par Dominique Perras
Défais la valise, enfile le dossard, pédale pendant quatre ou cinq heures, refais la valise... C'est parti : Tour de Langkawi (Malaisie), quatre courses d'un jour en Croatie, GP Cita di Chiasso (Suisse) et GP Civitanova (Italie). Nouveaux hôtels presque chaque jour. C'est un début de saison lent et tranquille côté forme physique, mais je cumule déjà 19 jours de courses en cette fin du mois de février. Je vous dis que je n'ai pas passé grand-temps à la maison - j'habite désormais à Bulle, en Suisse.
Vraiment, c'est de plus en plus fou d'année en année. I1 y a 10 ou 15 ans, les coureurs professionnels accrochaient leur vélo de la mi-octobre à la mi-janvier et se présentaient à l'Étoile de Bessèges en février avec un maximum de 1000 km dans les pattes. La belle époque ! Cette année, les coureurs sont arrivés en Malaisie avec quelque 12 000 km, voire 15 000 km (Gord Fraser et les Mercury notamment) derrière le mollet.
Au Tour de Langkawi, le rythme est intense, et ce, tous les jours. Ça va de plus en plus vite plus le temps avance, le l2ejour étant le plus rapide. Par exemple, à 1'avant-dernière étape, nous avons parcouru 52 kmla première heure, pour une moyenne horaire finale de 48 km/h (et sans vent de dos!). Après un automne tranquille côté vélo et un maigre 2500 km au compteur, j'en ai bavé un coup. Mais j'ai quand même tiré mon épingle du jeu en passant devant dans deux étapes de montagne.
Comme d'habitude dans les courses tropicales, le souci numéro un à cette épreuve était notre «régularité», ou plutôt... notre «irrégularité» ! En effet, bon nombre de coureurs étaient contraints d'arrêter chaque jour dans un fossé, victimes de la terrible tourista malaisienne. J'ai réussi à m'en tirer jusqu'à la fin de la seconde semaine, mais elle m'a finalement rattrapé les trois derniers jours. Résultat : je me suis retrouvé à la queue du peloton en compagnie des autres malades ou des coureurs qui sont là en «vacances», comme Evgeni Berzin. Les coureurs de 1'équipe nationale canadienne ont eu la «malchance» de devoir défendre - honorablement - le maillot de leader de Mark Walters pendant deux jours. Ils avaient 200 km à sauter sur tout ce qui bougeait et à rouler devant, une tâche qui peut faire mal en début de saison.
Puis, retour en Suisse pour quelque 20 heures avant de repartir en Croatie, sur la côte dalmate, y disputer une série de courses 1.5 (course d'un jour de cinquième catégorie). Le nombre d'équipes professionnelles étant toujours croissant (et le mois de février, peu chargé en courses), plusieurs équipes se sont retrouvées là-bas, notamment des Belges, des Hollandais, des Allemands et des Italiens. Les deux premières courses ressemblaient plutôt à des kermesses où étaient opposés des coureurs presque obèses. Tous les coups et risques étaient permis; 200 coureurs poussaient à gauche et à droite pour montrer qu'ils s'étaient entraînés fort cet hiver, et en vue de déterminer qui allait tomber le premier...
Mes coéquipiers ont passé la semaine à me poser des questions au sujet du «guerrier» à la feuille d'érable qui «frottait» toujours : eh ! oui, Czeslaw Lukaszewicz lui-même était 1à, en compagnie de son équipe tchèque (ZYYZ).Il était motivé par la nécessité de satisfaire à son dernier critère pour sa présélection olympique... «They push left and right, they're f... crazy or what?»... «I'm so tired man, my legs they hurt.»
Mais surtout, j'y ai vécu mes premières véritables leçons de cyclisme dans deux courses «à l'italienne», le GP Cita di Chiasso et le Gran Premio Civitanova (le premier se déroule sur 1a frontière italo-suisse, le second en Italie, au sud de Bologne). On y est opposé à de grandes équipes et à de «grands» coureurs comme Casagrande, Rebellin et Figueras. Aussi, les circuits sont très sélectifs, ponctués de boucles de 15 km avec une bosse de 5 km ! Nous étions 200 coureurs au départ et 30 à l'arrivée. Ouf ! Ça part bien lentement la première heure, le temps de se mettre en jambes, mais quand ça se met à rouler, ça va vite ! C'en est même épeurant; jamais sous les 50 km/h sur le plat, et rarement sous les 25 km/h dans les pourcentages (10-15 %), et 40 km/h dans les faux-plats. Le problème, ce n'est pas tant la vitesse, mais le maintien de celle-ci pendant les trois dernières heures de course !
Au programme des prochaines semaines (entre autres) : un stage d'équipe en Italie, puis la volta à Algarve au Portugal, le GP Cholet en France... et une petite pause...
Mon premier entraîneur en vélo s'appelait Richard Michaud. C'était un passionné qui s'occupait alors du club Montérégie en plus d'organiser plusieurs épreuves sur route. J'ai rarement rencontré une personne qui vivait sa passion aussi intensément et qui faisait preuve d'un aussi grand dévouement pour les autres. Il y avait une course au New Jersey ? Pas de problème, on attachait les vélos sur le toit de sa vieille Omni 81 et on partait, à six dans l'auto. Richard est mort en 1996 de la leucémie, alors que je me remettais au vélo après une longue blessure à un genou. Coïncidence (ou pas), mon nouveau directeur sportif ici s'appelle Jacques Michaud, et je ne peux m'empêcher de penser à Richard quand je le vois. Passionné de vélo lui aussi et ancien coureur (il a gagné une étape du Tour de France au début des années 1980), il connaît tout le milieu et ses connaissances nous sont précieuses. Il se démène continuellement pour régler les problèmes... avec un peu plus de moyens bien sûr. Enfin, il fait preuve d'une belle confiance et d'une grande compréhension envers «ses» coureurs... J'espère que je saurai les mériter.
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