Dominique Perras
Ça y est, j'ai mis pied à terre pour vrai au mois d'août. Je l'avais annoncé quelques semaines auparavant, ma dernière course serait la Classique Montréal-Québec. J'ai terminé à la plus frustrante des positions, soit la deuxième. Comme je quitte la compétition, je rangerai aussi la plume que j'utilise en ces pages depuis maintenant 10 ans comme coureur.
La retraite peut être un moment difficile pour les athlètes, mais on dépeint parfois ce changement de façon un peu trop négative. De fait, la compétition a un côté enivrant et elle m'a fait vivre un lot d'émotions indescriptibles. Plusieurs athlètes éprouvent des regrets; de mon côté, je m'efforce de ne regarder que ce que j'ai fait et non ce que je suis passé près de faire. Ce que j'ai fait ? J'ai eu la chance d'atteindre et même de dépasser le but dont je rêvais adolescent : être cycliste professionnel. À 20 ans, j'ai cru que tout était terminé : une opération au genou m'a forcé à deux ans d'arrêt complet. Avoir été en mesure de revenir a été, en soi, une réussite pour moi.
Mes plus beaux souvenirs ? On insiste souvent sur les victoires, par exemple, mon championnat canadien sur route en 2003, mes deux étapes au Sun Tour en Australie, mon étape au Tour de Hokkaido, la course Montréal-Québec, etc. J'ai eu d'autres résultats, à mes yeux, de plus grande valeur, comme cette 2e place au classement final du Herald Sun Tour en 2005 (après avoir été en jaune), cette 7e place au Tour de Berne et à la Japan Cup, une 11e place au Tour Trans-Canada, plusieurs top 10 au classement final du Tour de Beauce, un top 20 au Tour de Pologne, etc.
Les meilleurs souvenirs ne sont pas nécessairement ceux des meilleurs résultats, mais parfois ceux des plus beaux moments, comme d'avoir fait comme professionnel les Championnats du monde dans son propre pays (Hamilton en 2003) et d'avoir porté le maillot du meilleur grimpeur au Tour de Romandie et au Tour de Langkawi. Parfois, c'est simplement d'avoir été en échappée à tel moment, d'avoir passé un col difficile avec un groupe sélect.
La poursuite d'objectifs sportifs ne se fait pas sans les conseils et l'apport de plusieurs personnes. Il peut être périlleux de tenter de nommer tous ceux qui m'ont donné un soutien clé. Il y en a tellement que je suis certain d'en oublier, et j'espère qu'ils me pardonneront.
De mes débuts sur la piste au vélodrome olympique de Montréal, je me souviens de nos trois entraîneurs à l'école de la piste, les Pierre Lemay, Éric Van den Eynde et Jacques Naubert, puis de mes entraîneurs et encadreurs au club Montérégie, soit Richard et André Michaud, Pierre Hutsebaut, Jean Lamoureux et Simon Fournier, qui m'ont fait rêver et ont partagé avec moi leurs connaissances.
Au fil des ans, j'ai eu la chance de profiter des conseils d'autres entraîneurs, notamment Claude Lemieux qui m'a accompagné lors de mon retour après mes deux années d'absence, ou encore Martin Barras. D'autres aussi m'ont apporté une aide précieuse : mon « motard » Jacques Barriault, fidèle au soleil ou sous la pluie. Il y a aussi les bénévoles émérites, comme Jean-Yves Labonté ou Antoine Bedwani. Un merci aussi à tous les physiothérapeutes, ostéopathes, chiropractiens, massothérapeutes et autres professionnels de la santé qui ont pris soin de mon corps, et de mes blessures en particulier.
Et puis il y a tous ces collègues cyclistes, sans qui je n'aurais pas poursuivi. Je pense notamment à Daniel Belleville, avec qui j'ai développé ma passion à 15-16 ans, mais aussi mon orgueil. L'un nourrissait la motivation de l'autre, et nos entraîneurs s'arrachaient les cheveux lorsque nous transformions nos jours de repos en petite sortie de 180 km. « Ça comptait pas, ça, coach. » Il y a eu, à 19 ans, les Jean- Sébastien Béland et Roland Green, mes co-chambreurs dans notre modeste studio sans chauffage (il fallait aller rouler pour se réchauffer) à Besançon, en France, où nous rêvions de faire nos classes et de « passer » pro, et ensuite mes partenaires de camps d'entraînement et de route plus récents, comme Alexandre Lavallée, Czeslaw Lukaszewicz, Mathieu Toulouse et Martin Gilbert.
ll y a aussi toutes ces personnes qui m'ont donné un coup de main. Plusieurs m'ont soutenu lors d'une soirée de financement organisée par mon frère et ma soeur en des temps plus difficiles, d'autres m'ont donné du temps personnellement. C'est important pour moi de prendre le temps de vous remercier : ma famille élargie, mes nombreux commanditaires au fil des ans, entre autres Oakley, Time, Devinci et, plus tôt dans ma carrière, les Desmarais, Marinoni, Argon, Guru et autres, les fondateurs de l'ACDA, tels Gilles Dionne et Pierre Gagnon, les deux rédacteurs en chef de Vélo Mag, Jacqres Sennéchael ayant succédé à Pierre Hamel, Denis Lévesque du Tour de Beauce, ainsi que les nombreuses boutiques de vélo québécoises.
En terminant, merci aux deux personnes les plus importantes : ma mère, qui fut ma plus grande fan tout au long de mon cheminement cycliste, et ma femme, Élise, bien sûr ma plus grande conseillère.
Je m'investis dans deux nouveaux défis que je poursuivrai simultanément : mon entreprise d'entraînement cycliste, avelocoaching.com, avec Mathieu Toulouse, et un MBA aux HEC. Sur ce, je tiens à remercier mes lecteurs d'avoir fait route avec moi toutes ces années. Au plaisir !
| nouvelles | achat & entretien | rouler au Québec | hors Québec | sécurité | course | cyclos | montagne | industrie | quoi d'autre ? |
Page mise en ligne par SVP

Consultez
notre ENCYCLOPÉDIE sportive