Dominique Perras
Depuis ma dernière correspondance, j’ai eu le temps de faire une course en Belgique, une autre en France, une en Suisse et surtout la Settimana Internazionale Coppi-Bartali en Italie, un tour de cinq jours entre Rimini, sur la côte adriatique, et Modène, en Émilie. Nous avons eu droit à des conditions climatiques de rêve, mais aussi à de très longues étapes montagneuses (dont une de 250 km qui s’est étirée sur près de 7 h), avec toujours aussi peu d’occasions d’attaquer. Bref, même scénario qu’en Ligurie, c’est-à-dire 2 h à 3 h piano à presque tous les jours, puis pleins gaz dans les dernières heures.
Mes deux seuls exploits, s’ils en sont réellement, ont été d’avoir pris part à l’échappée matinale de neuf coureurs dans la quatrième étape et, surtout, d’avoir réussi à m’accrocher au premier groupe jusqu’à 10 km de l’arrivée (dans une côte à 20 %) le dernier jour, alors qu’il ne restait plus que 20-25 coureurs dans le premier groupe.
Il me faut aussi mentionner que j’ai été le seul coureur de mon équipe à terminer l’épreuve (bien que ce ne soit pas une compétition intra-équipe!) et que seulement 50 des 160 partants sont apparus au classement final. La semaine Coppi-Bartali a été remportée par Mirko Celestino (Saeco), avec 5 s d’avance sur Francesco Casagrande (qui court désormais chez Lampre).
Réaliste quant à mes propres possibilités face à ce calibre de coureurs, je suis somme toute satisfait de ma forme qui s’améliore de semaine en semaine. Comme pour tous les coureurs «ordinaires», cela prend vraiment un grand jour pour basculer au sommet des cols en compagnie des 10 meilleurs.
Néanmoins, j’ai vite compris qu’un grand phénomène médiatique allait jeter de l’ombre sur la course. Sur la ligne de départ, venue de l’arrière, une impressionnante horde de photographes et supporters me bouscule: Marco Pantani se trouve tout juste derrière moi et attend patiemment le coup de pistolet. Après plus d’un an d’absence et deux ans sans résultats, il reste encore – et de loin – le coureur le plus populaire en Italie (seul Cipollini reçoit un traitement comparable). Je me demande si cela vexe les DiLuca, Bettini, Simoni ou Casagrande. Cette fois cependant, Pantani est en forme, terminant deuxième de la dernière étape et dixième au classement final.
Mais revenons sur la ligne de départ le premier jour, où un spectateur s’approche de l’un de mes coéquipiers, Cornelissen, lui tend son appareil photo et demande à être immortalisé à côté de Pantani. Un peu froissé de se faire traiter comme un autre groupie plutôt que comme un coureur, mon coéquipier refuse d’abord, mais cède finalement sous l’insistance de ce fan. Seulement, plutôt que de photographier Pantani, Cornelissen termine le film en se prenant lui-même puis nous deux en photo, l’un de mes meilleurs épisodes de dilatation de rate à vie. Même s’il est reparti en riant, je doute que le tifosi ait suspendu nos portraits dans son salon.
Ah!… Gertrude
J’ai récemment connu une modeste progression côté confort. Ainsi me voilà branché à Internet par câble, ce qui me permet d’écouter la radio de la SRC toute la journée et, surtout, je suis devenu propriétaire de Gertrude, ma toute première bagnole en sol européen. Même si elle est un peu capricieuse, elle me procure une certaine liberté, et me permettra notamment d’aller m’entraîner en montagne en Suisse de temps à autre.
Le printemps dans les valises, un classique
La période la plus active de la saison approche, et mon calendrier sera chargé dans les prochaines semaines. Entre autres, nous prendrons part au Tour de Géorgie aux États-Unis du 22 au 27 avril, une nouvelle épreuve qui a pour ambition de remplacer le défunt Tour DuPont.
