Dominique Perras
Depuis l’âge de 15 ans, je tiens un carnet d’entraînement quotidien relativement détaillé. En plus de relevés quantitatifs et qualitatifs, j’y relate mes courses explicitement. Au début, je le faisais par désir de m’améliorer sur le plan tactique. Je m’y consacre maintenant par habitude, pour m’en rappeler tout simplement, où pour y avoir recours le jour où je déciderai d’écrire mes mémoires (non !).
Toutefois, après mes mauvaises courses, ça me prend toujours trois ou quatre semaines avant de me décider à remplir l’espace qui leur est réservé; le temps de passer par-dessus mes échecs je suppose. La page dédiée au GP de Beauce de cette année est donc encore blanche, et le sera pour un petit moment. Cela dit, si je laisse cette page blanche trop longtemps, mon rédacteur en chef va me taper sur les doigts. Alors je m’y attaque.
Je suis rentré (trop brièvement) au Québec à la fin du mois de mai avant d’aller rejoindre mes coéquipiers en Pennsylvanie pour les trois courses de la Semaine First Union, dont la dernière, à Philadelphie, est de loin la course la plus lucrative aux États-Unis. En tout cas, payante elle le fut pour le champion canadien Mark Walters qui, à la surprise générale, a remporté l’épreuve et empoché, avec ses coéquipiers, la bourse de 40 000 $US.
C’était le plus grand objectif de l’année de notre leader, David McKenzie qui, après avoir fait une course parfaite et pris le bon wagon de 40 coureurs (avec trois autres de mes coéquipiers) était très déçu de terminer quinzième. De mon côté, je me suis affairé à couvrir les échappées de début de course, à remonter mes coéquipiers durant les premiers 200 km, et ai terminé dans le peloton derrière. Sachant que les rôles seraient inversés au GP de Beauce, il était très normal de me sacrifier pour eux là-bas.
Vu: À la Trenton Classic (la deuxième des trois courses en question), interrompue après 2 km sous une pluie battante, le départ a été reporté et la distance a été réduite de 140 km à 70 km après qu’une poursuite mettant aux prises des policiers et un jeune sur un véhicule tout-terrain se soit terminée en plein parcours. Le jeune conducteur y a heurté un piéton.
Entendu: Plus de 200 000 spectateurs à moitié saouls nous encourager à Philadelphie.
Au cours de la petite semaine qui séparait ces courses du Grand Prix de Beauce, en plus des entraînements, des massages, des visites de ma famille et de mes amis; en plus de m’occuper de mes coéquipiers, ni plus ni moins en vacances, je me suis préparé (avec anxiété) à Montréal.
Sur le plan de l’organisation et de l’épreuve comme telle, le Grand Prix de Beauce fut un succès. Yvan Waddell et ses gens ont travaillé fort à améliorer certains aspects de l’événement. Le seul accroc fut une arrivée surprise dans une cour d’école.
Quant à ma course, après deux étapes, ça regardait bien. J’avais réussi à m’insérer dans la première sélection de 40 coureurs qui ont pris 20 min au peloton, et me sentais à l’aise dans les bosses. Sous l’impulsion des Mercury, la sélection des Jeux du Commonwealth, à la première étape, s’est conclue au sprint comme prévu, à l’avantage de Gord Fraser qui mérite totalement de participer à ces Jeux.
En ce qui touche mes aspirations au classement général, j’ai perdu mes illusions après la troisième étape. Lorsque j’ai des ennuis, on me dit parfois: «C’est dans ta tête que ça se passe.» Chose certaine, sur les pentes du mont Mégantic, ce sont mes jambes, remplies d’acide lactique, qui ont eu raison de mon cerveau et de ma motivation.
Faut dire que je souffrais de crampes depuis le départ de cette étape. Je m’accrochais à la hargne dans chaque vallon. Le reste de la course, contrôlé, a offert peu de possibilités d’attaque dignes de ce nom. OK, OK, je n’avais pas abordé cette course par étapes avec grande confiance, après quelques mois ponctués de pépins (seule la Erfurt Rundfart, courue en Allemagne à la fin mai, m’avait donné des signes encourageants), mais à la fin il m’était difficile de ne pas éprouver un sentiment d’amertume.
Bref, j’avais besoin de vacances. Après la Beauce, j’ai donc fait une bonne pause (physique, mentale et... gastronomique) de 10 jours avant de retourner en Europe. Quand ça va mal, il faut se tourner vers l’avenir (vous me direz probablement que c’est de même dans la vie en général). Si on a bien performé, on se dit qu’en s’améliorant juste un peu mieux, on pourrait faire quelque chose d’extraordinaire, et si ça va mal, on espère (ou on essaie de se convaincre) que le vent finira par tourner.
Mon mois de juillet sera relativement chargé, avec des courses en France, en Autriche (UNIQA Classic), aux Pays-Bas, en Belgique et encore en France. Je reviendrai au Canada début août pour les championnats canadiens puis repartirai pour l’Europe.
Curieusement, le Canada est à peu près la seule nation, avec les États-Unis, à ne pas tenir ses championnats à la même date que tout le monde, c’est-à-dire le week-end qui précède le Tour de France (même les pays Baltes, le Japon, le Burkina Faso et le Kazakhstan les tiennent à ce moment!). Il y a alors un trou au calendrier, ce qui permet d’assurer la participation d’un maximum de coureurs.
Résultat : un voyage transatlantique de retour supplémentaire, à mes frais, et deux semaines d’absence de courses avec mon équipe, ce qui n’est pas sans poser problème. C’est un casse-tête pour d’autres coureurs comme Mike Barry, qui aura certainement de la difficulté à se libérer de ses obligations chez US Postal.
Bon, je me suis assez plaint, on se reparle bientôt, avec des meilleures nouvelles.
| nouvelles | achat & entretien | rouler au Québec | hors Québec | sécurité | course | cyclos | montagne | industrie | quoi d'autre ? |
Page mise en ligne par SVP

Consultez
notre ENCYCLOPÉDIE sportive