Dominique Perras
Pour mon premier hiver complet au Québec depuis près de dix ans, on peut dire que j’ai été servi en quantité de neige ! Je me rappelle avoir pu rouler allégrement en mars ; ça n’a pas été le cas cette année ! On peut se demander si la saison compétitive cycliste au Québec pourra débuter en temps prévu, ou s’il faudra auparavant passer la souffleuse pour dégager les routes ! Après une poignée de sorties montérégiennes et bien peu de kilomètres roulés dehors – armé d’une cagoule, de deux tuques sous mon casque et de mitaines de motoneige –, je me suis envolé vers la Guadeloupe à la fin de mars. J’ai passé sur cette île deux semaines, dont la seconde dans le cadre des camps Vélo Mag / Vélo Québec, où j’assumais le rôle de guide et d’entraîneur.
En repérage la première semaine, j’ai découvert cette île française – l’île aux belles eaux (Karukera) –, que je n’avais jamais eu l’occasion de visiter. La Guadeloupe est formée de deux îles distinctes, telles les ailes d’un papillon, avec une végétation bien différente : Basse-Terre la tropicale, et Grande-Terre, idéale pour les amateurs du farniente ! Le terrain y est parfois plat, souvent vallonné, et aussi très montagneux, dans l’île de Basse-Terre. On y trouve quelques sacrés cols à plus de 10% de moyenne, tels que le col des Mamelles et celui de la Soufrière, point culminant qui est un volcan en activité.
J’ai été surpris du nombre de cyclistes croisés sur les routes, mais aussi de l’engouement pour les diverses courses cyclistes qui se sont tenues durant mon séjour. On me dit qu’ici, le cyclisme fait office de sport national. Pas étonnant, je présume, vu la qualité et la beauté des petites routes d’arrière-pays, et la météo favorable, bien sûr, quoiqu’il faille partir tôt pour éviter la canicule du midi. D’ailleurs, le coureur vainqueur de l’édition annuelle du Tour de Guadeloupe doit être un sacré grimpeur, étant donné les difficultés rencontrées, en particulier du côté de Basse- Terre.
En fait, il n’y a qu’un seul aspect dérangeant sur cette île, aspect qui se fait de plus en plus présent partout dans le monde, qui nous envahit peu à peu et qui continue de sévir parmi nous, amis cyclistes : l’automobile.On l’adore quand on est assis dedans, mais elle est moins plaisante quand on la rencontre et que son rétroviseur frôle notre guidon! Or, sur les magnifiques routes côtières guadeloupéennes, elle est un peu trop populaire ; il vaut mieux rouler dans les terres. Les routes de la Guadeloupe sont plutôt étroites, les accotements quasi inexistants, même si l’île est tout de même un endroit agréable pour le cyclisme. Et puis, même les courses locales sont télévisées, avec un animateur qui ferait concurrence à Louis Bertrand et qui nous a bien fait rire en interpellant toutes les 30 secondes les téléspectateurs de son accent créole : «Amis sportifs, regardez !» C’est bien ce que nous sommes : des amis sportifs !
Pendant une autre séance de vélo stationnaire dans mon sous-sol, je ressassais les mêmes vieux rêves, ceux de mes 14 ans, en regardant pour une énième fois le Tour de France de 1987 que je connais par coeur. Dans un élan d’inspiration philosophique, je ne pouvais qu’en venir à la conclusion que ce sont ces rêves qui nous permettent d’avancer ou, dans ce cas-ci, de pédaler sur place pendant des heures. De quoi ces rêves sont-ils l’expression? Je ne sais trop. L’espoir de victoires, la conviction que, suite à l’entraînement «rigoureux » de l’hiver, on se soit considérablement amélioré. Ou serait-ce simplement des rêves d’évasion? En tout cas, ces aspirations, quand j’avais 14 ans, m’apparaissaient inatteignables. J’entretenais quelque part dans mon esprit le grand rêve d’un jour pouvoir vivre de mon sport et de faire partie d’une équipe professionnelle, chose qui maintenant, force est de l’admettre, s’est matérialisée. Ce rêve était toujours maintenu loin dans mon esprit car, entre-temps, je me concentrais sur ma tâche quotidienne, qui était de me préparer à la première course du printemps ou à celle de la semaine d’après.
En recommençant à jouer au hockey ces derniers hivers, j’ai réalisé que ces rêves d’enfant ne s’atténuent pas tout à fait avec l’âge. Je vois régulièrement au parc des hommes jouer au hockey avec un chandail du Canadien et faire des montées avec une fougue d’adolescent, puis lever les bras au ciel après avoir marqué un but. Le cyclisme semble être similaire, et c’est peut-être justement le rêve qui est notre principale bougie d’allumage.
Après mon début de course à la mi-avril avec l’équipe EVA-Devinci, je me concentrerai sur mes deux objectifs principaux de la saison, le Tour de Beauce et le Championnat Canadien. Ces deux courses me font toujours rêver, et le désir de réussir est toujours aussi présent.
Allez, je repars pédaler un peu ! Il me faut réfléchir à tout cela ! Sur ce, bon printemps : enfin, l’hiver est fini ! Bonne route, amis sportifs !
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