Dominique Perras
Je passe le mois de juillet en Belgique et il y a peu de courses au programme. Je suis donc branché sur la retransmission en direct du Tour de France. Ça occupe une grosse partie de mon horaire, mais j’ai évidemment réservé quelques moments pour vous écrire.
Je vous parle de mes objectifs du mois de juin depuis six mois, c’est-à - dire faire bonne figure au Grand Prix cycliste de Beauce et aux Championnats canadiens. J’ai vécu des moments difficiles en début de saison en pensant à ces deux épreuves. Eh bien! ça en a valu la peine: en juin, j’étais au top de mes capacités. Je ne pouvais rêver à une meilleure issue. J’en reviens pas encore.
D’abord la Beauce. J’avais encore des doutes sur ma forme à ce moment malgré une très bonne course à Philadelphie la semaine précédente. La première étape, avec la montée (neuf fois) de la côte Gilmour à Québec (quelle belle initiative de la part des organisateurs) m’a redonné confiance en mes moyens. Dommage qu’il m’ait manqué un peu de jus dans la dernière ascension; Lieswyn et Baldwin en ont alors profité pour donner au peloton un avant-goût de la semaine.
Ces gars-là ont bel et bien été les plus forts de cette course par étapes. Quant à moi, j’ai terminé à la 8e place. Toute la semaine, nous avons prédit que les 7-Up ne seraient pas assez solides pour préserver le maillot de Lieswyn, mais ils nous ont prouvé le contraire. Chaque jour, ils ont laissé filer une échappée de six ou sept coureurs. Cette échappée comprenait toujours des représentants de chaque équipe importante, mais c’étaient des gars qui se trouvaient un peu loin au classement; cela permettait à l’équipe de Leiswyn de mieux contrôler le peloton et de reprendre les fugitifs à quelques kilomètres de l’arrivée. Mon équipe comptait quatre coureurs dans les 12 premiers, mais nous n’avons jamais réussi à ébranler ou à menacer réellement leur leader. Il a porté le jaune du début à la fin.
Je visais une place dans les cinq premiers au général. Je termine avec un seul regret, celui d’avoir attaqué trop tôt au mont Mégantic et coincé dans les deux derniers kilomètres. Pourquoi ce regret? Parce que j’avais un plan au départ. Toutefois, avant la montée finale, j’ai eu un doute sur la qualité de mes jambes. Dans les premières pentes raides, après quelques à -coups, je me suis dit que les autres étaient au ralenti, et j’ai attaqué sur un coup de tête.
Puis, un peu emporté par mes ambitions et ma motivation, je suis allé en «sur-régime» et j’ai payé cher cet effort. Mes adversaires, plus conservateurs (et peut-être plus réalistes) m’ont rattrapé et laissé en plan à moins de 2 km du but. Le lendemain, j’ai fait un de mes meilleurs contre-la-montre, mais j’ai quand même cédé une minute aux quatre ou cinq meilleurs. Finalement, au classement général, nous étions trois de mon équipe parmi les onze premiers, ce qui était déjà pas mal.
Chose certaine, j’ai tiré une leçon de tout cela à l’approche des Championnats canadiens tenus la semaine suivante: je devais être plus calme et respecter mon plan de course, bref faire fi de mes impulsions et de mes moments d’irrationalité une fois emporté dans le feu de l’action. Pour me donner toutes les chances de réussir, j’ai d’ailleurs fait une chose que je n’avais pas faite depuis mon passage au programme sport-études à l’école secondaire: j’ai consulté Christiane Trottier, une psychologue sportive. Avec elle, j’ai élaboré un plan qui m’a aidé à me calmer, à m’assurer que je réservais mon énergie pour les bons moments. Je n’ai donc cessé de me répéter: «Sois attentif, sois attentif.»
J’ai donc pris part aux Championnats canadiens, qui se déroulaient sur le parcours des Championnats du monde d’octobre. Une boucle de 12,5 km avec deux côtes au centre de Hamilton.
Avant le départ, j’avais deux grandes préoccupations: le fait que plusieurs de mes adversaires allaient être épaulés par des coéquipiers de leur équipe américaine (Dionne et Wohlberg par deux coéquipiers Saturn; Walters par deux Navigators; parmi les favoris, seul Michael Barry était orphelin comme moi), et un ganglion enflé dans le cou depuis deux jours qui, avec le recul, ne m’a pas trop nui.
