12 juin 2003

La Paix

Dominique Perras

«Ça rend pas.» Voilà l’expression qu’emploient les Français pour décrire les routes rugueuses et lentes. Eh bien je rentre tout juste de la Course de la Paix et croyez-moi, ça rendait pas pantoute. J’ai roulé comme un damné pendant neuf jours (1600 km) sur des routes en piètre état et des pavés dans à peu près chaque ville que j’ai traversée. Alors je ne suis pas fâché que la Course de la Paix soit derrière moi.

Pourtant, après avoir perdu trois jours d’entraînement, j’avais vraiment hâte de commencer. En effet, on a mis 15 h pour se rendre (en auto) au lieu de départ après avoir couru aux quatre coins de Bruxelles pour obtenir des visas tchèques et polonais. Les habitants de ces pays ont beaucoup de difficulté à entrer au Canada, et on dirait bien que leurs ambassades ne se gênent pas pour prendre leur revanche.

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Revenons à l’épreuve comme telle, une course par étapes qui traverse la République tchèque, la Pologne et l’est de l’Allemagne. Jadis longue de 14 jours, cette course amateure était la plus prestigieuse du monde quand ces trois pays étaient sous le joug communiste. Elle reliait Varsovie, Prague et Berlin et s’est même rendue à Moscou à quelques reprises. S’étirant désormais sur neuf jours, elle est ouverte aux professionnels et reste très prisée des équipes allemandes, polonaises et tchèques.

La télévision en direct y joue un rôle important aux yeux des divers sponsors. Cela dit, si la course est encore prestigieuse et probablement mieux organisée qu’avant, le logement y était encore rudimentaire (surtout après les Hilton du Tour de Géorgie). En effet, on a souvent eu droit à une douche froide et à de l’eau brunâtre après les courses. Disons qu’à la suite d’une course de cinq heures sous la pluie froide, c’est pas super. Mais je ne me plaindrai pas: on m’a raconté quelques histoires d’horreur à propos de la réalité dans laquelle baignait cette course il y a 20 ans. L’eau froide, même brunâtre, c’est quand même pas si pire que ça.

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«Comment contrôler une course». C’est un peu la leçon que nous a servie l’équipe Telekom pendant toute la durée de l’épreuve. Avec le meilleur sprinter au départ, Danilo Hondo, ainsi que Steffen Wesemann, quatre fois vainqueur de cette course, ils avaient tout intérêt à garder le peloton regroupé pour les moments cruciaux ou lors d’une arrivée massive.

Contrôler une course peut sembler simple, mais c’est plus complexe qu’on le pense. Tout d’abord, ça prend un directeur doté d’un bon sens tactique pour superviser cinq ou six équipiers costauds qui se relaient de façon régulière à l’avant du peloton, ni trop lentement ni trop rapidement, et qui ramène immédiatement «à la raison» les attaquants tout en régularisant la vitesse du peloton. Il est toujours moins éprouvant pour un leader de rouler à vitesse régulière que de subir les «à -coups» résultant d’attaques répétées.

Occasionnellement, une échappée de coureurs (qui ne luttent pas pour les premières positions du classement général) ou encore un coureur seul bénéficient d’un bon de sortie. Cette échappée, jumelée à un rythme juste assez soutenu pour qu’on se sente inconfortable au milieu du peloton (sans être trop exigeant pour les 5-6 qui se partagent les relais) dissuade tout autre coureur d’y aller d’une contre-attaque. Par exemple, lorsqu’un coureur est devant avec cinq minutes d’avance, il devient futile pour tout coureur (seul ou avec un ou deux autres) dans le peloton d’attaquer. Seul, il ne réussira jamais à effacer un retard de 5 min et la victoire d’étape devient alors impossible parce qu’éventuellement, le «train» à l’avant du peloton le reprendra.

Mais voilà, avec plus de 7 min d’avance sur le troisième, les Telekom se sont permis de laisser aller quelques échappées jusqu’au bout. Remarquez, je dis «permis», mais en même temps, ils ne s’épuisaient pas trop en contrôlant l’écart. Ça peut paraître simple mais ça ne l’est pas toujours pour une équipe « normale ». Ça coûte cher en calories, mais lorsque ce contrôle est effectué par l’une des meilleures équipes du monde, ça paraît moins.

