Dominique Perras
Je referme les dernières épingles pour fixer minutieusement mes dossards sur mon maillot, puis j'enfile ce dernier. Ensuite, j'enfourche mon vélo, qui lui aussi a un numéro sur le tube horizontal. Ahhhhhhhhhh ! Prêt pour l'attaque ! Enfin, ma saison débute ! C'est difficile de décrire à quel point je peux être fébrile sur la ligne de départ de ma première course de l'année. Je me sens comme à 15 ans, à ma toute première course à Sainte-Angèle-de-Monnoir.
J'adore ce sport ! C'est sûr que c'est plus facile de l'aimer sous un radieux soleil californien, au bord de la mer, à la première étape de ce Tour de Californie qui s'annonce extraordinaire, avec de nouveaux vélos, de nouveaux vêtements, etc.
Suis-je en forme? J'en doute, j'ai toujours un peu de mal en février, notamment parce que je passe une partie de mon hiver au Québec. Il est bien difficile de savoir exactement où on se situe avant les premières courses. J'ai bien passé un mois en Espagne avec mon collègue Mathieu Toulouse, mais je suis quand même à court d'entraînement. Qu'importe, ce sera une semaine de rendez-vous avec la souffrance, mais la motivation y est.
Au fil des années et des chroniques en ces pages, j'ai probablement épuisé tous les clichés pour parler des grandes courses. Tout de même, le Tour de Californie figure bien haut dans le palmarès des belles courses auxquelles j'ai eu la chance de participer. Ou peut-être que c'est mon petit côté « cadet » qui est toujours impressionné dans des épreuves d'envergure. De San Francisco à Los Angeles, d'excellents hôtels, des routes superbes, pas une goutte de pluie en huit jours, un peloton très relevé, aucun problème de sécurité et une foule impressionnante, tout y était. L'organisation a même offert un iPod à chaque coureur au départ, de quoi satisfaire le gamin matérialiste qui sommeille en chacun de nous.
Comme vous le savez peut-être, c'est Floyd Landis qui l'a emporté après avoir dominé le contre-la-montre. Comme au Tour de Géorgie ces deux dernières années, ça a été une bataille royale entre les meilleurs Américains.
De mon côté, je visais un résultat d'étape grâce à une échappée qui irait au bout. Pour ce faire, il valait mieux laisser passer les journées décisives du début du Tour, au cours desquelles la bagarre pour le classement général allait vraisemblablement se jouer. J'ai tout misé sur les cinquième et sixième étapes. Ces deux jours-là, j'ai réussi à être dans plusieurs coups, mais la combinaison parfaite n'y était pas, et des équipes non représentées ont entamé la chasse. Lors de la sixième étape, sur les routes près de Santa Barbara et de Ventura que je connais bien pour les avoir sillonnées plusieurs hivers durant, un groupe de sept dont je faisais partie s'est échappé. Nous avons pris près de deux minutes d'avance, puis Viatcheslav Ekimov a tenté de nous rejoindre. Il n'était qu'à 10 secondes de nous, mais mes comparses ne voulaient pas l'attendre. Grosse erreur, car sitôt qu'il s'est relevé, son équipe, Discovery Channel, s'est mise à notre poursuite, si bien que notre aventure s'est terminée 40 km plus loin... Dommage, surtout que l'équipe Phonak de Floyd Landis, qui contrôlait le peloton la majorité du temps, n'en avait que faire et nous aurait bien laissés aller au bout. Mon bilan est quand même positif, me sentant mieux de jour en jour.
Mes coéquipiers ont aussi été très actifs tout au long de la semaine. Tant qu'à n'être pas là pour la victoire au classement général, mieux vaut essayer, ce qui a valu pas mal de temps d'antenne à nos commanditaires ravis. Et ce type d'échappée fonctionne 1 fois sur 10.
Côté sooooooooocial, c'est avec grand plaisir que j'ai pu converser en français à table et dans ma chambre, à mon camp d'entraînement et à ma première course, grâce au renfort de Martin Gilbert. Ce dernier a découvert un autre niveau de compétition, un défi qu'il saura relever en y mettant travail et patience.
Et puis j'ai finalement eu le feu vert pour aller célébrer la reine et participer aux Jeux du Commonwealth. Fin mars, je me dirigerai vers Melbourne, en Australie, où je participerai à une course sur route d'environ 180 km, qui sera disputée sur un circuit urbain d'une quinzaine de kilomètres. Le parcours compte trois petites montées par tour, et vu que le nombre de coureurs est limité à six par pays, il est fort possible qu'une échappée aille au bout. Je compte bien tout faire pour être dans le coup. Si néanmoins cela arrive groupé, alors nous nous mettrons tous au service de Gord Fraser, qui est de loin le coureur canadien le plus rapide. Ce seront mes premiers Jeux et je suis très motivé, d'autant plus que je me suis fait une kyrielle d'amis à Melbourne au cours des deux années que j'ai passées avec une équipe australienne. En outre, ma femme m'y accompagnera, ce qui rendra le tout encore plus particulier. Ensuite viendra le Tour de Géorgie en avril, une épreuve que je ferai pour la quatrième année consécutive. Sur ce, je vous souhaite un bon printemps.
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