9 août 2000


Le ministre Serge Ménard sur sa vieille bécane,
un Peugeot dix-vitesses de 1975
photo Robert Mailloux

Ministre de la petite reine

André Noël

Saint-Jovite
On voit de tout au Grand Tour, même un ministre en vacances. Serge Ménard, titulaire du portefeuille de la Sécurité publique, roule sur une vieille bécane, accompagné de gardes du corps qui se veulent discrets, mais qui restent néanmoins très voyants.

Malgré tout, les responsabilités ministérielles sont tenaces. En quittant Mont-Laurier, hier matin, il longe le poste de la Sûreté du Québec. «Le drapeau du Québec était en berne, et je me suis demandé si quelqu'un d'important était mort, a-t-il raconté en fin de journée, après avoir parcouru 125 kilomètres. Je suis entré dans le poste. On m'a appris que les drapeaux avaient été mis en berne en guise de moyens de pression.»

Un moyen de pression pas bien méchant pour faire progresser les négociations syndicales, constate le ministre. Mais il préfère parler de son vélo. Et pourtant, il doit avoir la plus vieille des 1850 bicyclettes qu'enfourchent chaque matin autant de cyclistes.

Il s'agit d'un Peugeot un peu rouillé, datant d'environ 25 ans, un dix-vitesses avec des manettes sur le cadre plutôt que sur le guidon, et qui l'obligent à se pencher chaque fois qu'il veut changer de plateau ou de pignon. Le ministre roule avec des running-shoes, contrairement à la majorité des Grands Touristes, chaussés de souliers à cale.

Mais il aime sa jument. «C'est que, l'année dernière, il avait fait l'excursion assis sur un «Quetzal», un vélo allongé doté d'un siège plutôt que sur une selle et muni de 105 vitesses. Une merveille technique ... qui l'avait épuisé. Cette année, il est retourné à ses anciennes amours.

M. Ménard, âgé de 58 ans, fait de l'exercice tous les jours (jogging, natation, ski, tennis). Et il raffole du Grand Tour (le GT). «C'est une excellente façon de découvrir une région, dit-il. L'atmosphère et l'organisation sont exceptionnelles.»

Mais peut-être devrait-il donner l'ordre aux agents de la SQ de mieux contribuer à la sécurité des cyclistes. Hier, en l'absence d'un policier, c'est de justesse qu'une catastrophe a été évitée. Un fardier lourdement chargé dévalait la 117 quand il a dû freiner in extremis pour ne pas renverser un groupe d'une cinquantaine de cyclistes qui traversaient la route.

Ce ne fut pas la seule frousse. C'est avec effroi que le journaliste de La Presse a vu une de ses collègues, Marie-Claude Malboeuf, tomber devant lui alors qu'elle roulait à vive allure dans un peloton : à l'heure du midi, elle a calmé ses douleurs avec pas moins de quatre Tylénol.

Un autre fait, plus cocasse, s'est produit sur le parcours. Le sang de quelques cyclistes n'a fait qu'un tour quand ils ont vu un chien gigoter les pattes en l'air sur la chaussée, au loin. Pensant qu'il avait été happé par une voiture, ils ont ralenti la cadence et même pensé rebrousser chemin pour s'éviter une vision d'horreur, lorsque le coquin s'est relevé, la queue frétillante. Était-ce pure malice ou pour chasser ses puces, seul son vétérinaire le sait.

Un moment de gloire a ponctué la fin de la journée. Jean-Paul Blais, dit Jean-Paul II, est bénévole pour tous les événements cyclistes : Tour de l'île (de Montréal), GT, voyages dans les Laurentides, en Europe... Pour l'édition 2000, ce biologiste à la retraite et résidant de Saint-Faustin (près de Saint-Jovite) a sollicité 66 commerces du coin afin de remettre des cadeaux à ses 90 amis encadreurs (comme des passes de ski au Mont-Tremblant). Pour le remercier, ces derniers l'ont escorté à la rentrée du Village du GT, avec force cris. Il était ému.

Les participants au GT ont une résistance à toute épreuve. Non seulement lis se tapent des journées costaudes en vélo, mais le soir venu, ils se déchaînent sur la piste de danse. De quoi faire pâlir les partys rave. Toutefois, la musique trahit leur âge moyen (45 ans). On y entend peu de musique actuelle, à la Morcheeba ou à la Daniel Boucher, mais plutôt de la musique des années 70, style B-52 ou Alain Bashung. Aujourd'hui, c'est congé. Puis commencera le lent retour vers Montréal, en passant par Lachute et Valleyfield.

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Avec la collaboration d'André Poirier, Vélo-Mag.


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