Ça n’a pas été le cas de l’équipe Navigators qui a tenté la même chose au Tour de Géorgie. Les gars voulaient défendre le maillot de leader d’Henk Vogels. Mais, malgré le fait que le tour était moins long, moins éprouvant et avec un peloton moins relevé, l’équipe a terminé décimée avec leur leader perdant plus de 12 min dans une étape de «moyenne» montagne.

Pas de doute, depuis l’arrivée de l’oreillette que portent les leaders, la tactique en course a complètement changé. Ces derniers sont en contact direct avec leur directeur sportif, lui-même à l’écoute de Radio-Tour (chaque directeur reçoit par radio les informations des commissaires, notamment les numéros des coureurs à l’attaque et l’écart avec le peloton) et ils suivent leurs instructions.

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On a eu droit à plusieurs longues étapes. Heureusement, j’ai pu discuter (et déconner) à quelques reprises avec Charles Dionne (Saturn), même si c’était parfois juste deux ou trois mots en passant à côté de lui. Voyez-vous, après une seule semaine de course, on a le cerveau qui trempe dans le jus de raisin, alors ça fait du bien de se dilater la rate.

Au fait, je me demande si des scientifiques ont déjà tenté de déterminer le nombre de cellules de notre cerveau que l’on peut détruire à souffrir cinq heures par jour sur un vélo. Chose certaine, le niveau intellectuel ne progresse pas de jour en jour – je vous en ai déjà parlé avec mes études sur les échecs! Côté lecture, je me souviens d’être passé du Monde le premier jour d’une course, au Nouvel Observateur le deuxième, pour poursuivre avec Maxim et terminer l’épreuve à lire les boîtes de céréales ou encore le parcours des étapes des derniers jours.

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J’ai bien débuté la Course de la Paix, mais j’ai attrapé un vilain rhume le troisième jour. J’ai donc dû m’accrocher ferme au sein du peloton aux quatrième et cinquième étapes. Une chance, c’était «tempo», il y a eu peu de «cassures» et la course est restée regroupée. Je n’avais aucune envie de frotter pour me maintenir devant.

Faut aussi dire qu’on n’était plus que 95 coureurs après les très difficiles troisième et quatrième étapes. Moins de 100 coureurs, ça fait un très petit peloton pour une course de cette envergure; même à la queue, on avait l’impression d’être très près de la tête. Voulez-vous savoir à quoi j’ai pensé les jours où je «m’accrochais»? À des meilleurs moments qui, je l’espère, viendront, en juin notamment, en Beauce et aux Championnats canadiens.

J’ai terminé en meilleure santé et je me suis concentré à aider notre leader Allan Iacuone, qui connaît une saison exceptionnelle. (D’ailleurs, tout comme Roland Green, il a adopté la barbe, phénomène assez rare chez les cyclistes. À quand le retour des moustaches à rouleaux à la Rollie Fingers?) La tâche fut un peu plus difficile car nous avons seulement terminé à trois dans mon équipe. Manifestement, le Tour de Géorgie, le voyagement, le décalage horaire, le déplacement pour participer à deux courses en Europe (Villers-Côterets en France et Tour de Cologne en Allemagne), la ride en auto vers la République tchèque et la Course de la Paix ont eu raison de certains de mes collègues.

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Le Tour de Géorgie fut l’autre épreuve importante du dernier mois. Cinq jours et un prologue, de longues étapes en ligne et une organisation impeccable avec un soutien solide de Dodge comme commanditaire principal. Bien qu’un peu plate et avec quatre arrivées au sprint, la course s’est décidée principalement par un prologue de 4 km en ville et une étape de moyenne montagne.

Je vous l’ai déjà mentionné dans le site Web de Vélo Mag, cette épreuve a tout ce qu’il faut pour devenir une épreuve d’envergure et remplacer feu le Tour DuPont Mon équipe s’y est distinguée: deux de mes coéquipiers ont terminé parmi les 10 premiers au classement général, des positions que j’ai contribué à défendre. J’espère vraiment prendre part de nouveau au Tour de Géorgie.

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Je suis de retour au Québec. Je pourrai enfin dormir dans le même lit pour plus de deux nuits consécutives. Une petite pause juste avant ce qui sera l’un des mois (juin) les plus importants de ma saison avec la semaine Wachovia-USPRO à Philadelphie, le Grand Prix de Beauce et le Championnat canadien, qui sera tenu sur le même parcours que les Championnats du monde de Hamilton. Je vous tiens au courant de mes moindres faits et gestes dans votre site préféré.


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