Le Tour de Géorgie revêt un intérêt particulier pour mon équipe, l’un de nos sponsors, Jayco, étant solidement implanté dans la région (Jayco produit des véhicules récréatifs aux États-Unis). Un tour de six jours avec de très longues étapes sur terrain ondulé et 200 000 $US en bourses, voilà qui est alléchant. D’accord, je devrai me taper un long voyage en avion et un important décalage horaire, mais c’est certes moins pire que d’aller en Italie aller-retour en auto de Belgique (14 h chaque fois).
Après ce voyage de 10 jours en Amérique, le 1er mai je serai du GP de Francfort, une grande classique de catégorie 1.1 et ancienne Coupe du monde, le jour de la fête nationale de l’Allemagne. Enfin, je prendrai part à deux courses d’un jour au Danemark dont le GP Midtbank (3 mai), avant d’être de retour avec ma prochaine chronique.
Le port du casque
Depuis le décès d’Andreï Kivilev à la course Paris-Nice à la mi-mars, l’un des sujets d’actualité dans le peloton est l’imposition – ou non – par l’UCI du casque protecteur aux coureurs professionnels. Aux dernières nouvelles, on annonçait le port obligatoire à compter du prologue du Tour d’Italie, le 10 mai. La réaction des coureurs reste à venir; on se souvient que la proposition d’une telle législation a frappé un mur en 1991.
Je porte déjà le casque dans 95 % des épreuves, mis à part dans les contre-la-montre, les arrivées en côte ou les étapes de montagne par grande chaleur. Je me plierai donc sans difficulté à ce nouveau règlement s’il est adopté. En fait, aucun coureur ne s’oppose au port du casque, mais certains exigent qu’on leur laisse le choix de l’enlever, notamment pour les étapes de montagne en été ou les contre-la-montre, et je les comprends. Les coureurs sont des adultes responsables de leurs choix et ne nuisent à personne d’autre qu’à eux-mêmes en décidant de ne pas le porter. Je crois que les règlements doivent être instaurés avant tout par souci d’égalité et de sécurité collective.
J’entends aussi l’argument voulant que les coureurs professionnels se doivent de servir d’exemples pour les jeunes, mais je connais peu d’enfants qui gravissent des cols pyrénéens par 35 degrés Celsius. Pendant les 10 années où j’ai joué au hockey, j’ai toujours vu Guy Lafleur «avec pas de casque» (dixit Jean Perron), et ça ne m’a jamais poussé à remettre en question le port obligatoire dans mes matchs. J’ose croire qu’il en va de même pour les jeunes qui voient Armstrong nu tête au Tour de France.
Peut-être serait-il possible d’établir un règlement flexible, lié au degré de danger de la course ou de l’étape, par exemple, casque obligatoire à Paris-Roubaix et facultatif à l’Alpe d’Huez. Cela dit, soyons clair: le casque offre certes une protection supérieure, mais le vélo demeure un sport dangereux. Il n’est pas prouvé qu’Andreï Kivilev aurait survécu à son accident avec un casque sur la tête, pas plus que Fabio Casartelli. Malgré le port du casque, Nicole Reinhart (à Boston en 2000), Raul Morales (au Tour d’Argentine la même année) et Manuel Sanroma (au Tour de Catalogne en 1999) ont tous succombé à leurs blessures à la suite de chutes en course.
Belle brochette chez les Backstedt
En ce lundi après-midi d’avril en Belgique, il fait soleil et frisquet. Je reviens d’une sortie de groupe, mais pas à vélo. Je rentre tout juste de fêter l’anniversaire du fils de l’un de mes coéquipiers. Chose certaine, la brochette de coureurs qui s’y trouvait aurait formé un beau petit peloton : Backstedt (notre hôte) et Sunderland de Fakta, Cooke et Wilson de Fdjeux.com, et mes coéquipiers Drew, McKenzie, Guyton, Wilson et Iacuone.
Plusieurs d’entre eux sont mariés, et ce petit party était une initiative de leurs épouses. Toutes expatriées, elles ont appris à mieux se connaître pendant les longues absences de leur conjoint. Bref, un petit après-midi tranquille à (essayer de) parler d’autre chose que de vélo !
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