Dominique Perras
Le Tour de Géorgie a été, c'est le moins que l'on puisse dire, une course épique. Tout d'abord, météo: nous sommes passés par toutes les saisons en six jours. De l'été suffocant à la tempête tropicale, de la grêle à la neige, du calme plat aux bourrasques de vent.
Déjà, tout cela suffit pour faire mal au corps. Mais voilà que les meilleurs Américains, dont certains ont terminé plus d'une fois dans les 10 premiers au Tour de France (euh... dont un certain, 6 fois...), décident de régler leurs vieux comptes en Géorgie, et que ce tour devient le concours de celui qui, avec son équipe, peut «pisser le plus loin». Ah! l'orgueil! Enfin, disons que les Landis, Julich, Leipheimer et Armstrong n'étaient pas en vacances. Bien sûr, le fait qu'Armstrong ait annoncé que c'était sa dernière saison et donc, vraisemblablement, sa dernière course en sol américain, a avivé les foules. Oui, les encouragements nous font rouler un tantinet plus vite, quoique 99 % d'entre eux aient été destinés à une seule personne : «We love you, Lance! We're going to miss you. »
Quant à moi, je visais un bon résultat au classement général, le top 10 même. Cet objectif s'est avéré un peu trop ambitieux. Il reste que je suis quand même content de ma semaine, et surtout d'avoir eu des bonnes jambes les trois derniers jours. Je comprends que pour plusieurs, je n'ai obtenu qu'une modeste 28e position au classement général, mais compte tenu qu'une très grande partie des coureurs devant moi sont de solides protagonistes au Tour de France, je suis satisfait de mon effort.
J'ai eu une bonne journée lors de la dernière étape, alors que je me suis échappé au 100e des 202 km, en compagnie de l'Américain Dany Pate, de l'Allemand Sven Kreus et de l'Italien Andrea Tafi qui en était à sa dernière course en carrière. Malgré mon handicap de 30 ou 40 livres par rapport à ces trois gros rouleurs, je me sentais bien, du moins suffisamment pour effectuer ma part équitable du travail, et nous avons très bien collaboré. J'ai même pu remporter, grâce à une petite attaque au bon moment, un sprint intermédiaire valant 2500$, de quoi payer le cheeseburger, comme on dit. Ce même Tafi, en bon Italien émotif, nous a bien fait rire – et fait mal – avec, à chaque tour, ses sprints inutiles, juste pour la foule, alors qu'il était un peu moins fringant sur le reste du parcours. Tout pour épater la galerie, tel un coureur cadet. Bref, nous avons tenté notre chance, mais nous avons été repris à moins de 15 km de l'arrivée.
Deux jours après la Géorgie, je me suis envolé vers l'Argentine pour les championnats panaméricains.
Cette épreuve est fort importante pour le classement de notre pays au sein de notre continent, puisqu'elle compte le plus grand nombre de points et que les cinq premiers pays au classement des Amériques seront retenus pour les championnats du monde.
C'est à la station balnéaire de Mar del Plata que se déroulait la course; j'ai vraiment eu une bonne impression de ce pays. Les gens y sont très accueillants, et j'aimerais beaucoup y retourner pour une période plus longue. Il faut dire que la crise économique qu'ils ont vécue en 2001 a dévalué leur monnaie de façon si importante que la vie est très abordable pour nous. Je n'aime pas faire de la consommation et du capitalisme mes critères touristiques, mais ce pays semble l'endroit idéal pour faire un voyage économique de qualité...
Pour en revenir à la course sur route, le parcours était pour le moins simple : un circuit de 9,3 km aller-retour sur le bord de la mer, avec une toute petite côte, à faire vingt fois, pour un total de 186 km. Il y avait bien un peu de vent, mais en fait, le plus grand obstacle a été les nombreux chiens errants qui ont causé plusieurs chutes (!).
Il y a quelques choses de particulier et d'inhabituel à se pointer à la ligne de départ en ne connaissant presque aucun de ses adversaires. En fait, on y va de façon empirique, en se fiant aux pays et à la réputation de ceux-ci. La tactique de mon équipe était fort simple : assigner trois ou quatre coureurs pour couvrir toutes les échappées, et conserver deux coureurs frais en cas de sprint final, pour essayer, au minimum, d'avoir un coureur sur le podium. Je faisais partie du premier groupe de coureurs. À 20 km de la fin, je me suis retrouvé dans ce qui semblait l'échappée finale de huit coureurs. Avec un coureur de chacun des pays favoris sauf l'Argentine, nos chances semblaient bonnes et, franchement, avec de bonnes jambes, j'y croyais. Dans la petite côte à 4 km de l'arrivée, j'ai tenté de m'extirper du groupe, mais au sommet, un Colombien m'a contré. J'ai tenté de boucher le trou à plusieurs reprises, mais je n'ai pas obtenu l'aide de mes compagnons d'échappée. Je ne sais pas s'ils misaient sur le fait que j'allais les ramener, ou bien s'ils étaient trop fatigués, ou encore s'ils pensaient déjà à la seconde place, ou enfin s'ils préféraient qu'un Sud-Américain l'emporte face à un Américain septentrional (quoique je n'aime pas trop les théories des complots). Enfin, pour les 4 derniers kilomètres, mon groupe était au mode «observation» et «attente du sprint», laissant le Colombien filer, à ma grande frustration. À 500 m de l'arrivée, le peloton nous a dépassés comme un boulet. Heureusement, Charles Dionne avait encore des réserves et a réglé le sprint du peloton, terminant au 2e rang. Un très bon résultat pour le Canada. Mission accomplie.
* Le maté est une boisson chaude typiquement argentine, à base de feuilles de l'arbre du même nom.
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