Dominique Perras
Ce mois-ci, dans la rubrique «Maudit chanceux, un autre voyage», aussi connue sous le nom de «T’es donc chanceux de visiter [sic] tous ces endroits», quelques nouveaux sceaux de pays (et ceux d’endroits déjà «visités») se sont ajoutés à mon passeport: Monténégro, Croatie, Bosnie, Pays-Bas, Suisse et Slovénie.
Tout d’abord, j’ai couru le Tour des routes du roi Nikola (traduction libre) au Monténégro. Dès l’atterrissage à l’aéroport militaire, on a senti que ce serait une expérience particulière. Malgré le paysage charmant de la côte adriatique et le côté pittoresque de quelques villes, les années tumultueuses qui ont marqué le démembrement de l’ex-Yougoslavie – en fait, le Monténégro fait toujours partie de la République fédérale de Yougoslavie – ont laissé bien des traces.
Passons maintenant à la rubrique «Pis, as-tu gagné?». Côté course, on se serait cru en plein match de la Ligue nationale d’improvisation: bris mécanique des autos mises à notre disposition, six heures d’attente au bord de la route en essayant avant de trouver notre premier hôtel, départ, parcours et distances incertains ou modifiés en cours de route, hôtels fictifs ou sur-bookés et conséquemment, attentes de cinq heures après les étapes avant de pouvoir se doucher... Du jamais vu, mais on a préféré en rire.
J’ai ri jusqu’à la quatrième étape, une aventure de 198 km sous une pluie glaciale. D’ailleurs, cette rubrique devrait faire partie d’une autre déjà bien remplie, celle que j’appellerai «Bon, quelle autre calamité pourrait encore me tomber dessus?». Après avoir grimpé à 1500 m d’altitude, nous faisions face à une très longue descente en palier de quelque 50 km pour atteindre l’arrivée, presque au niveau de la mer. Au pied de la descente, dans un peloton réduit à une trentaine d’unités, j’étais frigorifié. J’avais les pieds et mollets gelés; une sensation vraiment étrange de pédaler continuellement avec les tibias en danseuse. Pour une raison que j’ignore, seule ma main gauche était fonctionnelle, et me servait à changer de vitesses sur mes manettes de gauche et de droite. Et ces bons vieux tunnels, quoique offrant un instant de répit quand il pleut, ne sont pas plus chauffés qu’éclairés.
Pour ajouter à ce calvaire, je crève le pneu avant. À 60 km/h vers la fin de la descente, je ne veux pas risquer la chute et je freine complètement en attendant ma voiture d’équipe. Mais voilà que, trop gelé, malgré tous mes efforts et une lutte féroce opposant ma volonté à mes pieds insensibles, j’étais incapable de décliper. Paf, je tombe sur le côté et me foule la cheville, assez bien pour apercevoir mes cales sous mes souliers. Direction hôpital général de Podgorica (Titograd de 1945 à 1991).
Heureusement, le centre hospitalier en question reçoit du financement de l’Union européenne. C’était donc moins effrayant que je l’anticipais. Plus de peur que de mal, finalement, la fin du Tour pour moi, et un congé forcé de quelques jours. J’ai aussi raté le Circuit des mines en France. Une autre période de deux semaines sans courir commençait donc, juste au moment où j’avais besoin de rythme.
Cette pause m’a permis d’aller retrouver certains anciens coéquipiers et amis en Suisse, et surtout les super routes de campagne et cols, donnant lieu àun petit stage en montagne d’une dizaine de jours. J’ai aussi eu droit à quelques sorties d’entraînement-course, avec les Fragnière, Bourquenoud, Dufaux, Atienza, Montgomery et Zampieri, tous des professionnels suisses romands. Dans ces cols, personne ne rigole. C’est un bon moyen d’évaluer sa forme et d’y aller à fond.
Enfin, j’ai rejoint mon équipe au Tour de Slovénie, pays très montagneux situé entre l’Italie et l’Autriche. Pas très en forme à la troisième étape (deux de mes coéquipiers arrivés malades du Circuit des mines m’ont probablement transmis leur virus), je me suis alors mis au service de mon coéquipier Allan Iacuone, bien placé au classement général. J’étais un peu déçu, mais bon, mes prochains objectifs me motivent à passer au travers de ces mauvais moments. Heureusement, d’ailleurs, qu’il y a ces objectifs et «rêves», parce que certains jours, faut bien se rappeler pourquoi on se donne autant de mal.
Dans la rubrique « Avenir et rendez-vous importants », dont je vous ai déjà abondamment parlé, il y a, comme l’an passé, le Grand Prix de Beauce. Cette année, je mise aussi sur les Jeux du Commonwealth, tenus à Manchester (Angleterre). Ces deux épreuves sont liées, puisque la première étape du Grand Prix de Beauce sert de sélection pour les Jeux.
Ainsi, le premier Canadien sur la ligne obtiendra automatiquement son billet pour Manchester et un second sera choisi par l’entraîneur. Une situation un peu curieuse en ce qu’une course par étapes ne se court pas tout à fait comme une épreuve d’un jour. Je nous vois déjà faire une course au milieu d’une autre course, Canadiens contre Canadiens, avec bon nombre d’équipes internationales qui tentent d’analyser les comportements.
Notre fédération se trouvait devant la problématique d’organiser une épreuve de sélection distincte à laquelle un bien petit nombre d’athlètes aurait pu participer et cette solution a été retenue. Comme le parcours de Manchester est très difficile, qu’il est ponctué de plusieurs bonnes côtes, je crois fort en mes chances d’y offrir une excellente performance.
La semaine en Belgique (c’est aussi le cas au Québec), on se fait copieusement insulter par les automobilistes si on ne roule pas sur les pistes cyclables, qui sont apparemment sécuritaires. Or, voilà qu’en course les week-ends, on se fait disqualifier si on roule sur les pistes cyclables. On nous avait bien avertis, mais quelle ne fut pas ma surprise (et mon fou rire) en voyant un commissaire, dans une course aux Pays-Bas, exclure deux coureurs qui avaient dépassé le peloton en empruntant une voie cyclable en bordure de la route !
Enfin, dans la rubrique «Bronzage de fermier», sachez qu’après un mois d’avril moyen, un superbe soleil plombe actuellement sur la Belgique en ce mois de mai. Il fait 27 degrés Celcius aujourd’hui. Je sais, je sais, au Québec, c’est encore l’hiver.
| nouvelles | achat & entretien | rouler au Québec | hors Québec | sécurité | course | cyclos | montagne | industrie | quoi d'autre ? |
Page mise en ligne par SVP

Consultez
notre ENCYCLOPÉDIE sportive