Ma stratégie : attendre à trois tours de la fin et, à ce moment, trouver l’occasion idéale d’attaquer. J’ai eu un coup de chance: les coureurs étrangers, plutôt que de simplement aider leurs coéquipiers canadiens, ont également décidé de «faire la course». Nathan O’Neil (Saturn) et Vassilli Davidenko (Navigators) ont donc pris la poudre d’escampette dès le premier tour, à mon grand bonheur. Je me disais: «Plus ils seront loin, moins ils pourront aider mes vrais adversaires.»
Comme les autres étaient en surnombre, je me suis concentré à fournir un minimum d’énergie. La course s’est révélée fort tranquille dans les premiers 100 km et j’ai réussi à me contrôler; j’ai pas attaqué inutilement (je panique souvent quand c’est facile). À cinq tours de la fin, Corey Lange a porté une attaque avec Will Frisckorn de Saturn dans sa roue, qui ne l’a pas relayé. À quatre tours de la fin, profitant d’une autre attaque du vieux renard Czeslaw Lukascewicz, j’ai rejoint Dionne et Walters et pris un léger avantage sur Barry et Wohlberg, les deux autres coureurs les plus menaçants.
Dans la montée suivante, j’ai vite fait le calcul: si Dionne et Frisckorn prennent les devants, ils contrôleront tout et organiseront une arrivée groupée. Et quand Barry et Wohlberg reviendront, il y aura un temps mort. Mon plan venait donc de prendre le bord. À trois tours et demi, j’ai attaqué trois fois et finalement réussi à m’échapper. Dans la côte suivante, j’ai repris Lange, espérant qu’il s’accroche un peu pour m’accompagner, ce qu’il n’a pas été en mesure de faire. Frisckorn est resté bien calé dans ma roue pour les 40 derniers kilomètres. Derrière? J’imagine qu’il se sont regardés et qu’ils ont attaqué un peu. Chose certaine, je me suis rendu à l’arrivée avec un peu moins d’une minute d’avance, savourant les derniers mètres.
Je termine donc troisième, derrière O’Neil (Australie), parti tôt, et Frisckorn, qui s’est collé à ma roue dans les 40 derniers kilomètres de championnats canadiens ouverts pour la première fois aux étrangers. Tout ce qui comptait pour moi, c’était d’être le premier Canadien, d’enfiler le maillot unifolié pendant un an et de me qualifier d’office pour les Championnats du monde.
Voulez-vous savoir à quoi je pensais dans les derniers kilomètres, à un moment où la souffrance se faisait de plus en plus présente? À un autre phrase de ma psy: «Tu le mérites, ça fait assez longtemps que tu travailles pour ça.» J’ai été de ceux qui doutent des bénéfices réels de ce type de consultation. Après tout, je me dis qu’il faut surtout la condition physique pour l’emporter (j’ai eu si souvent une motivation extraordinaire et les jambes n’étaient pas au rendez-vous), et un peu de chance bien sûr. Mais l’expérience a été très avantageuse pour moi; mieux que d’habitude, j’ai réussi à canaliser mon énergie et ma concentration.
Je vais le savourer ce maillot. La semaine qui a suivi les Championnats, je reconnais avoir peu dormi et consommé beaucoup de houblon. Ensuite, je me suis envolé en Italie pour deux courses près de Pescara (le Trofeo Matteotti et Chieti-Blockhaus), sans repos du voyage (ni de ma semaine de fête). Bref, j’ai plus montré mon maillot que tenté d’obtenir des résultats…
Maintenant, toute mon attention se porte vers la préparation des Championnats du monde en octobre. Juillet sera un mois tranquille: quelques kermesses en Belgique. En août, j’irai en Chine pour deux semaines pour le Tour de Qinghai Lake. Voilà qui me servira de stage dans les hauteurs; on séjournera à une altitude de 2000 à 3000 m. Ensuite, je passerai à des épreuves d’un tout autre niveau: une douzaine de courses d’un jour en Italie, les courses de préparation (et de sélection pour les Italiens) à l’approche des Championnats du monde. J’en serai à ma deuxième participation aux Mondiaux après ceux de Plouay en 2000. Mais ma motivation sera tout autre car ce sera si près de chez nous. Ça me fera bien plaisir de vous y croiser.
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