Dominique Perras
Début juillet, je profite d'une pause sportive de quelques jours. Je ne roule pas et dois me changer les idées. Alors je regarde le Tour de France à la télé. Je sais, je sais, ce n'est pas tout à fait «me changer les idées», mais la Grande Boucle, c'est comme une drogue.
J'attendais juin depuis décembre. Après un bon printemps, j'espérais bien vivre un mois de juin similaire (sinon meilleur) à celui de l'an dernier. Fin mai, au Tour du Connecticut, un tour de cinq étapes «optionnelles», j'ai remporté le maillot de meilleur grimpeur. À la Housatonic Valley Classic, j'ai filé dans une échappée de 130 km à deux avec Chris Horner, une journée dont je me souviendrai longtemps.
À deux, il est difficile de sauter ses relais même si on est à bloc et qu'on se retrouve avec un coureur plus fort que soi. À chaque minute, on a la curieuse envie d'être dans la prochaine minute! D'accord, j'ai été rattrapé à 5 km de la ligne d'arrivée, mais au moins je confirmais ma forme.
Puis, début juin, vint la semaine des trois courses USPRO/Wachovia (Pennsylvanie). J'ai eu une vilaine malchance lors de la première épreuve, devant abandonner à la suite d'un bris de chaîne au cinquième kilomètre. Le jeudi, à la deuxième épreuve à Trenton, j'ai terminé au sein du premier groupe dans le même temps que le vainqueur, ce qui m'a permis de mettre la main sur mon dernier critère de sélection pour les Jeux olympiques. Je pouvais enfin me concentrer sur deux épreuves-clés: le Grand prix cycliste de Beauce et les Championnats canadiens.
Le dimanche, à l'USPRO Championships (250 km), je me sentais très bien dans les côtes, mais la distance importante entre la dernière difficulté et l'arrivée ont provoqué un «embouteillage» de 40-50 coureurs à l'arrivée. De mon côté, j'ai tenté d'aider de mon mieux l'un de mes coéquipiers (Erik Saunders) au sprint et j'ai franchi la ligne au milieu du groupe.
Vint ensuite la Beauce, la course que j'affectionne le plus. Après une première étape superbe sur Grande-Allée au centre-ville de Québec, mais sans véritable action au sein du peloton, les choses se sont bien mises en marche à la deuxième étape. Nous étions 17 coureurs – tous les favoris étaient là – à nous être échappés au 20e km des 180 km prévus. Je me sentais très en jambes; nous avions alors une avance de plus de 15 min sur le peloton.
Le classement général allait être l'affaire de ces 17 coureurs. Mais cette avance a aussi joué contre moi: l'équipe ATI-Action du leader Brozyna a laissé filer des coureurs pas dangeureux, un privilège auquel je n'ai pas eu droit parce que j'étais trop près des meneurs. Depuis des années les coureurs d'Europe de l'Est sont si omniprésents en Beauce qu'il faudra repabtiser ça le Grand prix cycliste de Beauczsky.
Au mont Mégantic, un obstacle que je connais bien mais que j'ai du mal à vaincre, j'ai grimpé à mon rythme plutôt que d'attaquer comme l'an dernier. Si mon contre-la-montre a été moins solide que l'année passée, je me suis surpris en terminant cinquième au sprint à la dernière étape. Au classement final, j'ai fini treizième et premier Canadien (pour ce que ça vaut en cette année olympique), un peu moins bien que ma 8e place de 2003.
Championnats canadiens à Kamloops (Colombie-Britannique). D'une part, je voulais vraiment défendre mon maillot unifolié; d'autre part, je savais que même si cette épreuve ne comptait pas «officiellement» pour la sélection finale, elle est importante pour le comité de sélection des Jeux.
Le circuit était assez difficile et on a roulé sous une chaleur torride; parfait pour moi. Mais en cette année olympique, il y avait comme deux courses en une, et ayant remporté l'épreuve l'année d'avant, la course au titre et à la qualification représentait une grosse commande. Bref, il y a eu une échappée de coureurs non qualifiés pour les Jeux. Eric Wohlberg et Gord Fraser ont réussi à s'échapper dans la descente. Fraser l'a finalement remporté.
Je n'ai que moi à blâmer pour mon manque de vigilance. Derrière, nous nous sommes «enterrés» plutôt que de nous entraider, c'est-à-dire que nous nous sommes attaqués à chaque montée et avons peu collaboré sur le plat. Atteint tant au moral que dans les jambes, j'ai abandonné avec 40 km à faire. La grande déception de ma saison.
La sélection pour Athènes, vous la connaissez. Chez les hommes, Michael Barry, Gordon Fraser et Eric Wohlberg ont été retenus. J'ai été nommé premier réserviste et Charles Dionne sera le second.
J'ai été bien sûr déçu de ne pas être du groupe, croyant que j'avais de solides arguments en ma faveur (meilleur Canadien au classement général et seul à pouvoir suivre les meilleurs aux deux étapes décisives du Grand prix de Beauce; le parcours difficile d'Athènes, un «plus» pour moi; mes bonnes qualités d'équipier, etc.), mais je suppose que tous les athlètes qualifiés avaient cette perception d'eux-mêmes. J'accepte la décision du comité de sélection. C'est probablement en manquant la bonne échappée aux Championnats canadiens que j'ai perdu ma sélection. Après cette course, Gordon Fraser méritait pleinement sa place, ce qui ne laissait plus qu'un poste disponible. Enfin, je sais depuis des années que pour déloger des coureurs déjà en place et au sommet depuis des années, il faut nettement mieux performer qu'eux.
Je prépare maintenant la deuxième partie de ma saison. D'une part, je veux être prêt au cas où l'un des trois coureurs choisis pour Athènes se blesserait ou tomberait malade; d'autre part il reste de belles épreuves au programme, notamment le tour de Toona à la fin de juillet, Montréal-Québec, mais surtout mes deux principaux objectifs: le Grand prix de San Francisco et les Championnats du monde à Vérone (Italie).
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