Dominique Perras
Quelques vols transcontinentaux plus tard, j'ai fait mes premières courses en Californie. J'ai pris part à une fin de semaine de course dans la palpitante municipalité de Merced, près de Fresno, puis à une mini-course par étapes à San Dimas, en banlieue de Los Angeles. Enfin, j'ai participé à la Redlands Classic, assez proche de L.A. pour que le smog couvre bien les montagnes environnantes. Chacune de ces compétitions fut espacée par une fin de semaine sans course, ce qui fait que je suis un peu plus en mode d'entraînement qu'en mode compétition comme ces dernières années. Je ne m'en plains pas, mais c'est plus difficile de savoir exactement où j'en suis.
Redlands était la plus importante des courses de début de saison pour les équipes américaines, incluant la mienne (Kodak Gallery/Sierra Nevada). Après la domination de l'équipe Healthnet lors des premières épreuves, il était temps de mettre en oeuvre certaines stratégies pour au moins essayer d'ébranler cette équipe. Ça a presque fonctionné, mais on y a aussi perdu des plumes. En temps normal, l'étape de la montée d'Oak Glen est décisive. Pour bien y faire, il faut généralement conserver un maximum d'énergie avant la montée finale, car l'étape fait quand même 170 km. Le plan de mon équipe pour mettre Healthnet en difficulté était que je porte de multiples attaques avant cette montée, pour forcer cette équipe à chasser, ou même me rendre au pied de la montagne avec une certaine avance. Cela devait donner à notre coureur le mieux placé du moment – Ben Jacques-Maynes – une occasion de rester dans les roues jusqu'à la montée finale.
Malheureusement, mon groupe s'est fait rejoindre tout juste avant la montée finale, et une combinaison de facteurs (deux crevaisons et les aléas d'une mauvaise journée) a fait que mon coéquipier s'est soudainement retrouvé en difficulté dans la dernière montée, me laissant alors le fardeau d'essayer de suivre les meneurs... après tous ces efforts! Enfin, après ce petit sacrifice pour mon coéquipier, je termine 20e au classement général. Rien pour écrire à ma mère, que je salue en passant, mais au moins je ne suis pas trop loin d'avoir un vrai résultat.
C'est avec un oeil attentif, bien sûr, que j'ai suivi les derniers efforts d'un groupe de la région de Québec ainsi que de la Fédération québécoise des sports cyclistes pour la promotion d'un vélodrome près de la capitale. Wow! Quel super projet! Je comprends que les deniers publics sont rares et que l'on tente de réduire la taille de l'État, mais j'espère vraiment que ce projet trouvera preneur. Oui, il fait froid ici pour pédaler dehors l'hiver... Un PPP peut-être?
La trentaine entamée et 15 années de vélo derrière la cravate (celle que je suis content de ne pas porter!), je fais maintenant partie des coureurs plus âgés. Ce qui nous donne le droit de faire part de notre grogne quant à l'évolution de notre sport. «Dans mon temps, avec nos cale-pieds, les câbles en dehors, on n'était pas des mauviettes comme vous, les jeunes; on n'avait pas peur d'aller rouler dehors par -20 °C sans tuque ni gants.» Non, non, ce n'est pas dans ce sens-là que je veux grogner. Mais enfin, je note quand même – d'après les commentaires de familles, d'amis et d'amateurs – que la venue d'Internet semble avoir changé la perception des amateurs, et pas toujours de la bonne manière. Les internautes, qui suivent de façon quotidienne les résultats, jugent de plus en plus de la qualité des cyclistes par leurs résultats finaux. «Ah, le coureur X a fini à 10 minutes, ça ne va pas bien!» Euh... Sauf que le coureur X a dû chasser des échappées toute la journée pour son leader, alors son résultat importe peu.
Comme dans beaucoup d'autres situations, ce n'est pas toujours aussi simple que ça en a l'air. En général, il est bien difficile de juger de la performance absolue ou de la valeur d'un coureur en ne se basant que sur le résultat final, mis à part le top 5, et encore. Les dirigeants évaluent généralement les coureurs à la fin de la saison par leurs deux ou trois résultats les plus importants. Parce qu'ils savent que d'autres éléments entrent en ligne de compte, que ce sport est avant tout un sport d'équipe et, par conséquent, que ce n'est pas à chaque course que chaque coureur essaie de «faire un résultat». Et bien sûr, la saison est longue. Ainsi, Untel s'est échappé de façon courageuse, mais s'est fait reprendre vers la fin; telle équipe a «sacrifié» quatre ou cinq coureurs pour chasser une échappée; Untel était malade, X a chuté, un autre a été victime d'une crevaison à un mauvais moment, un autre encore se «sauve» les jambes pour l'étape du lendemain, etc. En fait, c'est peut-être cet aspect de notre sport que je trouve le plus séduisant: chaque course est une histoire en soi, avec ses multiples chapitres. J'ai juste peur qu'on oublie de vous la raconter...
À venir, le tour de Géorgie fin avril, ce qui, je vous en ai assez parlé, est maintenant la plus grande course aux États-Unis. J'y aurai le soutien de ma fiancée et de ma mère. Puis je m'envolerai presque immédiatement pour les Championnats panaméricains à Mar del Plata, en Argentine. Ce sera mon premier périple en Argentine, mais ce ne seront pas des vacances. Avec Roland Green, Svein Tuft et Charles Dionne, j'ai été choisi pour représenter le Canada. Notre tâche est simple: amasser un maximum de points «continentaux» pour qualifier le Canada pour les prochains Championnats du monde. Comme discuté en ces pages récemment, le classement du Canada au sein du classement continental (America Tour) déterminera si nous irons ou non aux Championnats du monde, et quel sera le nombre de partants. J'aurai donc amplement à vous raconter dans le prochain numéro!
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