Dominique Perras
Vous connaissez peut-être le dicton : En cyclisme, on est aussi bon que sa dernière prestation. Certes, celui qui compte une grosse victoire en son palmarès dans la dernière année peut parfois s’en tirer (et même là) mais, en général, les dirigeants (et les gens du sport) ont la mémoire courte. Donc, on me juge ces temps-ci sur mes deux dernières courses, soit le Tour de Beauce et les Championnats canadiens.
J’ai eu une belle préparation en mai avec le Tour d’Irlande en premier lieu, puis avec deux belles courses à Philadelphie. Mon voyage celtique a cependant très mal débuté. Pour la première fois en maintenant 15 ans de voyage, j’ai égaré mon passeport dans un premier vol, si bien que je n’ai pas pu prendre ma correspondance. Le temps que je remette la main dessus, il ne me restait plus qu’à attendre 24 heures à Philadelphie, à l’hôtel heureusement fourni gracieusement par la compagnie aérienne. Je n’ai d’ailleurs pas tout à fait compris pourquoi on m’a si bien traité alors que la perte était ma faute ; après tout, on m’a souvent laissé à moi-même lors de retards ou d’annulations de vol de la part du transporteur.
Enfin, je suis arrivé en Irlande une journée après mes coéquipiers et pas dans les meilleures conditions. Une fois sur place, une crevaison à 5 km de l’arrivée dans une étape décisive m’a fait perdre un temps précieux au classement général. Par conséquent, je me suis mis au service de mes coéquipiers pour le reste du tour. Un beau tour de 8 jours où on a visité l’ouest et le nord du pays, avec une intrusion en Irlande du Nord. Bien sûr, la pluie était au rendez-vous, mais ce fut somme toute relativement sec. Dominique Rollin, lui, a connu tout un tour et a remporté pas moins de trois étapes.
Le Tour de Beauce est, depuis fort longtemps, la course à laquelle je pense pendant mes entraînements pénibles 11 mois par année. Arrivé avec un plein de motivation, j’ai attrapé le bon bateau le premier jour et une douzaine d’entre nous avons pris le large avec plus de 15 minutes d’avance : le tour allait se décider entre ces 12. Mais l’envers de la médaille, c’est que l’équipe du meneur au classement général, qui assume généralement le contrôle du peloton, laisse dorénavant filer n’importe quels coureurs SAUF ces 12 pour aller se disputer l’étape. Il faut faire preuve de patience…
Dans l’étape du mont Mégantic, j’ai joué mes cartes différemment et, plutôt que d’attendre la montée finale, je me suis échappé en compagnie de cinq autres pendant une cinquantaine de kilomètres.
Même si l’effort fut vain et m’a probablement coûté un peu d’énergie sur le final, le risque aurait pu être payant. Je me suis offert un contre-la-montre pas vilain, dans les 10 premiers, et j’ai terminé 5e le dernier jour pour terminer 8e au classement final. Ce résultat m’offre un des deux résultats nécessaires pour faire partie du pool des athlètes « admissibles » aux JO de Pékin. Mais qu’importe, il faudra quelques résultats extraordinaires au printemps 2008 pour faire partie de l’équipe.
Les Championnats canadiens ont été, eux, une expérience un peu frustrante et décevante, alors que je suis monté sur la troisième marche du podium pour la troisième année consécutive. L’échappée comprenait un groupe de 10 coureurs dont 4 de l’équipe Symmetrics. Ces derniers ont eu beau jeu grâce à leur surnombre dans les derniers kilomètres de la course, et je me suis fait coincer entre trois de ceux-ci ; je n’ai pas pu répondre à moi seul à toutes leurs attaques. Ce que je voulais vraiment, c’était de l’emporter et porter ce maillot une autre année, et c’est donc avec amertume que je suis rentré chez moi.
Les histoires d’athlètes au pied du mur qui rebondissent ensuite avec une performance extraordinaire m’ont toujours impressionné et inspiré. Mon coéquipier et compatriote Martin Gilbert en a vécu (et réussi) toute une. Au Championnat panaméricain, il jouait gros par rapport à son statut dans l’équipe nationale sur piste lors de la course de Madison. Cette dernière s’est déroulée de façon un peu trop ordinaire à son goût (et au goût des dirigeants de l’équipe nationale, semblait-il). Comme l’équipe canadienne est toujours en manque de moyens, elle avait envoyé bien moins que le quota de huit coureurs pour la course sur route ; on lui a donc offert de prendre une des places allouées au Canada.
Puisqu’il s’était préparé le mois précédent à faire des courses de moins d’une heure sur la piste, il s’est lancé dans la course sur route de 180km avec un rôle d’équipier de soutien. Mais la rage au coeur et le désir de se prouver, combinés au talent incroyable qu’il semble parfois ignorer, ont produit tout un résultat : à 30 km de l’arrivée, il est revenu sur deux coureurs échappés avec près de une minute d’avance sur le peloton, pour les régler au sprint et mériter un superbe titre de champion des Amériques sur route élite. Tout un revirement de situation en 24 heures ! Il porte désormais, et ce, pour un an, le maillot de champion des Amériques, et il s’est fait un nom partout sur le continent. Comme quoi un gros résultat change bien des choses !
Il reste encore près de trois mois à ma saison, qui se poursuivra principalement avec le Tour de Toona fin juillet, puis avec deux courses UCI en septembre, soit l’Univest GP au New Jersey et le Tour de Leelanau au Wisconsin. Je terminerai ma saison avec le Sun Tour en Australie, une course que j’affectionne particulièrement.
Sur ce, bonne fin d’été !
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