Dominique Perras
C’est avec un rôle clair de mentor que j’ai accepté cette année de me joindre à l’équipe EVA-Devinci. Les jeunes coureurs de talent m’ont procuré de belles satisfactions jusqu’à maintenant. Les Jean-Sébastien Perron, George Édouard Duquette et Guillaume Boivin, notamment, ont élevé leur jeu d’un cran cette saison et ont démontré qu’on pourrait compter sur eux au cours des prochaines années. Mon rôle dans tout cela ? Avant tout de les aider à croire en leurs chances, mais aussi et surtout de leur faire comprendre qu’il faut parfois simplement un petit coup de rein de plus pour faire partie d’une échappée plutôt que de rester dans le peloton. Suis-je dur avec eux ? Oui, à l’occasion; peut-être même trop de temps en temps mais, dans le feu de l’action, il faut parfois être directif pour obtenir des résultats.
J’ai en mémoire à quel point j’ai moimême appris au contact de coureurs plus expérimentés, comme Eric Wohlberg et Czeslaw Lukaszewicz, des cyclistes très intenses eux aussi. En leur compagnie, toute l’équipe se tenait bien prête pour l’échappée – et craignait de se faire larguer de celle-ci sous peine de passer au tordeur ensuite. Nous écoutions les consignes à la lettre et acceptions de mettre les intérêts de l’équipe avant le nôtre, un autre élément pas toujours facile à gérer avec de jeunes ambitieux. Il faut parfois avoir peur du bâton, lorsqu’on est jeune en particulier, pour mettre ses ambitions personnelles de côté au profit d’un coéquipier. Cette pression, ou cette peur, nous forçait entre autres à fournir l’énergie supplémentaire pour suivre une attaque, ce qui change tout. Bien que le vélo soit un sport de «moteur » et que personne ne sera fâché si un coureur n’avance pas dans une montée ou un contre-lamontre, quand c’est sur le plat, en particulier quand le peloton ralentit, un coureur qui a un certain niveau – comme les jeunes de mon équipe – n’ont aucune excuse pour ne pas « couvrir » des attaques.
Loin de vouloir prendre le crédit de leurs résultats, je les ai trouvés impressionnants au Tour de Beauce et aux Championnats canadiens. Ils ont pris conscience de leur aptitude à faire partie d’une échappée importante. Jean-Sébastien Perron a même terminé sixième au terme d’une des étapes difficiles, en faisant partie d’une échappée au long cours. GeorgeÉdouard Duquette, un coureur de catégorie Espoir, a quant à lui réussi à tirer son épingle du jeu dans les étapes difficiles, s’échappant même lors du dernier jour de course. Guillaume Boivin, de son côté, a démontré qu’il ne sait pas que sprinter (il est actuellement lemeneur auxMardis cyclistes de Lachine), mais qu’il est aussi un coureur complet. Les autres jeunes ont été inspirés par les performances de leurs coéquipiers, comme quoi le vélo, ce n’est pas que dans les jambes que ça se passe.
Pendant ce temps, j’ai moi-même participé à ces épreuves. Avec mon entraînement limité et mon petit nombre de courses dans les jambes, je me savais trop « juste » pour viser le classement général au Tour de Beauce, mais j’avais quand même l’ambition de faire un bon résultat d’étape et, en fait, d’en gagner une. Mon meilleur résultat d’étape a finalement été une cinquième place là où je m’y attendais le moins : au critérium. J’ai bien essayé du mieux que je le pouvais lors de la dernière étape, un magnifique circuit au centre-ville de Québec, mais j’ai manqué la bonne échappée partie en début de course.Ma plus grosse déception de la semaine.
Les Championnats canadiens se sont aussi déroulés en Beauce, trois semaines plus tard. Contraint au repos forcé la semaine précédente à la suite d’une ixième bronchite, gracieuseté de la proximité de mon fils avec d’autres petits amis en garderie, je ne me sentais pas dans des conditions optimales, mais j’étais assez bien pour suivre des échappées. Cette fois, deux de mes coéquipiers ont réussi à prendre le bon wagon parti très tôt et je suis resté pris derrière avec la plupart des favoris, dont les Rollin, Parisien, Evans, Tuft et autres. Les courses de vélo ressemblent parfois à une loterie : on peut attaquer trois fois de suite, mais c’est la quatrième attaque qui réussit à partir. J’ai terminé 16e, mon moins bon résultat depuis belle lurette à cette course. La vie continue, je ralentis un peu,mais le problème, c’est que je conserve presque le même orgueil...
Pour revenir au mentorat, je relèverai aussi un défi très stimulant à la fin dumois de juillet en dirigeant l’équipe nationale junior (17 et 18 ans) de la Nouvelle- Zélande au Tour de l’Abitibi et à la Coupe des Nations. Comment en suis-je arrivé là? Un demes anciens coéquipiers «kiwi» collabore maintenant avec sa fédération et, vu la non-disponibilité du coach actuel, le Québécois Jacques Landry, ces deux-là ont pensé à moi. C’est une compétition à laquelle j’ai moi-même participé 2 fois il y a…16 ans. Le Tour, qui fête son 40e anniversaire, développe souvent les champions de demain.
Je participerai ensuite à la course Montréal-Québec le 10 août, et ce sera vraisemblablement ma dernière course d’envergure avant d’accrocher mon vélo. Je retournerai en effet aux études à la miaoût, histoire de faire unMBA aux HEC, et dirigerai en même temps ma petite entreprise de coaching, avelochoaching.com, en compagnie de mon voisin en ces pages, Mathieu Toulouse. Sur ce, j’en profite pour vous souhaiter une bonne fin de saison estivale. Roulez bien !
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