fait quelques « places » d'étapes. Puis, il a réussi à s'accrocher en montagne, notamment dans le terrible Genting Highlands (25 km sur 39-23 et 25 pour les connaisseurs). Czes a dit : « I need money... I have a family... I need to go... Tomorrow, l'm going to put the eleven and go like an animal!»
Grands hôtels, bonne bouffe, logistique professionnelle, etc., le Tour de Langkawi est sans aucun doute une épreuve de haut niveau. Avec une grille de prix aussi attrayante, la course est probablement solidement implantée dans le calendrier international. Espérons qu'une équipe professionnelle canadienne y sera en 2000.

Andrea Tafi s'est comporté en véritable chef de peloton. Avec son maillot de champion d'Italie, une charpente impressionnante (pour un cycliste), les cheveux toujours bien placés, il est une sorte de prima donna qui gagne son million de dollars (US). Toutefois, étonnamment, il a exercé une plus grande influence sur les organisateurs que sur les coureurs. Par exemple, à l'occasion du premier critérium, alors qu'un déluge s'est mis à sévir, Tafi s'est écarté du peloton et a réclamé que l'on annule la course.
Immédiatement, on annonce qu'il ne reste plus que deux tours (au lieu de cinq). Les coureurs semblaient trop intéressés à empocher les bourses très alléchantes, si bien que même si monsieur avait envie de rouler piano, on se retrouvait en file indienne assez rapidement.
Le coureur le plus sympatique parmi ces pros ? Sans aucun doute Johan Capiot de TVM (deux fois vainqueur de Het Volk et lauréat de quelques étapes du Tour de France). Même s'il est un sprinteur intraitable, il s'excusait chaque fois qu'il s'écartait de 30 cm, même à quelques mètres de l'arrivée. De la classe, même envers de vulgaires membres d'une équipe nationale d'un pays nordique.
Quel homme de parole et de détermination que ce Eric Wohlberg. Au matin de la 8e étape, il nous a confié qu'il se sentait bien et que nous devions attaquer car c'était notre dernière chance de remporter une étape. À 50 km de l'arrivée, il s'est retrouvé - avec Czeslaw - dans un groupe de 18 qui a pris plus de 10 min sur un peloton endormi. Il a finalement remporté l'étape en attaquant à 7 km de l'arrivée, tout juste devant Michael Barry qui a terminé troisième. Trois jours plus tard, au moment de l'étape de montagne décisive, il nous a promis qu'il attaquerait sous la banderole de départ. Chose dite, chose faite ; il a terminé 6e de cette étape après avoir pris près de 14 minutes d'avance avec six autres coureurs. Eric est en fait un «vrai» athlète : dévoué comme pas un et très organisé, il se lève plus tôt que tous pour faire ses 300 push-ups et ses crunches, roule 100 km par jour - même les jours de repos - et arrive au départ avant tout le monde pour bien préparer ses 12 bidons de produits Shaklee. Mais surtout, il est calme et très patient. Même s'il a été très malade durant les trois premières étapes, il ne s'est jamais plaint ni n'a émis le moindre signe d'abandon.
Ce qui est vraiment bien avec ces pros, ce sont ces règles non écrites qui font que la course est plus «civilisée». Ainsi, au moment des chutes, tout le peloton ralentit et attend les éclopés. Au ravitaillement, un cessez-le-feu est également observé et, généralement, personne ne prend de risque inutile, ce qui rend la course vraiment plus sécuritaire. Enfin, on peut courir sans casque, une ventilation supplémentaire par une chaleur de la sorte. Et puis ça nous permet de faire nos «frais» pour une fois !
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