Émotions de fin de saison 23 décembre 2005

Émotions de fin de saison

Dominique Perras

Quel beau temps avons-nous eu cet été au Québec ! En tout cas, de mon côté, il y a eu de l'action ces derniers mois, particulièrement en septembre. Du Grand Prix de San Francisco jusqu'au Championnat du monde en passant par la signature d'un contrat à très, très long terme, à vie en fait, non pas avec une grosse équipe mais avec celle qu'il convient d'appeler dorénavant ma femme, l'exquise Élise.

Le GP de San Francisco avait lieu le 4 septembre. Pour tous les coureurs sur la scène américaine, cette course revêt une grande importance, au même titre que le Tour de Géorgie et le Championnat américain à Philadelphie. Pour les Canadiens, c'était la dernière course comptant pour la sélection au Championnat du monde. En vertu de notre classement continental au mois d'août, le Canada avait droit à trois places. Deux ont été rapidement attribuées : une à François Parisien, champion canadien, et l'autre à Michael Barry, un choix sans équivoque. Il restait donc une place...

L'avant-veille de la course à San Francisco, quelques coureurs dont je faisais partie ont été invités à assister à une activité de financement «haut de gamme» (les gens avaient payé jusqu'à 500 $ le couvert) pour la lutte contre la maladie de Parkinson dont souffre Davis Phinney, le premier coureur américain à gagner une étape du Tour de France dans les années 80. Cette soirée fut pimentée par l'acteur Robin Williams, venu vendre à l'encan un de ses 80 vélos. C'était drôle de voir tous les «Euros» tels Basso ou Hoy prendre des photos comme des groupies, eux qui jouent habituellement le rôle inverse.

La course emprunte le même parcours chaque année : un circuit urbain avec deux montées atrocement abruptes (oui, oui, plus raides que la côte de la misère de Saint-Joseph-de-la-Rive). Pour les initiés, j'utilisais un 36 X 25, mais plusieurs avaient un 39 X 29 comme plus petit développement. Oui, c'est raide. Il faut de bons triceps, ces muscles que l'on utilise si peu souvent.

Contrairement à l'année dernière, la bagarre a éclaté tôt. Peu à peu, un groupe de 40 s'est formé à l'avant. Après un écrémage progressif, un groupe de cinq s'est échappé, incluant un de mes coéquipiers, Glen Mitchell. Je me devais donc d'être plus tranquille à l'arrière, ses chances de podium étant légitimes.

Vers la fin, la course a explosé, et c'est pratiquement un à un que ça s'est terminé. J'ai terminé au 10e rang. J'étais le meilleur Canadien, tout comme à Philadelphie et en Géorgie. Mais là , attention : aucun Canadien ne fait la course pour battre ses concitoyens. Le but premier est de gagner la course et de jouer son rôle dans son équipe. Mais, dans une perspective de sélection, cela entre normalement en ligne de compte. Ce ne fut pas le cas cette fois-ci. Je fus nommé premier réserviste derrière Ryder Hesjedal. J'étais déçu, mais bon, (mon amour pour) le cyclisme continue.

Côté chute ou cascade, il en faut bien une par année. J'ai vécu ma première et j'espère la seule chute de ma saison 2005 à un fort mauvais moment, au Univest Grand Prix. Dans l'échappée finale de 5 coureurs à 15 km de l'arrivée, j'ai fait une crevaison sur la roue arrière, en plein virage. Paf ! et hop ! les quatre fers en l'air, sonné. Course terminée après un trop long service. C'est toujours très frustrant de quitter un état avancé de concentration, de réflexion sur les façons de gagner la course, pour se retrouver, quelques secondes plus tard, K.O. au bord de la route, hors course. Et puis... ça fait mal, au sens propre comme au figuré.

N'étant pas choisi pour le Championnat du monde mais voulant préparer le Sun Tour, je me suis tapé un bloc de quatre jours d'entraînement cette semaine-là , anticipant une dure fin de semaine vu mon enterrement de vie de garçon. Voilà que le vendredi, la quatrième journée de mon bloc d'entraînement, après quatre heures solides sur le mont Royal, j'ai reçu un appel : on me demande de remplacer Michael Barry, malade, au Championnat du monde. Le soir même, j'ai pris l'avion et je suis arrivé à Madrid le samedi à 15 h. Une petite sortie, un massage, un souper, et au lit, pour prendre le départ le lendemain à 10 h.

Finalement, compte tenu des circonstances, je me suis assez bien débrouillé, n'étant distancé par le groupe principal qu'à un tour et demi de l'arrivée (30 km) avec une quinzaine d'autres coureurs. J'aurais bien aimé terminer, mais comme la plupart des mes comparses ont mis pied à terre lors du dernier passage à la ligne, il ne me donnait rien de poursuivre seul, pour la forme. À ce niveau, finir pour finir ne vaut pas grand-chose. Bref, moins de 46 heures en Europe, mon record de rapidité, et une petite interrogation : qu'est-ce que j'aurais pu faire si j'avais été reposé et remis du décalage horaire ?

La semaine suivante, j'ai vécu un des forts moments de ma vie, sinon le plus fort jusqu'à maintenant. J'imagine que la naissance d'un enfant supplante ce moment, mais toujours est-il que ma compagne et moi nous sommes unis, puis avons célébré le tout en excellente compagnie, avec 130 parents et amis. Un feeling difficile à expliquer, que sûrement plusieurs d'entre vous ont vécu.

Avant de partir en lune de miel en Argentine et au Chili fin octobre, je me suis envolé en Australie pour ma dernière course de la saison, le Herald Sun Tour*. L'an prochain ? Je devrais continuer au sein de la même équipe, avec un calendrier similaire. Il y aura aussi les Jeux du Commonwealth à Melbourne, en mars ; il semble que je ferai partie de l'équipe canadienne. Entre-temps, je vous souhaite une bonne fin d'automne et un bon hiver. * Avant son voyage de noces, Dominique a terminé cette course autralienne 2e de sa catégorie.


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