8 août 2000
André Noël
Mont-Laurier
On rencontre non seulement des gens heureux, au Grand Tour, mais aussi des cyclistes qui sortent de l'ordinaire, et pas à peu
près. L'astrophysicien Gilles Fontaine, qui roule en tandem avec sa femme, a précisé l'âge de l'univers. Rien de moins.
Sa découverte, qu'il a publiée dans l'Astrophysical Journal en 1987, a fait le tour du monde presque à la vitesse de la lumière. Auparavant, les scientifiques dataient la naissance de l'univers entre 10 et 20 milliards d'années. Un Prix Nobel favorisait la version courte, mais il ramait à contre-courant.
L'équipe de M. Fontaine, à l'Université de Montréal, a étudié les naines blanches et prouvé que ces étoiles moribondes avaient environ 10 milliards d'années. Cette thèse fait de plus en plus consensus au sein de la communauté scientifique.
Gilles Fontaine a accumulé une douzaine de prix, un nombre impressionnant compte tenu de son âge (51 ans). Parmi ceux-ci, le prix Marie-Victorin, reçu à l'Assemblée nationale, et celui de la Société Royale du Canada.
Né à Lévis dans un milieu ouvrier, il s'est livré aux premières expériences très jeune. À 15 ans, il a fabriqué un télescope. «Pour le miroir oculaire, j'ai utilisé deux bouchons de bouteilles de savon à vaisselle», se rappelle-t-il. Devant l'incrédulité de sa famille, il a aligné son engin sur un clocher d'église au loin. On pouvait y observer une araignée et sa toile. De quoi clore le bec aux sceptiques.
L'homme n'a pas un profil austère. Quand il n'a pas la tête dans le firmament, il a les pieds sur les pédales ou les doigts sur les touches d'un accordéon : « Je m'efforce de détruire cette image du scientifique nerd enfermé dans son laboratoire.»
Il se passionne pour le cyclisme. «J'aime plus mon vélo que mon char ! s'exclame-t-il, dans un grand éclat de rire. Je nettoie même mes pneus avec du Fantastik.» Il est aussi fou du hockey. Il planifie ses voyages scientifiques de façon à ne pas rater ses parties du jeudi soir. Il pratique le sport avec énergie, en dépit de la polio qui lui a laissé une jambe plus courte et plus frêle, ce qui lui occasionne de terribles maux de dos.
Le Grand Tour, il le fait donc avec Francine Fortier, qu'il a épousée il y a 31 ans. Elle ne le quitte jamais, puisqu'ils roulent en tandem. Les Grands Touristes lui ont donné un sobriquet : la Reine d'Angleterre. Pendant que son mari s'époumone dans les côtes, elle s'occupe des relations publiques. Elle salue les citoyens installés sur leur balcon ou leur pelouse avec un signe de la main tout impérial.
«Cette année, il manque de bons Samaritains à saluer», se plaint-elle. Hier, en tous cas, on croisait peu de villages et, par conséquent, peu d'admirateurs. La randonnée de 70 km se déroulait entre Maniwaki et Mont-Laurier, en traversant une belle forêt puis en empruntant la route 117..., un tronçon agrémenté par les camions de «pitounes», et franchement désagréable.
Mais des bons Samaritains, il y en avait au moins une. Anne-Marie Lefebvre, propriétaire d'un chenil près de Grand-Remous. «Quand j'ai vu la pancarte du Grand Tour, dimanche, je croyais que la municipalité avait nommé le virage qui suit ma maison, a-t-elle raconté. Puis à 5 h 30 ce matin, mes chiens se sont mis à japper. Je suis sortie, et je les ai vus ! Des centaines de cyclistes ! Alors je leur ai donné à boire.»
Ne dites pas à Jacques Brisebois que Mont-Laurier est une ville laide. Il en est le maire. Il se souvient que Foglia avait émis certains commentaires peu flatteurs. Mais il faut croire que le chroniqueur de La Presse a de l'influence. Depuis ces critiques, le conseil municipal a décidé de bannir les panneaux publicitaires et de faire pousser des arbres le long de la 117, qui traverse la ville. « Le malheur, dit le maire, c'est qu'ils ne poussent pas. Les camions font trop de vent ! » Les cyclistes s'en sont bien rendu compte.
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Avec la collaboration d'André Poirier, Vélo-Mag.
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